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Pêche illégale au Nigeria : l’appui satellite d’Oslo en 2026

Pêcheurs artisanaux et leur pirogue chargée de filets sur la plage d'Ikuru, une côte exposée à la pêche illégale au Nigeria

Le Nigeria a promis de rejoindre le dispositif norvégien Blue Justice pour surveiller ses eaux par satellite. Le ministre de l’Économie maritime et bleue, Adegboyega Oyetola, a donné cette assurance le lundi 12 octobre 2026 à Abuja, lors d’une visite de courtoisie de l’ambassadeur de Norvège, Svein Baera, rapporte l’agence publique News Agency of Nigeria (NAN). Le programme donne accès à des données de suivi des navires pour lutter contre la pêche illégale au Nigeria et en Afrique de l’Ouest. Aucun accord signé, aucun calendrier ni aucun montant n’a été rendu public.

Ce que le Nigeria recevrait

Selon la NAN, l’ambassadeur a présenté le Blue Justice Ocean Surveillance Programme, qui fournit aux pays participants des données du système d’identification automatique (AIS) captées par satellite. L’AIS est un signal radio d’anticollision : il indique la position, le cap, la vitesse et l’identité du navire, et son emport est obligatoire pour les navires de plus de 300 tonneaux de jauge brute, selon le gouvernement norvégien.

Michelle Hovi, deuxième secrétaire à l’ambassade de Norvège, a précisé que l’initiative donne accès à des données en temps réel et à un historique des mouvements de navires pouvant remonter à trois ans. Elle a ajouté que le programme comprend un appui technique, des échanges d’informations et la formation d’officiers maritimes à l’analyse de ces données. La délégation a remis au ministre une lettre du responsable du secrétariat Blue Justice.

Toujours selon la NAN, Svein Baera a affirmé que la Norvège avait développé cinq satellites capables de surveiller les côtes nigérianes et l’Afrique de l’Ouest. Ce nombre n’a pas pu être vérifié auprès d’une source norvégienne : l’Agence spatiale norvégienne cite ses satellites AISSat et NorSat sans en donner le décompte. Le dispositif ne prévoit ni achat ni lancement de satellite par le Nigeria : il s’agit d’un accès à des données.

Un cadre déjà signé en 2022

Le Nigeria n’est pas un nouveau venu. Selon le gouvernement norvégien, il a signé le 24 août 2022, à Trondheim, la déclaration de Copenhague contre la criminalité organisée dans l’industrie mondiale de la pêche, socle politique de Blue Justice. Lancée par la Norvège en 2019, l’initiative s’appuie sur un centre international de suivi des navires ouvert à Vardø, dans le nord du pays, en 2021, et sur une plateforme numérique de coopération entre États, la Blue Justice Community, montée avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

En septembre 2023, Oslo a annoncé que les données AIS de ses satellites étaient fournies gratuitement aux pays membres de cette communauté. Les analystes du centre de Vardø, issus de l’Administration côtière et de la Direction des pêches norvégiennes, peuvent aussi apporter une assistance. Signataire de la déclaration depuis 2022, le Nigeria n’a toutefois pas encore rejoint la Blue Justice Community, qui donne accès aux données : c’est l’objet de l’invitation formulée le 12 octobre. D’après Michelle Hovi, plus de 40 pays participent déjà à l’initiative. Le gouvernement norvégien comptait de son côté une soixantaine de pays signataires de la déclaration dès 2023 : les deux sources ne précisent pas ce que recouvre leur décompte.

Pêche illégale au Nigeria : un enjeu économique

« Nous ne pouvons pas continuer à laisser des opérateurs étrangers exploiter illégalement nos ressources marines pendant que nos pêcheurs et nos entreprises locales en subissent les conséquences », a déclaré Adegboyega Oyetola, selon la NAN. Le ministre a affirmé que certains opérateurs étrangers pêchaient illégalement dans les eaux nigérianes avant de revendre le poisson au Nigeria, sous une autre marque et à prix élevé. Il a relié cette lutte à l’objectif d’augmenter la production locale, de réduire les importations de poisson et d’économiser des devises.

L’enjeu est régional. Selon un rapport de la Financial Transparency Coalition publié en octobre 2022, plus de 40 % des cas de pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) impliquant des navires industriels recensés entre 2010 et 2022 l’ont été en Afrique de l’Ouest, et la région perdrait environ 9,4 milliards de dollars par an. Ces estimations varient fortement selon les méthodes.

Restent plusieurs inconnues : la date à laquelle le Nigeria aura effectivement accès à la plateforme, l’administration qui recevra les alertes, et les moyens de contrôle en mer pour y donner suite. Une trajectoire suspecte ne constitue pas à elle seule une preuve d’infraction. La Norvège a par ailleurs proposé d’accueillir une délégation du ministère pour développer la coopération en aquaculture.

Sources

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