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Huile de palme : l’Indonésie vise 60 000 ha au Sénégal

Cueillette d'un régime de palme en Côte d'Ivoire, filière de l'huile de palme que l'Indonésie veut développer en Afrique

Premier producteur mondial d’huile de palme, l’Indonésie multiplie les partenariats sur le continent qui a vu naître le palmier à huile. En Guinée, le groupe Bakrie discute avec les autorités d’une coopération intégrée ; au Sénégal, une relance de la filière pouvant couvrir 60 000 hectares est à l’étude ; au Nigeria, un protocole lie depuis 2024 les producteurs locaux à l’association indonésienne de l’huile de palme. Selon l’Agence Ecofin, des discussions concernent aussi la Tanzanie et le Kenya, à des stades différents. Jakarta y voit un marché et un terrain d’expansion ; les pays africains, un partenaire capable d’apporter semences, technologies et savoir-faire.

Guinée : des audiences, pas encore un investissement

La séquence la plus récente est guinéenne. Le 5 octobre 2026, le ministre du Plan et de la Coopération internationale, Ismaël Nabé, a reçu l’ambassadeur d’Indonésie Ardian Wicaksono, un consul honoraire et des représentants du groupe Bakrie. Deux jours plus tôt, une délégation de Bakrie avait déjà échangé avec les autorités sur l’huile de palme. Le schéma évoqué dépasse la mise en culture : recherche sur de nouvelles variétés, création ou réhabilitation de plantations, appui aux producteurs, formation, transformation des régimes et valorisation des sous-produits. Le pays dispose déjà d’une expérience dans la filière, autour de la SOGUIPAH, mais une coopération de cette ampleur demanderait de préciser les sites, les opérateurs et les capacités de transformation.

Sénégal : 60 000 hectares à l’étude

Au Sénégal, le ministère de l’Agriculture et l’ambassade d’Indonésie ont évoqué en septembre 2026 une relance de la filière qui pourrait porter sur 60 000 hectares, avec un groupe de travail chargé des aspects techniques. L’objectif affiché est de réduire la dépendance du pays aux importations d’huile végétale. La superficie reste un objectif à étudier : rien ne permet encore de la présenter comme un programme financé ou engagé sur le terrain.

Nigeria : un marché qui importe un cinquième de sa consommation

Le rapprochement est plus ancien au Nigeria. En août 2024, l’Association nationale des producteurs de palmier du Nigeria (NPPAN) et l’Association indonésienne de l’huile de palme (GAPKI) ont signé à Abuja un protocole d’accord pour moderniser la production et donner aux petits planteurs accès aux technologies indonésiennes. Le président de la GAPKI, Eddy Martono, a expliqué que l’Indonésie cherchait à étendre ses débouchés vers des marchés non traditionnels. Le Nigeria, premier marché africain d’huile de palme, devait importer environ 22 % de sa consommation, estimée à plus de 1,9 million de tonnes en 2024-2025.

Huile de palme : l’Indonésie domine, l’Afrique importe

Le palmier à huile est originaire d’Afrique de l’Ouest et du Centre, mais l’Indonésie et la Malaisie dominent aujourd’hui la production mondiale, et le continent importe une partie de l’huile qu’il consomme. Selon le directeur général du Conseil ivoirien Hévéa-Palmier à huile, l’écart de production entre la Côte d’Ivoire et l’Indonésie reste considérable. Plusieurs pays veulent rattraper ce retard : le 31 juillet 2026, la Côte d’Ivoire a annoncé une nouvelle stratégie de développement de sa filière, estimée à 1 077 milliards de francs CFA, pour l’accès aux engrais, les plants certifiés, les pistes rurales, le crédit et la modernisation industrielle. La filière contribue à environ 4 % du PIB ivoirien et fait vivre plus de deux millions de personnes. En mai 2024, une délégation indonésienne s’était rendue à Abidjan en préparation du deuxième Forum Indonésie-Afrique de Bali.

Ce que les accords devront préciser

Les importations d’huiles alimentaires pèsent sur les comptes extérieurs et exposent les marchés aux prix internationaux. Une production locale mieux intégrée pourrait soutenir les revenus ruraux, l’emploi industriel et l’approvisionnement des entreprises agroalimentaires. Mais les résultats dépendront des rendements, du foncier, des plants adaptés, de l’eau, des routes, de l’énergie et de la capacité des huileries à acheter régulièrement la production. Pour que l’expertise étrangère renforce les filières nationales, les accords devront préciser le transfert de compétences, les achats auprès des producteurs locaux, les investissements dans les unités de transformation et les débouchés des produits dérivés.

Le modèle indonésien a aussi un coût environnemental, lié à la déforestation, que les pays africains devront éviter de reproduire, d’autant que le règlement européen contre la déforestation impose une traçabilité stricte aux exportations vers l’Union européenne, comme le montre le bras de fer autour du cacao. Les huiles végétales entrent par ailleurs dans l’équation des biocarburants à l’horizon 2030. La prochaine étape sera la publication d’études de faisabilité et de calendriers vérifiables : hectares retenus, financement mobilisé, contrats signés, garanties environnementales et consultations des communautés concernées.

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