Le Rwanda veut faire de Kigali un lieu où les marchés carbone africains passent des promesses aux contrats. Du 13 au 15 octobre 2026, le Kigali Convention Centre accueille le Carbon Markets Africa Summit (CMAS 2026), avec des représentants de 45 pays, dont 24 africains, selon les organisateurs cités par l’Agence de presse africaine (APA). Plus de 100 intervenants, une cinquantaine d’investisseurs, d’acheteurs et de financiers, 20 gouvernements africains et plus de 40 développeurs de projets sont attendus.
Le sommet est accueilli par le ministère rwandais de l’Environnement, avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et la Banque africaine de développement (BAD) parmi les organisations hôtes. Les discussions doivent porter sur les solutions fondées sur la nature, l’agriculture, la gestion des déchets, la cuisson propre et l’élimination du carbone.
Marchés carbone : de l’intention au contrat
Un crédit carbone représente une tonne de CO2 évitée ou retirée de l’atmosphère par un projet : reboisement, énergie renouvelable, foyers de cuisson améliorés. Une entreprise ou un État peut l’acheter pour compenser une partie de ses émissions. Riche en forêts et en besoins d’investissement climatique, l’Afrique se présente comme un fournisseur naturel. Mais disposer d’un projet ne suffit pas à disposer d’un produit vendable.
Le Programme des Nations unies pour l’environnement organise ainsi, le 13 octobre, une « Nature Deal Room » où des pays africains et des apporteurs de capitaux présenteront leurs propositions. L’enjeu est de transformer un intérêt affiché en engagement signé. Il faudra alors regarder de près les clauses : qui finance les premières étapes, qui supporte un retard de certification, ce que reçoivent réellement les communautés concernées.
L’article 6 change les règles
Le cadre international se précise. L’article 6 de l’Accord de Paris permet aux pays d’échanger des réductions d’émissions pour atteindre leurs objectifs climatiques, avec des ajustements comptables destinés à éviter qu’une même tonne soit comptée deux fois. Le conseil de supervision du mécanisme de crédit de l’article 6.4 tient sa 23e réunion à Bonn juste avant l’ouverture du sommet, selon les organisateurs.
Le Rwanda s’est positionné tôt. Il a signé le 6 mai 2025 avec Singapour un accord de mise en œuvre au titre de l’article 6, qui fixe un cadre juridiquement contraignant pour produire et transférer des crédits carbone rwandais vers Singapour. « Ce rassemblement des principaux acteurs des marchés carbone africains témoigne d’une appropriation continentale de l’avenir des marchés carbone, façonné par les Africains et au bénéfice de l’Afrique », a déclaré à APA Ibrahim Shelleng, conseiller du président nigérian chargé du financement climatique.
La crédibilité, point faible du secteur
Les marchés carbone volontaires ont été ébranlés ces dernières années par des projets dont les bénéfices climatiques ont été jugés surestimés. Les États africains cherchent désormais à mieux contrôler les crédits émis sur leur territoire. Le Kenya l’a montré : faute d’avoir obtenu de Nairobi l’autorisation de vendre ses crédits à l’international, l’entreprise de cuisson à l’éthanol Koko Networks a fermé ses activités kényanes le 31 janvier 2026. Le gouvernement estimait que ses volumes risquaient d’absorber l’essentiel du quota carbone international du pays.
Le sommet de Kigali se jugera donc moins à sa fréquentation qu’à ses suites : financements réellement engagés, règles de vérification et partage des revenus avec les populations. Les annonces de participation restent, à ce stade, celles des organisateurs.
Sources
- APA, « Kigali au centre des enjeux mondiaux des marchés carbone du 13 au 15 octobre », 10 octobre 2026.
- Programme des Nations unies pour l’environnement, Nature Deal Room du Carbon Markets Africa Summit 2026.
- Ministère singapourien du Commerce et de l’Industrie, accord de mise en œuvre avec le Rwanda, 6 mai 2025.
- Agence Ecofin, février 2026 (Koko Networks) ; Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, article 6.
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