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Philippe Aghion : 3 leviers pour innover en Afrique

Philippe Aghion, prix Nobel d'économie 2025, dont les trois leviers d'innovation s'adressent à l'Afrique

Invité vedette du Casablanca Business Forum le 2 octobre 2026, Philippe Aghion a livré à l’Afrique une doctrine en trois leviers : la concurrence, l’éducation et l’accompagnement des travailleurs que le changement déplace. Prix Nobel d’économie 2025, théoricien de la « destruction créatrice », l’économiste français estime que l’intelligence artificielle, le numérique et la modernisation agricole peuvent faire gagner au continent de la productivité, à une condition : que l’innovation ne se résume pas à l’achat de technologies.

Ce que Philippe Aghion a dit à l’Afrique, depuis Casablanca

Organisé par Casablanca Finance City sur le thème « Africa’s Next Economic Chapter », le forum voulait identifier les leviers qui permettraient à l’Afrique de passer du statut de destination d’investissement à celui d’acteur des nouvelles dynamiques économiques. Selon le compte rendu de l’Agence Ecofin, Philippe Aghion y a relié les perspectives de croissance du continent à sa capacité à diffuser de nouvelles technologies et à renouveler ses activités. Il a cité le mobile money comme exemple de destruction créatrice née en Afrique : les paiements par téléphone ont donné accès à des services financiers sans passer par le réseau d’agences bancaires, en créant de nouveaux usages et en remplaçant certaines pratiques.

Philippe Aghion a reçu le prix Nobel en 2025 avec Peter Howitt et Joel Mokyr, pour leurs travaux sur la manière dont l’innovation alimente une croissance durable. Avec Peter Howitt, il a construit un modèle inspiré de Joseph Schumpeter : la croissance de long terme vient d’entrepreneurs qui investissent dans l’espoir d’en tirer des rendements, et chaque innovation remplace les technologies et les entreprises précédentes.

Premier levier : la concurrence

À HEC Paris, le 14 septembre 2026, il expliquait qu’il faut des rentes d’innovation pour récompenser les innovateurs, mais qu’il faut s’assurer que les innovateurs d’hier n’utilisent pas ces rentes pour empêcher les innovations suivantes. Une politique de la concurrence active est, pour lui, indispensable pour que les acteurs dominants ne bloquent pas les nouveaux entrants. Appliqué aux économies africaines, ce principe vise les marchés dominés par quelques grands groupes, souvent liés au pouvoir, et les rentes minières ou pétrolières qui découragent l’innovation. L’adoption de l’intelligence artificielle, par exemple, ne produira pas les mêmes effets si elle reste concentrée entre quelques grands opérateurs ou si des entreprises locales peuvent créer des outils adaptés aux réalités du continent.

Deuxième levier : l’éducation et les institutions

L’éducation, lorsqu’elle forme mal, est l’un des principaux freins à l’innovation, selon lui. Les institutions ensuite : la capacité d’une société à tirer parti de l’innovation dépend de l’école, de la politique de concurrence et du rôle de l’État. Pour l’Afrique, la question porte aussi sur l’accès à l’électricité, aux données, aux infrastructures et aux compétences. Sans ces bases, une technologie importée reste un outil marginal plutôt qu’un moteur de productivité. Le Global Innovation Index 2026 mesure précisément ces écarts entre pays africains.

Troisième levier : protéger les travailleurs, pas les emplois

La seconde partie du message concerne ceux que le changement déplace. Philippe Aghion plaide pour une « flexisécurité » qui protège les travailleurs plutôt que les emplois, afin d’accompagner la destruction créatrice : formation, accès à de nouvelles compétences, protection sociale, sans figer des activités devenues moins productives. La distinction pèse lourd dans des pays où l’emploi informel domine et où la protection sociale ne couvre pas uniformément les travailleurs. Sans accompagnement, les gains de productivité peuvent coexister avec une hausse de la précarité et une opposition accrue aux réformes.

Une tribune choisie

Casablanca Finance City, qui accueillait le forum, figure dans le classement 2026 des centres financiers africains. La place marocaine se veut un point d’entrée pour les capitaux vers le continent. Le cadre théorique de Philippe Aghion ne fournit pas de recette unique : il invite à regarder les institutions qui permettent aux idées de devenir des entreprises et aux innovations de se diffuser. L’enjeu, pour les gouvernements africains, n’est pas seulement d’adopter l’intelligence artificielle, dont notre dossier sur l’IA africaine sous contrainte mesure les conditions réelles, ou de numériser les processus, mais de déterminer qui peut concevoir, financer et contrôler les outils, et comment la valeur créée se répartit.

Les recommandations rapportées ici le sont d’après le compte rendu de l’Agence Ecofin et les interventions publiques antérieures de l’économiste ; la lecture africaine des trois leviers est une mise en perspective de la rédaction, pas une citation.

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