En Mauritanie, deux incendies électriques ont fini par emporter le gouvernement. Le Premier ministre Mokhtar Ould Djiay a présenté le 9 octobre 2026 la démission de son équipe au président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, au lendemain de la publication du rapport de la commission d’enquête sur les incendies qui avaient plongé Nouakchott dans le noir fin août. Le rapport, rendu public le 8 octobre par l’Agence mauritanienne d’information, est sévère.
La commission indépendante, présidée par l’ancien ministre Ousmane Mamoudou Kane, avait été créée à la demande du chef de l’État après les incendies des 21 et 22 août 2026 dans deux postes de transformation de la Société mauritanienne d’électricité (Somelec), qui avaient privé une partie de la capitale de courant pendant plusieurs jours.
Mauritanie : ce que dit le rapport Kane
Le document pointe de « graves insuffisances de prévention, de protection électrique, de contrôle des travaux et de gestion des urgences », selon les comptes rendus de Financial Afrik et d’Africa Radio. Il établit un lien direct entre les incendies et trois nouvelles liaisons de 33 kilovolts, mises sous tension le 15 août au poste est et le 20 août au poste nord : dans les deux cas, le feu est parti des cellules qu’elles alimentaient.
La commission relève des manquements à toutes les étapes du projet de nouvelles liaisons : préparation du marché, qualification de l’entreprise, choix des câbles, contrôle des travaux et mise en service. Selon le résumé publié par le site Cridem, le calendrier initial de quatre mois était irréaliste pour un chantier qui en demandait dix à douze, et un changement de fabricant de câbles n’a pas été formalisé. Le rapport évalue le coût des nouveaux câbles à plus de 9 millions de dollars et recommande de geler les paiements.
Des responsabilités à plusieurs niveaux
Selon les comptes rendus du rapport, le ministère de l’Énergie, la direction de la Somelec, l’entreprise chargée des travaux et le bureau d’études sont mis en cause à différents niveaux. La commission recommande un diagnostic complet par un expert, des mesures correctives, une réorganisation de la Somelec, le renforcement de ses capacités techniques et une meilleure coordination avec les services de secours.
Ces mises en cause sont celles de la commission. Les personnes et entreprises visées n’ont pas encore été jugées, et leurs réponses n’ont pas été rendues publiques.
Une crise d’abord vécue par les habitants
La panne d’août est venue aggraver une situation déjà tendue. En pleine canicule, avec des températures atteignant 46 degrés, les habitants de Nouakchott subissaient des délestages plusieurs fois par jour, rapportait RFI à la mi-août. Les associations de consommateurs réclamaient une solution d’urgence.
Le paradoxe est souvent relevé : la Mauritanie se présente comme un futur acteur de l’énergie, avec le gaz de Grand Tortue Ahmeyim et des projets d’hydrogène vert, mais sa capitale peine à garantir un courant stable. La démission du gouvernement ne règle rien par elle-même : ce sont la composition de la nouvelle équipe et le sort réservé aux recommandations sur la Somelec qui diront si la réforme du secteur est engagée.
Sources
- Agence mauritanienne d’information, publication du rapport de la commission d’enquête, 8 octobre 2026.
- Africa Radio et Espacemanager, 9 octobre 2026 ; Financial Afrik, 8 octobre 2026 ; Cridem, octobre 2026 ; Le Calame.
- Financial Afrik, 26 août 2026 ; RFI via AllAfrica, 16 août 2026.
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