Au centre de cette approche, l’unité civilo-militaire intensifie ses actions dans les localités de l’Atacora et de Matéri.
Dans le nord du Bénin, l’armée ne se contente plus de riposter militairement. En parallèle de l’opération Mirador, lancée en 2022 avec le déploiement de 3 000 soldats pour sécuriser les frontières face aux incursions jihadistes, les autorités ont initié une stratégie de proximité avec les populations locales, en intégrant des actions sociales ciblées qui regroupent la rénovation d’écoles, l’accès à l’eau potable, les soins médicaux et l’accès gratuit aux vétérinaires.

Au cœur de cette stratégie, la cellule civilo-militaire multiplie les interventions dans les villages de l’Atacora et du Matéri. En mai, plus de 4 000 têtes de bétail ont été soignées gratuitement, et 1 700 personnes ont reçu des soins médicaux. Pour le médecin-lieutenant Mardochée Avlessi, ces initiatives visent à reconstruire un lien de confiance entre les forces de défense et les communautés, en misant sur une coproduction de la sécurité.
L’approche militaire seule ne suffit plus
Le Bénin tire les leçons de ses voisins sahéliens, où l’approche exclusivement sécuritaire a montré ses limites. « Les zones les plus touchées par l’insécurité sont aussi les moins développées », rappelle Mathias Khalfaoui, spécialiste des enjeux sécuritaires en Afrique de l’Ouest. Dans cette région, les frustrations économiques sont souvent plus déterminantes que les motivations idéologiques.
Selon un rapport de l’ONU publié en mai, des organisations comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda, s’enracinent dans le nord du Bénin en profitant du manque de développement et du désengagement de l’État. En avril, le chef d’état-major béninois, le général Fructueux Gbaguidi, reconnaissait que des jeunes locaux avaient rejoint les groupes armés, révélant la profondeur du malaise.
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Un risque accentué par l’isolement régional
La détérioration des relations diplomatiques avec le Niger et le Burkina Faso, voisins du nord également touchés par le jihadisme, a interrompu les accords de coopération militaire transfrontalière. La fermeture des frontières et l’absence d’autorités béninoises sur certaines zones frontalières ont facilité la recrudescence des attaques, qui ont causé 173 morts en 2024, trois ans après les premières incursions. Des partenariats avec la société civile et les ONG visent à renforcer le tissu économique local. Dans les communes de l’Atacora et de la Donga, l’ONG française Acting for Life forme des jeunes en maçonnerie et écoconstruction, avec l’appui de l’association des communes locales. « Il faut former, mais surtout intégrer les jeunes dans la vie active », explique Abdoulaziz Adébi, responsable local du projet. Par ailleurs, pour Boukary Moudachirou, jeune stagiaire à Djougou, cette formation représente un tournant vers un avenir constructif.
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Malgré ces efforts, les attentes des populations restent fortes, et l’intervention de l’État est encore jugée insuffisante dans certaines zones. L’ONU souligne l’absence totale de contrôle de l’État dans des régions frontalières clés. De plus, la menace s’étend à l’est, la frontière avec le Nigeria est également sous pression. Le GSIM tenterait d’y établir une liaison avec le groupe jihadiste nigérian Ansaru, selon un rapport de février. Le Bénin n’est pas seul dans cette approche. Le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Ghana et la Mauritanie ont eux aussi misé sur des politiques de développement local pour contrer le jihadisme, estimant que seule une réponse globale, sécuritaire, sociale et économique, peut apporter des résultats durables.
Notre Afrik avec AFP








