À Conakry, le gaz manque encore dans les boutiques. Dans un reportage publié le 7 octobre 2026, Le360 Afrique décrit des revendeurs aux bouteilles vides et des ménages à la recherche d’une recharge. La pénurie de gaz à Conakry persiste alors que la Guinée dispose d’une usine de bouteilles à Konta et qu’un navire butanier est arrivé le 4 octobre au port de Kamsar.
Le revendeur Amadou Bah dit attendre une livraison, ses fournisseurs n’ayant plus de produit. Le consommateur Alpha Barry, qui avait convaincu son épouse de passer du charbon de bois au gaz, cuisine désormais sur un réchaud électrique et voit sa facture d’électricité grimper. Ces témoignages décrivent une difficulté réelle, sans constituer un relevé de toute la capitale.
Gaz à Conakry : une demande encouragée par l’État
La hausse de la demande est en partie le fruit d’une politique publique. En 2021, pour lutter contre la déforestation et la pollution liées au charbon de bois, le gouvernement a encadré et subventionné le gaz butane : la recharge d’une bouteille de 6 kilos est passée d’environ 120 000 à 69 000 francs guinéens, celle de 12,5 kilos d’environ 250 000 à 143 500 francs guinéens. Ces prix datent de 2021 et ont pu évoluer depuis.
Le Fonds d’appui à la promotion des gaz (FAPGAZ) a pour mission de développer l’usage domestique du gaz de pétrole liquéfié, des centres emplisseurs jusqu’à la distribution. En février 2023, un premier navire butanier de 4 000 tonnes avait accosté à Conakry. La Guinée reste aussi marquée par l’explosion de son principal dépôt d’hydrocarbures à Conakry en décembre 2023, qui avait provoqué une grave crise du carburant.
Konta fabrique des bouteilles, pas du gaz
L’usine de Konta, dans la préfecture de Forécariah, fabrique et requalifie des bouteilles sur 21 hectares, selon la Primature. Elle a été réalisée par FAPGAZ, avec un financement de l’État et d’investisseurs chinois. Selon le magazine Émergence, qui a suivi une visite gouvernementale le 19 septembre 2026, sa capacité peut atteindre un million de bouteilles par an, mais des coupures d’électricité perturbent son fonctionnement.
Disposer de bouteilles ne suffit pas : encore faut-il du gaz pour les remplir, des capacités de stockage et une distribution régulière. Les données publiques ne permettent pas d’identifier l’étape de la chaîne qui provoque la rupture actuelle.
Un navire arrivé, des rayons encore vides
Le 4 octobre, FAPGAZ a annoncé la réception d’un navire butanier au port de Kamsar, selon Gnakrylive et Le Courrier de Conakry. Ni le volume transporté ni la date de retour en boutique n’ont été précisés, et le reportage du 7 octobre décrit encore des points de vente sans gaz. Entre l’arrivée au port et la recharge chez le revendeur, il faut décharger, remplir et acheminer.
Le cas guinéen illustre un dilemme commun à de nombreux pays africains : rendre le gaz accessible pour sortir du charbon de bois suppose des importations régulières, du stockage et un parc de bouteilles suffisant. Sans cette régularité, les ménages qui ont changé leurs habitudes reviennent au charbon, et la politique se retourne contre son objectif.
Sources
- Le360 Afrique, reportage du 7 octobre 2026 ; Primature de Guinée, présentation de l’usine de Konta.
- Émergence, septembre 2026 ; Gnakrylive, 5 octobre 2026 ; Le Courrier de Conakry, 6 octobre 2026 ; FAPGAZ.
- Guinéenews, 30 août 2021 et 22 février 2023 ; RFI via AllAfrica, 29 décembre 2023.
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