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Mangue ivoirienne : 3,5 milliards FCFA pour rouvrir l’Europe

Mangues dans des bassines sur un marché de Bouaké, la mangue ivoirienne privée du marché européen

Depuis le 1er août 2026, la mangue ivoirienne fraîche n’entre plus dans l’Union européenne (UE), après 27 lots interceptés pour mouche des fruits pendant la campagne 2026. Le 15 octobre 2026, le gouvernement a annoncé 3,5 milliards de francs CFA (FCFA) pour traiter le verger et a écarté 15 exportateurs de la campagne 2027. Il vise un retour sur le marché européen en 2027, sans pouvoir en garantir la date.

L’annonce a été faite à Abidjan par Bruno Nabagné Koné, ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières. « Je ne vous donnerai pas de date, parce que cette décision ne nous appartient pas seuls », a-t-il déclaré, selon le site Koaci. Le communiqué du ministère est explicite : « la décision de reprise appartient aux autorités européennes ».

Ce que perd la filière de la mangue ivoirienne

L’Europe ne prend qu’une petite part de la récolte, mais l’essentiel de la valeur. La Côte d’Ivoire produit environ 180 000 tonnes de mangues par an et en a expédié 35 000 tonnes vers l’UE en 2025, soit environ un cinquième, selon Radio France Internationale (RFI) et Koaci. D’après l’Agence Ecofin, qui cite la base Trade Map du Centre du commerce international, ces ventes valaient près de 25 millions de dollars, environ 66 % des recettes d’exportation de mangues du pays.

Pour un exportateur, la perte est directe. Un opérateur interrogé anonymement par RFI affirme que plus de 95 % de ses envois partent vers l’Europe, « le plus grand marché, celui qui paie le mieux », et dit faire travailler plus de 3 000 personnes. Ce témoignage ne vaut pas pour toute la profession, mais il montre la dépendance de certaines maisons.

En amont, environ 5 000 producteurs et près de 50 exportateurs vivent de la filière, selon Koaci, surtout dans le Nord, autour de Korhogo, Ferkessédougou et Boundiali. Aucune source ne chiffre le manque à gagner des producteurs depuis le 1er août 2026 : le vrai test sera le prix payé au verger lors de la récolte 2027.

Une fermeture annoncée depuis des années

Les chiffres du ministère, rapportés par l’Agence Ecofin, montrent une rechute : 32 lots interceptés en 2024, 12 en 2025, puis 27 en 2026. Depuis 2019, selon le Comité de liaison Europe-Afrique-Caraïbes-Pacifique (COLEACP), l’UE exige que chaque lot de mangues venant de pays touchés par la mouche des fruits ait subi un traitement efficace, déclaré sur le certificat phytosanitaire.

Le précédent malien est connu. Après une hausse des interceptions, l’UE a imposé au Mali en 2025, par le règlement d’exécution (UE) 2025/2294, un traitement après récolte certifié pour chaque lot, mesure que la presse a décrite comme une suspension. Le Sénégal a reçu en février 2026 une lettre de la Commission évoquant une possible interdiction temporaire, selon le site spécialisé FreshPlaza.

La profession ivoirienne reconnaît ses failles. « On est surpris par la mesure, mais on n’est pas étonné », a déclaré à RFI Pascal Nembelessi-Silué, président de l’organisation interprofessionnelle Inter-Mangues. NotreAfrik avait déjà relevé le durcissement des normes européennes sur les résidus de pesticides, autre front sanitaire pour les fruits africains.

3,5 milliards FCFA et 15 exportateurs écartés

Le plan du 15 octobre 2026 tient en quelques mesures. L’enveloppe de 3,5 milliards FCFA, environ 5,3 millions d’euros, finance le traitement phytosanitaire des 20 000 hectares du verger national et la pose de plus de trois millions de pièges dans neuf régions productrices. Rapporté à la surface, cela représente environ 175 000 FCFA par hectare, selon un calcul de la rédaction.

L’accès à la campagne 2027 est restreint : 33 exportateurs et 34 stations de conditionnement retenus, 15 exportateurs et 9 stations écartés, dont la liste n’est pas publique. Les expéditions par avion sont suspendues. Chaque lot devra pouvoir être « remonté jusqu’au verger », selon le ministre, et une approche révisée de maîtrise du risque sera soumise à la Commission européenne avec un audit indépendant.

Pour les exportateurs écartés, la saison 2027 est perdue, quelle que soit la décision de Bruxelles. Pour ceux qui misaient sur l’avion, le créneau le plus rapide et souvent le mieux payé disparaît. Le coût des contrôles supplémentaires pour les opérateurs retenus n’est pas chiffré.

Quand le marché européen peut-il rouvrir ?

Personne ne le sait officiellement. Ni le ministère ni la presse n’ont cité l’acte européen, sa base juridique ou ses conditions de levée, et NotreAfrik ne l’a pas trouvé dans les sources européennes consultées. Koaci évoque une durée pouvant aller jusqu’à cinq ans, que ni le ministère ni aucune source européenne ne confirme. La campagne 2027 doit débuter vers mars : Abidjan doit d’ici là convaincre la Commission que ses contrôles tiennent.

Les débouchés de repli restent étroits. Selon une étude réalisée en 2022 pour Inter-Mangues, la transformation locale reposait sur 36 unités, surtout de mangue séchée, et aucune purée n’était produite dans le pays. Au Sénégal voisin, d’autres misent sur la filière, comme le montre l’investissement de Sadio Mané dans la mangue Kent de Casamance. Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu dépasse la réouverture : garder davantage de valeur quand le fruit ne part ni en avion ni en bateau.

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