Le Burundi a accepté d’accueillir des personnes expulsées des États-Unis qui n’ont aucun lien préalable avec le pays, a annoncé le 29 septembre 2026 Nancy Ninette Mutoni, porte-parole du président Évariste Ndayishimiye. Bujumbura pose deux conditions : ne recevoir ni personnes poursuivies par la justice, ni personnes liées au terrorisme. Pour le reste, ce dossier des expulsés au Burundi tient en trois inconnues : combien, quand, et à quel prix. Aucune n’a reçu de réponse publique.
Ce que la présidence a dit
La porte-parole s’exprimait lors d’une cérémonie officielle à Ngozi, dans le nord du pays, selon l’agence Associated Press (AP). Elle a indiqué que les autorités préparaient l’hébergement des personnes attendues et leur intégration dans les communautés locales. « Les accueillir exige une planification sérieuse : où elles vivront, ce qu’elles mangeront et comment elles vivront aux côtés de la population locale », a déclaré Nancy Ninette Mutoni, citée par AP.
Deux justifications ont été avancées, selon Africanews. La première est l’hospitalité : le Burundi a « longtemps accueilli des personnes en difficulté ». La seconde est diplomatique : l’accord « renforcera aussi la coopération avec d’autres pays », a ajouté la porte-parole, pour qui « les peuples ont besoin les uns des autres » et le Burundi « attache une grande importance à la paix et aux bonnes relations ».
Ni chiffre, ni date, ni contrepartie connue
La présidence n’a précisé ni le nombre de personnes que le Burundi s’est engagé à recevoir, ni la date des premières arrivées, ni d’éventuelles conditions financières. Le texte de l’accord n’a pas été rendu public. Il est donc impossible, à ce stade, de dire si Bujumbura recevra une aide de Washington, et laquelle.
La question n’est pas théorique. Selon un accord consulté par l’Agence France-Presse (AFP), l’Eswatini aurait accepté de recevoir jusqu’à 160 personnes en échange de 5,1 millions de dollars destinés à renforcer sa gestion des frontières. Aucun montant de cet ordre n’a été évoqué pour le Burundi.
Le statut des personnes accueillies reste lui aussi à définir : titre de séjour, droit au travail, accès aux soins, possibilité de demander l’asile. Aucun de ces points n’a été détaillé.
Un vol déjà annulé
Le dispositif avait commencé à se mettre en place avant l’annonce. Selon AP, un vol transportant environ 70 personnes devait partir de Louisiane vers le Burundi, le Rwanda et la République centrafricaine. Il a été annulé après une décision d’une cour d’appel américaine rendue la semaine précédente.
Cette décision impose que les personnes menacées d’expulsion puissent faire valoir un risque de persécution ou de torture dans le pays de destination. Elle n’interdit pas pour autant les expulsions vers des pays tiers. Pour Bujumbura, un accord signé avec Washington ne garantit donc pas un calendrier : il dépend aussi de la justice américaine.
Les expulsés au Burundi, dans une politique américaine plus large
L’administration du président Donald Trump a fait de ces expulsions vers des pays tiers un pilier de sa politique migratoire : elles permettent d’éloigner une personne même quand son pays d’origine refuse de la reprendre. Washington a déjà envoyé des expulsés en Eswatini et au Soudan du Sud, selon AP. En avril 2026, la République démocratique du Congo (RDC), voisine du Burundi, a officialisé un accord d’accueil temporaire de ressortissants de pays tiers.
Tous les pays sollicités n’ont pas accepté. En octobre 2025, le Burkina Faso a affirmé avoir décliné une demande américaine d’accueillir des expulsés autres que ses propres ressortissants, selon l’AFP. Les organisations de défense des droits humains critiquent ces transferts, qui risquent selon elles de contourner le principe de non-refoulement inscrit dans le droit international.
Le Burundi s’engage sur ce terrain alors qu’il gère déjà ses propres flux. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a signalé le 29 septembre 2026 que le manque de moyens y menaçait l’enregistrement de 160 000 réfugiés, face à un afflux massif de personnes venues de RDC. Le premier vol dira l’essentiel : combien de personnes, de quelles nationalités, avec quel statut, et qui paiera leur installation.
Sources
- Associated Press, « Burundi says it will accept migrant deportees from the United States but details are vague », 29 septembre 2026 : abcnews.com.
- Africanews, « Burundi agrees to accept third-country US deportees », 30 septembre 2026 : africanews.com.
- Anadolu Agency, septembre 2026.
- AFP, sur l’accord avec l’Eswatini et sur le refus du Burkina Faso (octobre 2025).
- HCR, rapport « Protection Eroded: The Human Cost of Underfunding », 29 septembre 2026.
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