Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, fin février 2026, le prix du carburant a été relevé dans au moins six des huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Le litre de super atteint 990 FCFA au Sénégal, le gasoil 940 FCFA au Mali. Le baril de Brent a clôturé à 109,86 dollars le 16 octobre 2026, contre 64,39 dollars le 23 janvier.
Dans l’UEMOA, les prix à la pompe sont fixés par les États, qui absorbent une partie de l’écart avec les cours mondiaux par des subventions. La hausse du baril arrive donc avec retard et par paliers, au gré des décisions de chaque gouvernement. Voici ce qui a changé, pays par pays, d’après les décisions officielles et la presse nationale.
Prix du carburant dans l’UEMOA : les hausses pays par pays
- Mali : le 28 mars 2026, l’Office national des produits pétroliers a porté le gasoil de 725 à 940 FCFA (+29,7 %) et le super de 775 à 875 FCFA. C’est le gasoil le plus cher de l’Union.
- Bénin : depuis le 1er mai 2026, l’essence est à 725 FCFA et le gasoil à 750 FCFA, soit 30 FCFA de plus chacun. Le pétrole lampant a bondi de 639 à 1 040 FCFA.
- Côte d’Ivoire : en août, le super est passé de 875 à 905 FCFA et le gasoil de 700 à 725 FCFA. Le ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie a maintenu ces prix pour octobre.
- Burkina Faso : le 10 août 2026, le gasoil est passé de 675 à 750 FCFA, première hausse depuis août 2022. Le super reste à 850 FCFA.
- Sénégal : le 15 août 2026, le super est passé de 920 à 990 FCFA, le plus cher de l’Union, et le gasoil de 680 à 755 FCFA.
- Togo : un arrêté interministériel a porté le super de 725 à 817 FCFA et le gasoil de 750 à 766 FCFA à compter du 11 septembre 2026.
- Niger : le super reste à 499 FCFA à Niamey, le prix le plus bas de l’Union, grâce à la raffinerie de Zinder. Aucune hausse n’a été trouvée dans les sources consultées.
- Guinée-Bissau : le super était cité à 899 FCFA fin août par la presse régionale ; la date de sa dernière modification n’a pas été trouvée.
Ce que la hausse coûte à un automobiliste
Pour un plein de 40 litres de super, la facture passe de 36 800 à 39 600 FCFA à Dakar, soit 2 800 FCFA de plus (calcul de la rédaction). À Lomé, le même plein coûte 3 680 FCFA de plus qu’avant le 11 septembre. Les transporteurs, qui roulent au gasoil, encaissent 75 FCFA de plus par litre à Dakar comme à Ouagadougou.
Le prix payé reste pourtant inférieur au coût réel. Le gouvernement sénégalais, dans son communiqué du 14 août 2026, estime le coût d’importation à 1 019 FCFA le litre de super et 1 044 FCFA le litre de gasoil, et chiffre à plus de 245 milliards FCFA les subventions engagées depuis le début de l’année. Au Burkina Faso, le coût réel du gasoil est estimé à environ 1 050 FCFA, et l’État a dépensé 60 milliards FCFA de subventions au premier semestre 2026.
Les écarts de prix entre voisins créent aussi des fuites. Le gouvernement burkinabè justifie sa hausse par l’afflux de transporteurs étrangers venus faire le plein d’un gasoil moins cher que chez eux. Plus un pays subventionne, plus il paie le carburant de ses voisins.
Du baril à l’inflation : ce que mesure la BCEAO
Entre le cours mondial et la pompe interviennent l’achat de produits raffinés, le fret et la fiscalité. La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) mesurait dans son bulletin publié le 7 octobre 2026 une hausse de 29 % sur un an des cours pétroliers en août. Le Brent a encore progressé depuis : il cotait 102,31 dollars à la clôture du 1er octobre, et 109,86 dollars le 16 octobre, selon les relevés de Reuters.
L’inflation de l’Union reste dans la cible de 1 % à 3 %, mais elle remonte. Elle était de 0,4 % au deuxième trimestre 2026 ; le gouverneur Jean-Claude Kassi Brou l’a annoncée à 1,2 % en juillet et 1,7 % en août, le transport en étant le premier moteur, selon la presse régionale. Le taux directeur de la BCEAO est de 3 % depuis le 16 mars 2026.
Le choc se partage entre ménages et budgets publics. Kouakou Hyppolite Konan, directeur de la surveillance multilatérale à la Commission de l’UEMOA, a décrit le 9 octobre 2026, dans un entretien repris par Financial Afrik, des hausses à la pompe accompagnées de subventions qui absorbent une partie du renchérissement. La BCEAO prévoit un déficit budgétaire de l’Union à 3,5 % du PIB en 2026, au-dessus du plafond communautaire de 3 %.
UEMOA, CEMAC, Nigeria : trois façons d’amortir le choc
L’Afrique centrale a choisi de subventionner davantage : la CEMAC a atteint un record de 3 388 milliards FCFA de subventions au carburant selon la BEAC. Au Nigeria, où la fin de la subvention a été annoncée en 2023, le litre tourne autour de 1 350 nairas le litre. L’UEMOA se situe entre les deux : des hausses par paliers, et une subvention qui continue de coûter cher.
La suite dépendra du détroit d’Ormuz. Si le Brent reste au-dessus de 100 dollars, les États devront choisir entre de nouvelles hausses à la pompe et des déficits plus profonds. La Côte d’Ivoire révise ses prix chaque mois : sa grille de novembre sera le prochain signal.








