Les capitaux étrangers reviennent au Nigeria, mais presque uniquement sous forme de placements financiers. Entre janvier et mai 2026, le pays a attiré 16,41 milliards de dollars, plus du double de la même période de 2025, selon une compilation des rapports mensuels de la Banque centrale du Nigeria (CBN) publiée par le quotidien Leadership le 6 octobre 2026. Les investissements de portefeuille en représentent 15,61 milliards, soit 95 %.
Les investissements directs étrangers, ceux qui financent des usines, des infrastructures ou des prises de participation durables, pèsent à peine 190 millions de dollars sur ces cinq mois. C’est moins qu’à la même période de 2025, où ils atteignaient 210 millions, toujours selon Leadership.
Capitaux étrangers au Nigeria : 95 % de portefeuille
Les statistiques trimestrielles disent la même chose. Selon le Bureau national des statistiques (NBS), les importations de capitaux ont atteint 10,37 milliards de dollars au premier trimestre 2026, en hausse de 83,8 % sur un an. Les placements de portefeuille, achats d’obligations, de bons du Trésor ou d’actions, en représentaient 9,86 milliards. Les investissements directs ne dépassaient pas 135 millions de dollars, soit 1,3 % du total. Le secteur bancaire a capté 73 % des flux, et le Royaume-Uni en a été la première source, avec 49 %.
Ces deux séries ne se fusionnent pas : l’une est une compilation mensuelle de la banque centrale, l’autre une publication trimestrielle du bureau statistique, avec leurs périmètres propres. Mais elles convergent sur l’essentiel, la composition des entrées.
De l’argent qui peut repartir vite
Ces capitaux sont attirés par des rendements élevés et par la stabilisation du naira depuis les réformes de 2023. Ils soutiennent les réserves de change et la monnaie. Mais un placement de portefeuille se revend en quelques jours : il peut repartir aussi vite qu’il est arrivé si les taux baissent ou si le change se dégrade.
La Banque mondiale le dit sans détour dans sa présentation du Nigeria. Elle constate une amélioration macroéconomique liée aux réformes engagées depuis 2023, mais juge que la dépendance aux flux de portefeuille de courte durée reste une vulnérabilité, et que la croissance demeure insuffisante pour créer assez d’emplois productifs.
Un chiffre d’entrées brutes ne mesure pas non plus tout. Il ne dit rien des sorties sur la même période, ni du montant des devises réellement accumulées par les autorités. Le record de 16,41 milliards reste un indicateur d’attractivité financière, pas un bilan.
Le test : des projets qui restent
La Banque mondiale relève aussi les lacunes de l’électricité, des transports et de la logistique, qui expliquent pourquoi l’amélioration financière ne se traduit pas en investissements d’entreprises. Un fonds qui achète des bons du Trésor ne construit pas de centrale. Transformer la stabilisation en emplois suppose davantage d’investissement privé et de productivité.
La distinction vaut aussi pour la diaspora. Acheter un titre, financer une entreprise familiale ou envoyer de l’argent pour les dépenses d’un ménage sont trois gestes distincts, que ce total ne permet pas de mesurer. Le vrai test du retour des capitaux sera moins un nouveau record d’entrées que la part qui se fixera dans des projets durables.
Sources
- Banque centrale du Nigeria, rapports économiques mensuels, compilés par Leadership, 6 octobre 2026.
- Bureau national des statistiques du Nigeria, importations de capitaux au premier trimestre 2026, via Nairametrics, TheCable et Leadership, juin 2026.
- Banque mondiale, présentation du Nigeria, consultée le 7 octobre 2026 ; APA News, 7 octobre 2026.
À lire aussi sur NotreAfrik : IDE en Afrique : ce que cachent réellement les 70 milliards de dollars · Swap Nigeria : 5 milliards d’Abou Dhabi, coût non publié · Transferts diaspora : 104,6 milliards en 2024, selon la BAD








