Entre 40 et 50 civils ont été tués le dimanche 18 octobre 2026 dans des campements de la région de Ménaka, dans le nord-est du Mali, selon des sources sécuritaires citées par l’Agence France-Presse (AFP). Le bureau exécutif de la communauté Idaksahak, aussi appelée Daoussahak, avance au moins 48 civils tués à Ménaka et dans ses environs. Au 21 octobre 2026, aucun bilan officiel ni indépendant n’avait été publié, et l’attaque n’avait pas été revendiquée.
Ce que l’on sait des civils tués près de Ménaka
Selon les sources locales jointes par l’AFP et reprises par France 24, des hommes armés circulant à moto, « plusieurs dizaines de motos » selon un témoin, ont attaqué dans la soirée du 18 octobre des campements situés à une cinquantaine de kilomètres de la ville de Ménaka. Les localités citées sont Tinabow et le secteur de Tagadayat, habités majoritairement par des Daoussahak, selon l’AFP. Des habitations ont été incendiées, selon Studio Tamani.
Les chiffres varient selon qui parle. Une source sécuritaire basée à Gao évoque auprès de l’AFP « une quarantaine de morts », une autre source sécuritaire 50 civils tués, et un élu local « plus de 50 morts dont des femmes et des vieillards ». Le communiqué du bureau exécutif de la communauté, daté du 19 octobre, retient au moins 48 morts à Tagadayat et plusieurs blessés. Ces estimations portent sur la même série d’attaques : elles ne s’additionnent pas.
Le chiffre de 48 est aussi celui de Moussa Ag Acharatoumane, chef du Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA) et membre du Conseil national de transition (CNT), interrogé par l’agence Associated Press (AP). Il situe l’attaque dans la nuit du dimanche au lundi et compte des enfants et des personnes âgées parmi les victimes. Sa résidence à Ménaka a elle-même été visée, sans faire de victime, selon une source sécuritaire citée par l’AFP.
Qui accuse qui : des versions, pas une enquête
Le bureau exécutif de la communauté Idaksahak attribue les tueries à l’État islamique au Sahel (EIS), et Moussa Ag Acharatoumane désigne le même groupe auprès de l’AP. Selon lui, les assaillants reprochaient aux habitants d’avoir signalé leurs positions à l’armée malienne. Aucune revendication n’avait été publiée au 21 octobre, et aucune enquête indépendante n’a établi l’identité des auteurs.
Une source sécuritaire de Gao, citée par l’AFP, avance une autre lecture : des représailles « à des opérations militaires » récentes et « à des attaques de la part du MSA », mouvement armé issu de la communauté et allié de Bamako. C’est l’hypothèse d’une source, pas un fait établi. Elle ne fait pas des habitants des campements des combattants : les victimes décrites par toutes les sources sont des civils, hommes, femmes, enfants et personnes âgées.
Le contexte militaire est, lui, documenté. Les Forces armées maliennes (FAMa) ont annoncé avoir frappé le samedi 17 octobre « une importante base abritant plusieurs éléments terroristes » à 65 kilomètres au sud-ouest de Ménaka. Selon l’AP, l’EIS est surtout implanté dans cette région, où il dispute le terrain au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, ou JNIM). Aucune des sources consultées n’implique le GSIM, les FAMa ou leurs partenaires russes dans les tueries du 18 octobre.
Ce que l’on ne sait pas encore
- Le bilan définitif : aucune liste des victimes n’a été rendue publique, et le nombre de blessés et de disparus n’est pas chiffré.
- La chronologie exacte : soirée du 18 octobre selon l’AFP, nuit du 18 au 19 selon l’AP.
- La position de l’État : les autorités maliennes n’avaient pas communiqué sur les victimes civiles au 20 octobre, selon l’agence Anadolu, et aucune déclaration n’a été trouvée le 21.
- Le nombre de déplacés : la communauté et les sources sécuritaires décrivent des familles qui continuent d’arriver à Ménaka, sans chiffre consolidé.
Ménaka, angle mort d’une guerre sans témoins
Ce flou n’est pas accidentel. Depuis le retrait de la Mission des Nations unies au Mali (MINUSMA), achevé fin 2023 à la demande de Bamako, plus aucune division onusienne des droits de l’homme ne publie sur place de recensement régulier des violences contre les civils. Les bilans viennent désormais de communautés, d’élus ou de sources sécuritaires, dont aucune n’est indépendante. Les organisations comme Human Rights Watch (HRW) enquêtent par entretiens et vérification d’images, des semaines après les faits.
Le lendemain de l’attaque, le 19 octobre 2026, Human Rights Watch publiait un rapport sur d’autres épisodes de l’été, sans lien avec Ménaka. Il cite des données du projet ACLED : d’avril à août 2026, 268 civils tués par les forces maliennes et 134 par le GSIM. L’organisation y documente des abus de l’armée, de ses alliés et des groupes insurgés, comme Amnesty International l’avait fait fin septembre dans son rapport sur les crimes de guerre au Mali imputés aux FAMa et à Wagner.
Ménaka n’en est pas à son premier drame. Fin juin 2026, au moins huit civils avaient été tués dans le cercle de Tidermène, en route vers un marché, lors d’une frappe aérienne près de la frontière nigérienne. En décembre 2018 déjà, des campements daoussahak de Tinabaw avaient perdu plus de 40 des leurs, selon HRW.
Une région à bout de souffle
Les survivants arrivent dans une ville déjà sous tension. Selon le réseau d’alerte précoce FEWS NET, la région de Ménaka était classée en juin 2026 en Urgence, phase 4 sur 5 de l’échelle de sécurité alimentaire IPC, au moins jusqu’en septembre. Le carburant s’y vendait environ 185 % au-dessus du prix officiel, et l’assistance alimentaire y était « fortement réduite, voire suspendue en raison de la situation sécuritaire ».
Le communiqué de la communauté Idaksahak demande aux autorités de renforcer la protection des populations et aux agences des Nations unies une aide humanitaire d’urgence. Pendant ce temps, l’armée concentre ses efforts plus au nord, où elle a repris Kidal le 6 octobre 2026. Sans observateurs indépendants à Ménaka, la question de savoir qui a tué ces civils, et qui en répondra, risque de rester sans réponse.








