Un an après l’annulation des sanctions de la Cedeao, la hausse des prix des produits de première nécessité demeure un poids lourd pour les 26 millions de Nigériens.
Au marché Wadata de Niamey, balayé par la poussière de l’harmattan, Rakia Abdou négocie avec difficulté le prix de son sac de riz. Ce produit essentiel est devenu hors de portée pour de nombreuses familles nigériennes, en raison de l’inflation historique qui frappe le pays. « Les prix des denrées locales baissent, mais ceux des produits importés restent élevés », déplore cette mère de cinq enfants. Près d’un an après la levée des sanctions par la Cedeao suite au renversement du président Mohamed Bazoum, l’inflation continue de peser sur le quotidien des 26 millions de Nigériens.
À la télévision nationale, l’économiste Abdallah Souleymane explique que la fermeture des frontières et les difficultés d’importation ont contribué à l’augmentation des prix. Selon l’Institut national de la statistique (INS), l’inflation a atteint un sommet historique de 15,47 % en juin 2024. Elle s’est stabilisée en fin d’année. Cependant, la Banque mondiale prévoit qu’elle va rester élevée, à 5,4 %, sur la période 2025-2026.

Changements dans les habitudes de consommation
L’inflation a contraint de nombreux Nigériens à revoir leurs habitudes alimentaires. « Avant, avec 10 000 Fcfa, on pouvait remplir son panier ; aujourd’hui, on voit le fond », déclare Hadjia Hadjara, une résidente de Niamey. Beaucoup de familles ont réduit leurs repas copieux et se sont adaptées à des plats traditionnels. « Les Nigériens ont changé leurs habitudes alimentaires, se tournant davantage vers des produits locaux », affirme Mahaman Nouri, de l’Association des droits des consommateurs.
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Les causes de l’inflation
D’après les autorités, l’inflation est exacerbée par la fermeture de la frontière avec le Bénin, qui abrite le port par lequel transitaient 80 % des marchandises destinées au Niger. Niamey refuse d’ouvrir cette frontière, accusant le Bénin d’abriter des bases de jihadistes. Des allégations que Cotonou nie. En réponse, le Niger a dû se tourner vers d’autres sources d’approvisionnement, notamment le port de Lomé au Togo. Cela oblige les camions à faire des détours coûteux à travers le Burkina Faso, un pays confronté à des attaques jihadistes. Ces nouvelles routes génèrent des surcoûts qui se répercutent sur les prix des produits de base. Idrissou Issoufou, chauffeur de camion ghanéen, décrit ce trajet comme un véritable « calvaire », avec des risques d’attaques malgré les escortes militaires.
Bien que la frontière avec le Bénin soit fermée, le commerce via le fleuve Niger continue, mais à des prix exorbitants. « Nous faisons entrer des produits au Niger via le fleuve, mais cela nous coûte très cher », se plaint Salamatou Gna, une commerçante béninoise à Niamey.
Mesures gouvernementales pour alléger le coût de la vie
Face à cette crise, le gouvernement militaire a réduit de 50 % les frais de consultations médicales, baissé les prix de l’essence, du gasoil, du ciment, ainsi que certains droits de douane. Des distributions gratuites de vivres ont été organisées et des ventes promotionnelles de céréales ont eu lieu sur les marchés. De plus, l’exportation de céréales vers le Nigeria a été interdite pour éviter des pénuries dans le pays.
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Selon Han Fraeters, responsable des opérations de la Banque mondiale pour le Niger, l’économie du pays a montré une résilience grâce à l’intervention proactive des autorités, notamment pour assurer le paiement des salaires des fonctionnaires. Bien que la situation demeure difficile, la Banque mondiale prévoit une croissance du PIB de 6,5 % en moyenne entre 2025 et 2026, soutenue par la production agricole et les exportations de pétrole. Cependant, elle met en garde contre les risques d’une pauvreté extrême, qui pourrait atteindre 49,9 % d’ici 2026 si l’inflation persiste.
Notre Afrik avec AFP