L’aide au développement de la France s’apprête à reculer pour la quatrième année consécutive. Présenté le 1er octobre 2026, le projet de loi de finances pour 2027 prévoit près de 1,9 milliard d’euros de moins en autorisations d’engagement pour l’aide publique au développement (APD), selon l’Agence Ecofin. L’Afrique, première destinataire, est la première touchée, au moment même où Paris affirme vouloir passer d’une logique d’aide à une logique d’investissement et de promotion de ses entreprises sur le continent.
Engagements et paiements : deux chiffres, deux mesures
La distinction compte. Les autorisations d’engagement permettent à l’État de prendre des obligations financières pour des projets sur plusieurs années ; les crédits de paiement correspondent aux sommes effectivement versées pendant un exercice. Selon Devex, le projet de budget prévoit aussi une diminution de 11 % des paiements d’aide en 2027, et Focus 2030 évalue à environ 300 millions d’euros la baisse des crédits du programme budgétaire. Les 1,9 milliard ne sont donc pas un retrait immédiat de trésorerie destinée à l’Afrique, mais une capacité réduite à lancer de nouveaux projets pluriannuels. Il s’agit par ailleurs d’un projet soumis au Parlement, pas d’une loi adoptée.
Aide au développement : quatre années de coupes en France
La trajectoire est nette. En 2025, le gouvernement a amputé l’enveloppe d’un tiers, soit près de deux milliards d’euros. Le budget 2026, adopté le 2 février par le recours à l’article 49.3 de la Constitution, l’a encore réduite d’environ 800 millions d’euros, à 3,5 milliards : Focus 2030 chiffre la baisse à 803 millions, soit 18 %, entre 2025 et 2026. Le gouvernement justifie ses choix par le déficit et la recherche d’économies.
Les financements de projets en Afrique ont été directement touchés. Selon RFI, l’enveloppe correspondante est passée d’environ 6 milliards d’euros en 2024 à 4 milliards en 2025. La part de l’aide bilatérale française consacrée à l’Afrique subsaharienne a reculé de 21,8 % en 2020 à 17 % en 2024, selon une analyse publiée par The Conversation. L’Agence française de développement (AFD) a maintenu son volume d’activité global en 2025, autour de 14 milliards d’euros, mais réduit son enveloppe africaine. La structure de l’aide change aussi : les dons projets et l’aide humanitaire sont réduits proportionnellement plus que les bonifications d’intérêt qui permettent d’accorder des prêts. Pour le CCFD-Terre Solidaire, cette logique de retour sur investissement entre en contradiction avec le financement de la santé et de l’éducation, qui ne sont pas pensés pour être rentables.
Le signal contraire d’Africa Forward
En mai 2026, à Nairobi, le sommet Africa Forward coorganisé par la France et le Kenya avait placé les partenariats économiques au centre de la relation : 23 milliards d’euros d’investissements annoncés, dont 14 milliards d’entreprises françaises en Afrique et 9 milliards d’entreprises africaines sur le continent. Ces annonces relèvent du secteur privé et ne sont pas des crédits publics d’aide. Mais l’aide a historiquement servi de porte d’entrée aux entreprises françaises, par les projets d’infrastructures, l’expertise technique et les relations nouées avec les administrations. C’est la contradiction que pointe l’Agence Ecofin : les investisseurs privés interviennent plus facilement quand un projet dispose d’infrastructures, d’un cadre lisible et d’un financement de long terme, précisément ce que les instruments publics de développement contribuent à préparer. Si ces capacités diminuent, des projets peuvent être retardés ou reconfigurés, et d’autres bailleurs occuper l’espace laissé vacant.
Le coût humain, et les limites de l’argument
Les organisations de solidarité alertent. Selon Coordination SUD, les associations françaises ont dû arrêter ou réduire près de 1 300 projets en 2024 et 2025. L’OCDE prévoit une baisse de l’aide mondiale de 10 à 18 % entre 2024 et 2027, les pays les moins avancés et l’Afrique étant les plus touchés ; le retrait américain de programmes de santé en donne déjà la mesure, comme pour les contraceptifs de l’USAID détruits en Belgique.
L’APD ne se résume pas à un soutien aux entreprises françaises : elle finance des services essentiels, des programmes sanitaires, l’action humanitaire et des partenariats avec des institutions multilatérales. Et elle ne peut maintenir une relation à elle seule : sa crédibilité dépend de la qualité des projets, des retombées locales et de la capacité à répondre aux priorités formulées par les pays africains. Le Parlement doit encore examiner le budget 2027. Le débat dira quels programmes seront touchés et quels engagements existants seront préservés. Pour les partenaires africains, la question pratique sera de savoir si les annonces de Nairobi se traduiront en projets financés, alors que les moyens publics prévus pour les accompagner se resserrent.








