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Paul Barril, mort à 80 ans sans procès sur le Rwanda

Le Tribunal de Paris, dans le quartier des Batignolles, vu depuis le parc Clichy-Batignolles, en illustration de la mort de Paul Barril

Paul Barril, cofondateur du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN), est mort le mardi 20 octobre 2026 à 80 ans, selon la Gendarmerie nationale. Visé depuis 2013 par une information judiciaire ouverte à Paris pour complicité de génocide au Rwanda, il n’a jamais été jugé dans ce dossier et a toujours contesté les accusations portées contre lui.

Qui était Paul Barril, mort à 80 ans

Né le 13 avril 1946 à Vinay (Isère), capitaine de gendarmerie, Paul Barril a participé en 1974 à la création du GIGN, rappelle le site officiel Gendinfo, avant de devoir quitter l’unité après avoir été gravement blessé à l’entraînement en 1983.

Selon l’Agence France-Presse (AFP), sa mort a été confirmée par le GIGN. Il était atteint de la maladie de Parkinson depuis de nombreuses années. Ni le lieu ni la cause du décès n’ont été rendus publics dans les sources consultées.

Il a aussi appartenu à la cellule antiterroriste de l’Élysée, créée en 1982 sous la présidence de François Mitterrand. Après avoir quitté la gendarmerie, il a fondé des sociétés de sécurité privée. Jugé en 2004 dans l’affaire des écoutes de l’Élysée, il a été condamné en 2005 par le tribunal correctionnel de Paris à six mois de prison avec sursis et 5 000 euros d’amende, rapporte l’AFP.

La plainte de 2013 et ce qu’elle allègue

Le 24 juin 2013, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), la Ligue des droits de l’homme (LDH) et l’association Survie ont déposé plainte au tribunal de grande instance de Paris pour complicité de génocide. Selon le communiqué de la FIDH du 27 juin 2013, les plaignants lui reprochent d’avoir conclu le 28 mai 1994 un accord de fourniture d’armes, de munitions, de formation et d’encadrement avec Jean Kambanda, alors Premier ministre du gouvernement intérimaire rwandais.

Les associations rappellent que la résolution 918 du Conseil de sécurité des Nations unies imposait depuis le 17 mai 1994 un embargo sur les armes à destination du Rwanda. Cet embargo ne prouve pas, à lui seul, qu’une livraison a eu lieu : c’est ce que l’instruction devait établir ou écarter.

Les montants varient. En 2020, l’AFP évoquait un contrat de 3 millions de dollars selon les parties civiles ; en octobre 2026, elle rapporte qu’il aurait tiré environ 1,2 million de dollars de ces opérations, selon les ONG. Paul Barril contestait avoir signé ce contrat. Entendu par un juge d’instruction au début des années 2010, il avait nié l’existence de ce contrat, selon le média Afrique XXI.

Paul Barril, placé sous le statut de témoin assisté

Selon l’AFP, reprise par JusticeInfo en novembre 2020, il a été entendu par un juge d’instruction à Nice les 28 et 29 mai 2020 et placé sous le statut de témoin assisté. Ce statut intermédiaire ne vaut ni mise en examen ni renvoi devant un tribunal ; aucune mise en examen n’apparaît dans les contenus examinés.

Toujours selon l’AFP, une expertise médicale a ensuite conclu que sa maladie ne lui permettait « plus de soutenir ni audition ni confrontation ». Le 8 avril 2024, la LDH et la FIDH, parties civiles, estimaient que la procédure était « au point mort » et que son état de santé « pourrait compromettre la suite ». C’est l’appréciation des plaignants, non une décision des juges.

Paul Barril est donc mort présumé innocent. Aucune juridiction ne s’est prononcée sur les accusations le visant dans le dossier du génocide des Tutsi.

Ce que son décès change à l’enquête

L’article 6 du code de procédure pénale prévoit que l’action publique pour l’application de la peine s’éteint par la mort de la personne poursuivie. Il ne pourra donc plus y avoir de procès de Paul Barril. Cette extinction n’est ni un acquittement ni une validation des accusations.

Elle ne vaut, en principe, qu’à son égard. Ce que les juges d’instruction feront du reste de l’information ouverte en 2013 n’est pas connu : au 24 octobre 2026, aucune décision consécutive au décès n’avait été rendue publique dans les sources consultées. La justice française instruit et juge d’autres dossiers liés au génocide, comme le procès d’un ancien médecin rwandais devant un tribunal parisien en 2024.

Pour les survivants et les familles de victimes, l’issue illustre la lenteur de procédures où des protagonistes meurent avant tout procès. En avril 2026, Afrique XXI qualifiait déjà Paul Barril de « grand oublié » du dossier.

Des archives qui restent à éclairer

Au-delà de sa personne, le dossier renvoie à une question plus large : celle des services de sécurité proposés à des gouvernements africains par des sociétés privées dirigées par d’anciens militaires ou policiers européens. Dans le cas rwandais, savoir si un contrat a été exécuté, pour qui et avec quels appuis éventuels relève des pièces, non des hypothèses ; aucune juridiction ne l’a établi.

Cette question se tranche par les contrats et les échanges conservés, pas par la réputation d’un homme. Les pièces réunies depuis 2013 gardent leur valeur pour l’histoire, quel que soit le sort de l’information judiciaire.

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