Bangui, la capitale de la République centrafricaine, accueille pour la première fois la grand-messe des finances africaines, révélant les nouvelles aspirations d’un pays en quête d’influence et de résilience.
Depuis le 30 juillet 2025, Bangui s’est imposée comme la capitale économique et diplomatique de l’Afrique. Pour la première fois de son histoire, la République centrafricaine accueille le Caucus africain, rendez-vous annuel qui réunit des ministres des Finances, des gouverneurs de banques centrales, ainsi que des hauts représentants des institutions de Bretton Woods — Banque mondiale et Fonds monétaire international (FMI).
Une 20ᵉ édition hautement symbolique, ouverte solennellement par le président Faustin-Archange Touadéra, qui y voit « une chance unique de construire un réseau de solidarité active et de coopération efficace entre les États africains ». En présence du ministre centrafricain des Finances et du Budget, Hervé Ndoba, président du Caucus 2025, le ton a été donné : Bangui ne veut plus être une simple étape, mais un point d’ancrage pour les ambitions économiques africaines.
Au-delà du protocole, l’accueil du Caucus est une vitrine stratégique pour la Centrafrique. Longtemps marginalisée, en proie à des crises multiformes, elle cherche aujourd’hui à changer de récit. Investir le champ du dialogue économique continental lui permet de se repositionner en acteur crédible, résilient et tourné vers l’avenir.
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« Nous devons donner une suite concrète à nos résolutions. Je propose que le Caucus soit doté d’un secrétariat permanent, reconnu par l’Union africaine et visible sur les plateformes internationales », a plaidé le ministre Hervé Ndoba dans une adresse fortement applaudie. Un appel à l’institutionnalisation du Caucus, signe de la volonté centrafricaine de prolonger l’impact de cette rencontre au-delà des trois jours d’échanges.

Des thématiques à fort enjeu pour l’Afrique
Pendant les travaux, plusieurs axes majeurs ont été discutés : le financement des infrastructures, la gestion de la dette publique, l’intégration régionale, ou encore les enjeux numériques, climatiques et énergétiques. Une table ronde sur le rôle des jeunes et de l’innovation dans l’économie africaine a suscité un vif intérêt, démontrant l’attention croissante portée aux dynamiques internes du continent.
Parmi les moments forts, une session consacrée à l’Afrique centrale a permis de mettre en lumière les besoins spécifiques de la sous-région, souvent sous-financée et pourtant stratégique. Les rencontres bilatérales entre gouvernements africains et partenaires internationaux, en marge des sessions plénières, ont aussi ouvert la voie à des engagements concrets en matière d’investissement et de partenariats techniques.
Lire : Caucus africain 2025 : l’Afrique en quête de repositionnement dans l’ordre financier mondial
En parallèle, le pays hôte a pu présenter aux délégués du Caucus la vitalité de son tissu économique. Start-ups locales, initiatives agricoles, projets artisanaux : la Centrafrique a montré un visage entrepreneurial, résolu à attirer les regards et les capitaux. « Notre ambition est claire : créer des passerelles entre nos ressources et les opportunités régionales et mondiales. Le Caucus nous donne cette chance », confiait une entrepreneure centrafricaine.
Au fond, ce que propose Bangui à travers le Caucus, c’est un renversement de perspective : celle d’une Afrique qui pense et construit sa propre trajectoire économique, sans attendre que d’autres la dessinent à sa place. Au terme de la cérémonie d’ouverture, le président Touadéra a lancé un vœu à la fois ambitieux et rassembleur : « Que ce Caucus soit le déclencheur d’investissements stratégiques, de coopérations renforcées et de solidarités renouvelées ».
Simon Pierre Etoundi