En Mauritanie, les réseaux sociaux pourraient bientôt être fermés aux moins de 16 ans sans autorisation parentale. Le Conseil des ministres a approuvé, le 16 septembre 2026, une communication conjointe des départements chargés de la jeunesse, du numérique et de l’action sociale, qui pose les bases d’un cadre national de protection des mineurs en ligne. Mais contrairement à ce que laisse croire l’expression « vers une loi », aucune interdiction n’est en vigueur : le gouvernement travaille encore aux mécanismes juridiques et techniques qui traduiront cette orientation.
Un seuil de 16 ans, et des obligations pour les plateformes
Le seuil de 16 ans est l’élément central du dispositif envisagé, mais celui-ci va plus loin qu’un contrôle de l’âge. Les propositions évoquées comprennent une classification des plateformes selon leur niveau de risque et une adaptation de l’accès selon les tranches d’âge. Le gouvernement veut aussi agir sur la conception même des services utilisés par les mineurs : limitation des algorithmes de recommandation, désactivation par défaut du défilement infini et de la lecture automatique, interdiction de la publicité ciblée, restriction des messages provenant d’inconnus, encadrement des diffusions en direct et périodes de calme nocturne.
C’est un changement de logique. La responsabilité ne reposerait plus seulement sur les parents : les plateformes elles-mêmes seraient appelées à modifier certaines fonctionnalités lorsqu’un utilisateur est mineur. Le gouvernement justifie son initiative par le cyberharcèlement, le chantage numérique, les sollicitations malveillantes, les contenus préjudiciables, l’exploitation commerciale des données personnelles et les mécanismes de conception qui favorisent une utilisation excessive. La démographie donne au sujet une dimension particulière : près de la moitié de la population mauritanienne a moins de 18 ans, selon les données rappelées par les autorités.
Mauritanie, réseaux sociaux : un débat dans un pays très connecté
Selon RFI, qui a relayé le projet le 21 septembre 2026, les réseaux sociaux sont devenus en Mauritanie de véritables canaux de communication, et les réactions sont partagées. Une partie des personnes interrogées y voit une bonne chose pour encadrer l’usage par les mineurs ; d’autres s’interrogent sur la faisabilité d’un contrôle dans un pays où les comptes sont souvent partagés et l’identification en ligne peu développée. Des acteurs favorables à une meilleure protection des enfants demandent déjà que le futur dispositif ne devienne pas un instrument général de contrôle des réseaux sociaux. Une réglementation destinée aux mineurs doit rester précisément définie, proportionnée et contrôlable.
Le précédent gabonais
La Mauritanie n’est pas pionnière sur le continent. Au Gabon, une ordonnance adoptée en février 2026 a fixé la majorité numérique à 16 ans et interdit la création de comptes sur les réseaux sociaux et autres plateformes aux moins de 16 ans, avec des exceptions pour les services éducatifs, culturels ou scientifiques. Une commission réunissant plusieurs ministères, l’état civil et l’autorité de protection des données y prépare les modalités de contrôle de l’âge ; NotreAfrik avait détaillé ce nouveau cadre juridique gabonais. Au Maroc, un groupe parlementaire a déposé dès 2024 une proposition de loi fixant à 16 ans l’âge minimal sans consentement parental.
Vérifier l’âge sans ficher tout le monde
La difficulté principale sera technique. Comment vérifier qu’un utilisateur a réellement 15 ou 17 ans ? Une déclaration volontaire de date de naissance se contourne facilement, par exemple avec le compte d’un adulte. Une vérification plus forte suppose un document d’identité, une identité numérique ou un tiers de confiance. La protection des mineurs rencontre alors un autre droit, la protection des données personnelles : un système conçu pour empêcher un enfant d’accéder à certaines fonctions ne devrait pas conduire à collecter les documents d’identité ou les données biométriques de toute la population. En Europe, plusieurs autorités de protection des données ont mis en garde contre les interdictions générales, susceptibles de déplacer les usages vers des espaces moins régulés. Sur le continent, le socle commun reste la Convention de Malabo sur la cybersécurité et les données personnelles, ratifiée par 16 États seulement.
Deuxième difficulté : les plateformes concernées sont internationales. La Mauritanie devra préciser comment elle entend imposer ses règles à des entreprises dont les infrastructures et les sièges se trouvent à l’étranger.
L’éducation numérique, le volet le plus durable
Le gouvernement prévoit aussi un programme national d’éducation à l’usage sûr et responsable du numérique, destiné aux enfants, aux adolescents, aux parents et aux éducateurs, ainsi que des mécanismes de signalement et d’accompagnement. Une barrière d’âge peut être contournée ; l’éducation numérique accompagne l’enfant lorsqu’il change de plateforme ou d’appareil.
La Mauritanie rejoint ainsi un débat devenu mondial : faut-il continuer à traiter les plateformes comme de simples outils neutres, ou leur imposer des obligations spécifiques lorsqu’elles conçoivent des services pour des mineurs ? Nouakchott semble avoir choisi la seconde voie. Reste à transformer une communication gouvernementale en texte juridique assez précis pour protéger les enfants sans installer un mécanisme disproportionné de surveillance numérique. Au 6 octobre 2026, le stade législatif du projet et l’institution qui le portera n’ont pas été précisés.








