« Le Burundi aborde une période critique, d’octobre à janvier, alors que l’un des épisodes El Niño les plus intenses de ces dernières décennies menace plus d’un million de personnes », écrit le Programme alimentaire mondial (PAM) dans un rapport publié le vendredi 25 septembre 2026. L’agence des Nations unies demande 26 millions de dollars sur neuf mois, dont 6,3 millions pour agir avant les pluies.
El Niño au Burundi : les risques identifiés par le PAM
Le rapport, relayé par l’agence Anadolu le 26 septembre 2026, porte sur la période d’octobre 2026 à janvier 2027. Il énumère les risques : inondations, glissements de terrain, pertes de récoltes, épidémies et ruptures des chaînes d’approvisionnement. Il s’agit d’une prévision, pas d’un bilan : l’alerte vise à préparer le pays avant la saison des pluies.
Au Burundi, le danger vient surtout de l’excès d’eau. Dans un pays montagneux, densément peuplé et très dépendant de l’agriculture pluviale, des pluies trop fortes peuvent faire glisser les versants, détruire des cultures, couper des routes et contaminer l’eau potable. Une catastrophe climatique devient alors, en même temps, une crise agricole, sanitaire et logistique.
Selon le média burundais Jimbere, l’Institut géographique du Burundi (IGEBU) prévoit des cumuls de pluie « jusqu’à 500 mm au-dessus de la normale » sur octobre-décembre. L’alerte burundaise s’inscrit dans l’analyse mondiale publiée par le PAM le 5 août 2026 : le pic d’El Niño est attendu entre septembre et décembre 2026, et le phénomène pourrait faire basculer 49 millions de personnes supplémentaires dans la faim aiguë d’ici fin 2027, dans 45 pays.
Un pays déjà en crise alimentaire avant le choc
Deux chiffres ne doivent pas être confondus. Le « plus d’un million » désigne les personnes exposées aux effets d’El Niño dans les prochains mois. L’autre chiffre décrit la situation actuelle : l’analyse du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) comptait environ 1,77 million de Burundais en phase 3 « crise » ou au-delà en avril-mai 2026. Dans sa note pays de septembre 2026, le PAM évoque plus de 1,9 million de personnes à des niveaux de crise.
Toujours selon le PAM, plus de la moitié des enfants burundais de moins de cinq ans souffrent d’un retard de croissance. La hausse des prix, les coûts de transport et l’accès limité aux intrants agricoles pèsent sur les ménages. S’y ajoutent l’arrivée de réfugiés venus de l’est de la République démocratique du Congo (RDC) et le retour de Burundais depuis la Tanzanie.
6,3 millions de dollars pour agir avant les pluies
La demande de 26 millions de dollars se décompose en deux volets. Les 6,3 millions d’« actions anticipatoires » doivent financer, avant le choc, des systèmes d’alerte communautaire et des transferts monétaires aux ménages les plus exposés. Les 19,7 millions restants couvriront la réponse, pendant ou après la crise : aide alimentaire, transferts monétaires et repas scolaires.
Le principe est simple. Une famille aidée avant une inondation peut acheter de la nourriture, protéger ses biens, déplacer son bétail ou renforcer son logement. Si l’aide arrive après, une partie de ce que possède le ménage est déjà perdue. La répartition montre toutefois où va encore l’essentiel de l’argent : moins d’un quart de l’enveloppe est consacré à l’anticipation.
Le précédent de 2023-2024
Le Burundi a déjà traversé un épisode El Niño récent. Entre fin 2023 et avril 2024, plus de 200 000 personnes y ont été touchées par les inondations, les glissements de terrain et les vents, selon l’International Rescue Committee (IRC), et le nombre de déplacés internes a atteint 96 000, en hausse de 25 %.
Le PAM avait alors testé l’approche anticipatoire : à Cibitoke, des ménages ont reçu des transferts de 230 000 francs burundais (environ 77 dollars) avant les inondations, et des alertes ont été diffusées à la radio. La même logique s’applique cette fois, à plus grande échelle. La situation reste régionale : au Soudan du Sud, le PAM a également alerté sur 7,8 millions de personnes menacées par El Niño.
Ce qui dira si l’alerte a servi
Les indicateurs décisifs des prochains mois ne seront pas seulement les hauteurs de pluie. Il faudra savoir combien de ménages auront reçu de l’aide avant de perdre leurs récoltes, combien de communes auront déclenché leurs mécanismes d’alerte et combien de stocks auront été prépositionnés.
Et surtout, quelle part des 26 millions de dollars demandés aura réellement été mobilisée avant le pic de l’épisode. Le calendrier est connu et les zones à risque sont identifiées : l’efficacité de l’action anticipatoire dépend désormais de la date à laquelle les fonds arriveront.
Sources
- Anadolu Agency, « Burundi : le PAM lance une alerte pour plus d’un million de personnes menacées par l’épisode El Niño », 26 septembre 2026 (rapport du PAM du 25 septembre 2026).
- Programme alimentaire mondial, note pays Burundi, septembre 2026 ; communiqué mondial sur El Niño, 5 août 2026.
- IPC, analyse de l’insécurité alimentaire aiguë au Burundi, avril-septembre 2026.
- Jimbere, « Burundi : les dommages climatiques annoncés sont-ils (in)évitables ? », septembre 2026.
- International Rescue Committee, « 200 000 personnes touchées par les inondations d’El Niño au Burundi », 5 juin 2024.








