Le président nigérian Bola Tinubu a reçu le 22 octobre 2026, à la State House d’Abuja, la fellowship d’honneur du Collège ouest-africain des médecins (West African College of Physicians, WACP), une distinction décernée huit fois en cinquante ans selon le Collège. Le secrétaire général du Collège a cité « plus de 2,2 milliards de dollars » investis dans la santé, sans en publier le détail. Selon la Banque mondiale, les paiements directs des ménages représentaient 71,9 % de la dépense courante de santé en 2023, contre 75,7 % en 2022.
Ce que le WACP a décerné à Bola Tinubu, et pourquoi
Le compte rendu officiel, signé par Bayo Onanuga, conseiller spécial du président chargé de l’information et de la stratégie, et publié par la présidence nigériane le 22 octobre 2026, parle d’une « Fellowship » conférée par le Conseil du Collège. L’Agence de presse sénégalaise (APS) parle d’un « diplôme d’honneur ».
Le WACP, fondé en 1976, est lié à l’Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS), institution de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), selon l’APS. Son président, le Sénégalais Mamadou Mourtalla Ka, a déclaré que la distinction est réservée aux présidents « ayant marqué la prestation des soins de santé », selon la présidence nigériane.
Le secrétaire général, le professeur Musa Dankyau, a cité les infrastructures, l’accès aux soins d’urgence, les soins primaires, la couverture santé universelle et la vaccination. Selon lui, le premier lauréat fut le Gambien Dawda Jawara, et le seul Nigérian avant Bola Tinubu, le général Ibrahim Babangida, en 1991. L’APS cite le Ghanéen Nana Akufo-Addo comme lauréat en 2022.
Le chef de l’État a demandé au Collège de consacrer sa conférence, prévue du 26 au 28 octobre 2026 à Abuja, à des solutions pratiques et durables contre l’exode des soignants, selon la présidence. « Nous faisons tout ce qui est possible », a-t-il affirmé, en saluant le ministre coordinateur de la Santé et du Bien-être social, Muhammad Ali Pate.
Un budget santé loin de l’engagement d’Abuja
En 2001, à Abuja, les États de l’Union africaine se sont engagés à consacrer au moins 15 % de leur budget à la santé. Pour 2025, le budget adopté a alloué 2 380 milliards de nairas à la santé, soit 4,33 % d’un total de 54 900 milliards, selon le site de vérification Dataphyte.
Le projet de budget 2026, déposé en décembre 2025, prévoyait 2 480 milliards de nairas pour la santé sur 58 470 milliards, soit environ 4,2 %. Selon le quotidien Premium Times, il restait à plus de 6 000 milliards de nairas de l’objectif de 15 %. La loi de finances 2026 a finalement été signée pour 68 320 milliards de nairas ; la part finale de la santé n’a pas pu être établie.
Ce que mesurent la Banque mondiale et l’ONU
Les taux de mortalité diffusés par la Banque mondiale, mis à jour le 8 octobre 2026, sont des estimations modélisées des agences des Nations unies. Le ratio de mortalité maternelle atteint 993 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2023, contre 1 046 en 2021.
La mortalité des enfants de moins de cinq ans s’établit à 115,6 pour 1 000 naissances en 2024, contre 117,5 en 2022 ; la mortalité néonatale, à 39 pour 1 000.
La part de la dépense courante de santé financée par les pouvoirs publics nigérians sur ressources propres était de 14,3 % en 2023. La dépense de santé par habitant est tombée de 89,6 à 66,8 dollars entre 2022 et 2023, une baisse qui reflète aussi la dépréciation du naira.
Soins primaires et assurance : des chantiers inachevés
Mi-octobre 2026, Muyi Aina, directeur exécutif de l’Agence nationale de développement des soins de santé primaires (NPHCDA), faisait état de 4 434 centres engagés dans la remise en état, dont 3 526 entièrement rénovés et remis aux États et collectivités locales, et 908 en cours, selon le quotidien ThisDay.
Le Fonds de prestation des soins de santé de base (BHCPF), qui les finance en partie, est passé de 125,7 milliards de nairas en 2024 à 282,7 milliards en 2025, puis 245,1 milliards en 2026, selon l’organisation BudgIT.
L’assurance maladie est obligatoire depuis la loi de 2022 sur l’Autorité nationale d’assurance maladie (NHIA). La NHIA revendique 23 millions d’assurés en septembre 2026, contre environ 16 millions au début du mandat, selon son directeur général Kelechi Ohiri, soit environ un Nigérian sur dix.
L’exode des soignants, sujet que le président a lui-même posé
Le Nigeria comptait 0,38 médecin pour 1 000 habitants en 2023, selon la Banque mondiale. Le 8 avril 2025, le ministre Pate estimait que plus de 16 000 médecins avaient quitté le pays en cinq à sept ans, une estimation gouvernementale non recoupée de façon indépendante.
Les médecins résidents de la Nigerian Association of Resident Doctors (NARD) avaient convoqué une grève générale pour le 10 août 2026, pour des arriérés de salaires et d’indemnités. Ils l’ont suspendue avant son déclenchement en donnant au gouvernement jusqu’au 31 août, après l’approbation par le ministère des Finances de 84 milliards de nairas d’arriérés, selon Prime Business Africa.
Le 20 octobre 2026, le pays a confirmé à Abuja un cas importé de maladie à virus Ebola (souche Bundibugyo) chez une voyageuse ayant récemment séjourné en Ouganda, avec 44 contacts suivis, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La fièvre de Lassa y avait déjà fait plus de 250 morts au 6 septembre 2026, selon le Centre de contrôle des maladies (NCDC).
Ce que la distinction ne mesure pas
La fellowship du WACP récompense, selon le Collège, des réformes et des montants dont le détail n’a pas été publié. Elle ne dit rien des crédits effectivement décaissés, ni du nombre de centres rénovés qui fonctionnent avec du personnel, de l’électricité et des médicaments. C’est là que se joue le bénéfice pour les patients.
Des réussites comme la téléchirurgie entre Lagos et Abuja montrent un savoir-faire réel ; leur diffusion hors des grandes villes reste à mesurer. La conférence du Collège, du 26 au 28 octobre 2026, sera un premier test sur l’exode que le président a désigné comme prioritaire.








