continentale, a livré une intervention qui, sans éclat oratoire excessif, a marqué les esprits par sa clarté.
Dans un continent confronté ces dernières années à plusieurs changements anticonstitutionnels de gouvernement, le chef de l’État angolais a estimé que l’Union africaine ne devait pas légitimer certains “nouveaux phénomènes” susceptibles d’affaiblir les principes qu’elle s’est elle-même fixés. Le propos vise explicitement la tendance consistant à considérer qu’une élection organisée après un coup d’État suffirait à rétablir l’ordre constitutionnel.
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“Lorsque nous évoquons la nécessité du rétablissement de l’ordre constitutionnel après une prise de pouvoir par des moyens anticonstitutionnels, nous n’entendons pas affirmer qu’il serait rétabli du seul fait que les auteurs du coup d’État organisent des élections et s’y fassent élire”, a-t-il déclaré. Pour João Lourenço, une telle interprétation s’apparenterait à une forme de normalisation, voire de “blanchiment”, d’un acte initialement entaché d’illégitimité.
Ces propos s’inscrivent dans un contexte continental précis. Depuis 2020, plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale ont connu des transitions militaires consécutives à des ruptures de l’ordre constitutionnel. Dans certains cas, des autorités de transition ont engagé des calendriers électoraux, présenté des projets de réformes institutionnelles ou organisé des scrutins destinés à marquer un retour à la légalité.
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Face à ces dynamiques contrastées, l’Union africaine a souvent adopté une posture d’équilibre : suspension des États concernés, appels au dialogue, envoi de missions de médiation, accompagnement des processus de transition. L’organisation agit dans un environnement où les impératifs de stabilité sécuritaire et les exigences normatives doivent être articulés avec prudence.
La déclaration du président angolais intervient ainsi à un moment charnière. Elle rappelle que l’Acte constitutif de l’Union africaine, tout comme la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, établit un cadre clair de rejet des changements anticonstitutionnels de gouvernement. L’esprit de ces textes vise à dissuader toute prise de pouvoir par la force et à promouvoir des transitions fondées sur le respect des constitutions.
En soulignant que ces situations ne sauraient devenir “une nouvelle norme pour accéder au pouvoir”, João Lourenço ne ferme pas la porte au dialogue avec les autorités de transition. Il fixe toutefois une ligne de principe : l’organisation ne peut considérer qu’un processus électoral, en lui-même, efface les circonstances dans lesquelles le pouvoir a été conquis.
La question dépasse la gestion immédiate des crises. Elle touche à la crédibilité collective de l’Union africaine. À l’heure où le continent cherche à consolider ses institutions, attirer les investissements et renforcer son rôle sur la scène internationale, la cohérence entre les engagements normatifs et les pratiques politiques constitue un enjeu stratégique.
Les débats d’Addis-Abeba n’ont pas apporté de réponse définitive à toutes les interrogations soulevées par les transitions en cours. Mais ils ont mis en lumière une préoccupation partagée : préserver l’architecture juridique et politique bâtie au fil des années pour encadrer l’accès au pouvoir et garantir la stabilité à long terme.
Dans un environnement international lui-même marqué par des recompositions géopolitiques, l’Union africaine se trouve à un moment de clarification. Entre pragmatisme diplomatique et fidélité à ses principes fondateurs, l’organisation devra continuer à arbitrer avec finesse. La mise en garde formulée par João Lourenço restera, à cet égard, comme un repère dans ce débat continental en pleine évolution.
Simon Pierre Etoundi