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Achat de voix au Nigeria : 50 000 nairas, alerte l’EU-SDGN

Siège de la Commission électorale nationale indépendante (INEC) à Abuja, vu depuis la rue, pour illustrer l'alerte sur l'achat de voix au Nigeria

Des électeurs ont reçu jusqu’à 50 000 nairas pour leur suffrage lors des élections de gouverneur organisées en 2026 dans les États d’Ekiti et d’Osun, au Nigeria. C’est le constat d’un rapport de la plateforme d’observation électorale du programme European Union Support to Democratic Governance in Nigeria (EU-SDGN), présenté à Abuja et relayé le 14 octobre 2026. À trois mois des élections générales, ce rapport fait de l’achat de voix l’un des principaux risques pour le scrutin de 2027.

De 10 000 à 50 000 nairas par électeur

Le dispositif réunit six organisations nigérianes de la société civile, dont Yiaga Africa, le Kukah Centre, l’International Press Centre et le Centre for Media and Society, avec le soutien de l’Union européenne. Il ne s’agit pas d’une mission d’observation de l’Union européenne. Selon la News Agency of Nigeria (NAN), plus de 1 400 observateurs citoyens accrédités ont suivi l’élection d’Ekiti, le 20 juin 2026, et celle d’Osun, le 15 août 2026.

Selon les comptes rendus de NAN et de l’agence Anadolu, les sommes proposées allaient de 10 000 à 50 000 nairas par électeur (à Osun, selon Anadolu). Ces montants correspondent à des cas signalés par les observateurs. Ils ne constituent pas un « prix » national de la voix et ne disent pas combien d’électeurs ont modifié leur choix. À Ekiti, le rapport recense 84 incidents vérifiés, dont 77 % liés à l’achat de voix selon Anadolu. Selon Anadolu, des représentants de partis en étaient les principaux acteurs dans au moins 90 % des cas. Le rapport, tel que relayé par la presse, ne désigne aucune formation politique.

Le secret du vote, point de contrôle de l’achat de voix

Le rapport décrit une organisation précise. Les paiements n’avaient pas lieu dans les bureaux de vote, mais dans des maisons, des boutiques, des kiosques ou des hôtels voisins, hors du périmètre surveillé. Selon NAN, des électeurs devaient souvent montrer leur bulletin marqué à des représentants de partis, qui vérifiaient le choix avant de payer. Le secret du vote devient alors le maillon que l’acheteur cherche à neutraliser.

Ces constats prolongent ceux du Centre for Democracy and Development (CDD), une organisation ouest-africaine de recherche et d’observation. Dans son bilan d’Ekiti publié le 24 juin 2026, le CDD signalait des « incitations financières » versées après le vote, dans des points de paiement proches des bureaux, et des arrangements impliquant représentants de partis et intermédiaires. Il distinguait les incidents observés par ses équipes des vidéos et accusations qu’il n’avait pas pu vérifier lui-même.

Aucune poursuite connue

Pour les deux scrutins, la coalition dit n’avoir eu connaissance d’aucune arrestation, enquête, inculpation ni poursuite liée aux incidents documentés. Ce constat porte sur les cas relevés par les observateurs. Il ne prouve pas l’absence de toute procédure ailleurs dans le pays. Le CDD appelait déjà en juin la Commission des crimes économiques et financiers (EFCC) et les autres agences anticorruption à rendre publiques les mesures prises contre les auteurs.

Le rapport reconnaît aussi des progrès dans l’organisation du vote. Selon NAN, les opérations avaient commencé avant 9 h 30 dans 98 % des bureaux observés à Ekiti et 96 % à Osun. Les résultats proclamés par la Commission électorale nationale indépendante (INEC) se situaient dans les fourchettes du comptage parallèle de Yiaga Africa. L’exactitude du dépouillement et la liberté du choix sont donc deux questions distinctes.

Les recommandations avant janvier 2027

Les observateurs demandent aux forces de sécurité d’enquêter sur les infractions électorales, d’étendre leur surveillance aux points de paiement présumés et de publier l’issue des arrestations et des poursuites. Ils appellent les partis à former et encadrer leurs représentants, et l’INEC à publier les formulaires de résultats des niveaux intermédiaires. Le professeur Bolade Eyinla, ancien conseiller technique principal de l’ex-président de l’INEC Mahmood Yakubu, a présenté le rapport.

Le calendrier rend ces recommandations urgentes. Après l’entrée en vigueur de l’Electoral Act 2026, l’INEC a avancé le 26 février 2026 la présidentielle et les législatives nationales au 16 janvier 2027, au lieu du 20 février. Les élections des gouverneurs et des assemblées des États ont été fixées au 6 février 2027. La crédibilité de ces scrutins dépendra aussi de la capacité des autorités à protéger le choix de l’électeur avant de le compter.

Sources

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