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Inondations au Sénégal : 921 milliards FCFA, 2 morts à Dakar

Rue inondée à Hann Maristes, Dakar, pendant l'hivernage : les inondations au Sénégal visées par le programme de 921 milliards FCFA

Les inondations au Sénégal ont de nouveau tué le 5 octobre 2026 : une femme et son enfant sont morts aux Parcelles assainies, dans la banlieue de Dakar, selon la Primature. Le même jour, après une réunion d’urgence, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo a annoncé un programme national de lutte contre les inondations doté de 921 milliards de francs CFA, soit environ 1,4 milliard de dollars, rapporte l’Agence de presse sénégalaise (APS). Le gouvernement n’a pas encore détaillé la durée du programme, les projets concernés, leur calendrier ni la part de crédits déjà disponible.

Une annonce en pleine gestion d’urgence

De fortes pluies perturbaient Dakar et plusieurs localités. Dans l’après-midi, le chef du gouvernement s’est rendu aux Parcelles assainies, à Jaaxay et à Camille Basse, dans la commune de Keur Massar. À l’Unité 7 des Parcelles assainies, il a présenté les condoléances de l’État à la famille des deux victimes, indique le communiqué officiel. Au-delà des pompes et des secours déployés pour les quartiers les plus touchés, la Primature annonce une « réponse structurelle » à l’échelle nationale. L’APS a également rapporté l’annonce d’une nouvelle stratégie nationale de gestion intégrée du risque d’inondation. Ni le communiqué ni la dépêche ne précisent si les 921 milliards correspondent à de nouveaux crédits, au coût total d’un portefeuille de projets ou à un programme pluriannuel déjà en préparation.

Le précédent du programme décennal de 2012

Le Sénégal n’en est pas à son premier plan. En septembre 2012, le président Macky Sall avait lancé un Programme décennal de lutte contre les inondations (PDLI), estimé à 767 milliards de francs CFA en trois phases : une phase d’urgence de 66 milliards, une phase à court terme de 250 milliards et une phase à moyen et long termes de 450 milliards. Son bilan fait débat. Selon le magazine de l’Office national de l’assainissement du Sénégal (ONAS), plus de 511 milliards sur les 706,9 milliards prévus ont été investis, un montant total qui diffère de celui annoncé au lancement. En 2020, de nouvelles inondations avaient provoqué des demandes d’enquête parlementaire ; le coordonnateur du Forum civil, Birahim Seck, dénonçait alors une faillite de la politique d’infrastructures de prévention, au regard des sommes engagées.

Inondations au Sénégal : un chantier déjà engagé

La question de l’articulation avec les plans existants se pose. En septembre 2025, le président Bassirou Diomaye Faye avait demandé la finalisation d’un Programme national de prévention et de gestion des inondations à l’horizon 2035, avec des volets renforcés sur l’assainissement, les eaux pluviales, l’aménagement et l’urbanisme. Le 3 juillet 2026, le Premier ministre a arrêté des mesures pour l’hivernage : accélérer les travaux d’assainissement et le curage, maintenir l’alimentation électrique des stations de pompage, étendre les plans de prévention et renforcer la surveillance météorologique. À Touba, en prélude au Grand Magal 2026, le chef de l’État a annoncé un programme de 60 milliards de francs CFA sur quatre ans pour la ville sainte, après un premier programme de 15 milliards. Une étude de la direction de la Prévention et de la Gestion des inondations évaluait par ailleurs à 187 milliards de francs CFA les travaux nécessaires dans sept villes, dont 93 milliards pour Touba.

Les documents publics ne permettent pas encore de déterminer si les 921 milliards financent le programme à l’horizon 2035, regroupent plusieurs projets ou constituent une enveloppe nouvelle. La distinction est essentielle pour apprécier l’effort budgétaire réel et suivre son exécution.

Des ouvrages, mais aussi des choix d’urbanisme

Les experts pointent une cause récurrente : l’urbanisation rapide et anarchique, qui occupe les zones basses et les voies d’écoulement naturelles des eaux. Ouvrages de drainage et bassins de rétention ne suffisent pas si les constructions continuent dans les zones inondables. Les décisions de juillet prévoient de contrôler l’occupation des zones exposées, de tenir compte des cartes de risque lors des lotissements, de protéger les voies d’eau naturelles et d’organiser l’exploitation des ouvrages entre plusieurs agences publiques. Le phénomène n’est pas propre au Sénégal : Agadez, au Niger, a connu des crues destructrices en 2024, et le PAM alerte sur les effets d’El Niño dans la région des Grands Lacs.

Pour les habitants des quartiers inondés, le chiffre ne vaut que par ce qu’il permet d’achever : drainage fonctionnel, bassins entretenus, alertes rapides et solutions pour les logements situés en zones dangereuses. Les prochaines informations attendues sont la durée du programme, son portefeuille de projets, les sources de financement, les montants inscrits dans les budgets annuels et les mécanismes de suivi, que la société civile réclame depuis le précédent de 2012. La crédibilité des 921 milliards se mesurera dans le temps : aux crédits effectivement mobilisés, au rythme des travaux et à la baisse des pertes humaines lors des prochains hivernages.

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