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BICICI : Ahmed Cissé rachète la BNI et prend le contrôle de la banque

BICICI : Ahmed Cissé rachète la BNI et prend le contrôle de la banque

La Banque nationale d’investissement (BNI) a signé le 13 juillet 2026 la cession de l’intégralité de sa participation dans la BICICI — 3 514 941 actions, soit 21,09 % du capital — à Brandon & Mcain Capital, la holding de l’homme d’affaires ivoirien Ahmed Cissé. Sous réserve de l’aval de la Commission bancaire de l’UMOA, la part de l’acquéreur passera de 19,11 % à 40,2 %, faisant du président du patronat ivoirien l’actionnaire de référence d’une banque que BNP Paribas contrôlait encore il y a trois ans.

BICICI : Ahmed Cissé rachète la BNI et prend le contrôle de la banque
Photo : abdallahh / CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Trois ans de recomposition, un dénouement

L’histoire récente de la Banque internationale pour le commerce et l’industrie de la Côte d’Ivoire est celle d’une nationalisation puis d’une privatisation accélérées. En septembre 2022, BNP Paribas et Proparco annonçaient la cession de leurs 67,49 %, réalisée en février 2023 au profit d’un consortium d’institutionnels publics ivoiriens : BNI, CNPS, CDC-CI et IPS-CGRAE. Soixante années de présence française s’achevaient. Ahmed Cissé, entré au capital et nommé président du conseil d’administration dès mai 2023, gravit depuis les échelons de l’actionnariat. Le rachat du bloc BNI — dont le montant n’a pas été divulgué — marque le passage d’une banque publique de fait à une banque contrôlée par un opérateur privé national.

Un acquéreur au carrefour du pouvoir économique

Ahmed Mamadou Cissé cumule les casquettes : président de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), président du conseil d’administration de la BICICI, et fondateur de Brandon & Mcain Capital, active dans les technologies et l’immobilier. Sa montée au capital va à contre-courant du repli des groupes bancaires européens en Afrique de l’Ouest : là où BNP Paribas, Société Générale ou Standard Chartered cèdent, des capitaux privés africains reprennent. Mais diriger une banque quand on préside déjà le patronat, c’est se placer à l’intersection du crédit, des entreprises, de l’État et du dialogue social — une concentration de fonctions qui peut accélérer les décisions autant qu’elle nourrit un risque de conflits d’intérêts.

Une banque redressée, mais encore moyenne

L’actif racheté s’est nettement amélioré. La BICICI a clos 2025 sur un bénéfice net de 36,5 milliards de FCFA, en hausse de 39 % — la plus forte progression parmi les neuf banques cotées à la BRVM — avec un produit net bancaire en croissance de 17 %. Le redressement post-BNP est donc réel. Mais l’établissement reste un acteur de milieu de tableau : environ neuvième du secteur ivoirien en ressources clientèle et dixième en emplois clientèle à fin 2025. Transformer une banque assainie en banque conquérante est tout l’enjeu du nouveau tour de table.

Souveraineté du capital, ou transfert d’un actif rentable ?

Pour les autorités, la reprise par des capitaux nationaux peut être présentée comme une avancée de souveraineté. Mais la nationalité du capital ne garantit ni l’indépendance ni l’équité. Une banque contrôlée localement peut rester concentrée sur les grandes entreprises, les marchés publics et les clients les plus solvables, laissant de côté PME, femmes entrepreneures et acteurs informels. Le test sera donc moins identitaire qu’opérationnel : la BICICI financera-t-elle davantage l’économie productive, réduira-t-elle le coût du crédit — ou l’opération servira-t-elle surtout à transférer un actif rentable d’un groupe étranger vers une élite nationale ?

Le régulateur, arbitre discret mais décisif

La transaction reste suspendue à l’autorisation de la Commission bancaire de l’UMOA. Au-delà de la formalité, la concentration de plus de 40 % d’un établissement entre les mains d’un investisseur unique — par ailleurs président du conseil et patron du patronat — soulèvera des questions classiques : indépendance du conseil, conflits d’intérêts potentiels avec les membres de la CGECI, surveillance des prêts à des groupes proches, exigences de fonds propres. La crédibilité de l’opération dépendra de la capacité de la banque à démontrer que ses décisions reposent sur des critères professionnels, non sur des réseaux de proximité.

Pour la BNI, un recentrage assumé

Côté vendeur, la sortie n’est pas un désaveu. La BNI, bras financier de l’État, était entrée à la BICICI dans une logique de portage ; sa participation était devenue périphérique au regard de sa mission de financement du développement. La cession libère des ressources à redéployer, tandis que l’État reste présent via CNPS, CDC-CI et IPS-CGRAE. La BICICI devient ainsi un cas d’école de partenariat public-privé capitalistique, désormais favorable au privé — et dont l’équilibre sera scruté par toute la place d’Abidjan, comme par les autres États de l’UEMOA.

Sources : communiqués BICICI/BNI via Fraternité Matin et Sika Finance (13-14 juillet 2026), APA, Financial Afrik, Africtelegraph (14 juillet 2026) ; BCEAO et Commission bancaire de l’UMOA.

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