Le Maroc entre dans la chaîne de batteries de Volkswagen à Kénitra, mais par l’amont. Le constructeur allemand, sa filiale batteries PowerCo et le chinois Gotion High-Tech ont annoncé le 28 septembre 2026 la création de trois coentreprises : à Valence en Espagne, à Šurany en Slovaquie et à Kénitra au Maroc. Les deux sites européens fabriqueront des cellules de batteries lithium-fer-phosphate (LFP). Le site marocain, lui, produira le matériau actif de cathode qui les alimente, avec une capacité prévue de 100 000 tonnes par an. Le royaume ne fabriquera donc ni cellules ni batteries finies pour Volkswagen.
Ce que Kénitra produira, et ce qu’elle ne produira pas
La nuance compte. Dans une batterie lithium-ion, le matériau de cathode pèse sur le coût, les performances, la durée de vie et la sécurité ; Volkswagen a déjà indiqué qu’il constitue l’un des principaux postes de valeur d’une cellule. Les 100 000 tonnes annuelles de Kénitra alimenteront en priorité les usines de Valence et de Šurany, dont la production servira d’abord la demande européenne du groupe. Le communiqué officiel parle d’une « chaîne régionale d’approvisionnement en batteries pour l’Europe », et cette chaîne inclut le Maroc, qui n’est pas membre de l’Union européenne.
Dans la coentreprise marocaine, Gotion détiendra 51 % et PowerCo 49 %. Les chiffres financiers demandent de la prudence. Volkswagen prévoit de mobiliser environ 470 millions d’euros pour ses participations de 49 % dans les projets de Šurany et de Kénitra d’ici 2030, deux sites réunis. Le dépôt financier de Gotion situe le seul projet marocain autour de 480 millions d’euros, un montant que seule la presse marocaine, par Morocco World News, a repris ; Bladi précise que Volkswagen ne détaille pas la part marocaine. Selon Morocco World News, le partenariat global représente environ 3,22 milliards d’euros. Les opérations restent soumises aux autorisations réglementaires.
Cette unité ne doit pas être confondue avec la gigafactory que Gotion développe déjà à Kénitra par sa filiale Gotion Power Morocco, qui couvre matériaux de cathode, cellules et packs, et pour laquelle la Banque africaine de développement (BAD) a approuvé en juillet 2026 un prêt de 100 millions d’euros.
Pourquoi le LFP, pourquoi le Maroc
La chimie lithium-fer-phosphate se passe de nickel et de cobalt. Moins chère, plus robuste et plus durable, elle a longtemps souffert d’une densité énergétique inférieure, mais elle s’impose dans les véhicules électriques de grande diffusion et le stockage d’énergie. Volkswagen estime que sa part du marché européen pourrait passer d’environ 10 % aujourd’hui à 40 à 60 % en 2030. Or l’Europe ne dispose d’aucune capacité significative de production LFP, un segment dominé par les fabricants chinois.
Le Maroc apporte ses phosphates, l’une des matières premières des cathodes LFP, par l’Office chérifien des phosphates. Il apporte surtout un écosystème : les usines de Renault et de Stellantis, un tissu d’équipementiers, des ports, des zones industrielles et une électricité de plus en plus solaire et éolienne, argument de poids pour une chaîne européenne soumise à des exigences d’empreinte carbone. L’automobile est devenue l’un des premiers secteurs exportateurs du royaume et son premier employeur industriel.
Volkswagen Kénitra : la valeur est dans la chimie, pas dans la mine
C’est ce qui rend le cas marocain intéressant pour le reste du continent. La chaîne des batteries est souvent racontée à partir des minerais, lithium, cobalt, manganèse, graphite, dont plusieurs pays africains disposent en abondance. Posséder le minerai ne garantit pas la transformation. Le Maroc, qui n’a ni lithium ni cobalt, montre l’autre logique : construire d’abord l’industrie, la logistique et les accords commerciaux, puis attirer les étapes à plus forte valeur.
Trois questions restent ouvertes. Les intrants, lithium en tête, seront-ils sourcés sur le continent ou importés d’Asie ? Combien de technologie restera localement, alors que Gotion est majoritaire et apporte les procédés ? Et le Maroc passera-t-il un jour de la cathode à la cellule pour un constructeur européen ? Produire des matériaux de cathode plutôt que d’exporter du phosphate brut est déjà une étape de transformation ; la gigafactory de Gotion ouvre la perspective d’une filière plus complète.
Sources
- Volkswagen Group et PowerCo, communiqué du 28 septembre 2026 ; Volkswagen France, 28 septembre 2026.
- Gotion High-Tech, informations financières sur les trois coentreprises.
- Agence Ecofin, 1er octobre 2026 ; Morocco World News, 28 septembre 2026 ; TelQuel, 29 septembre 2026.
- LesEco.ma, Bladi, Aujourd’hui le Maroc, H24info, 28 au 30 septembre 2026.
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