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BTP ivoirien : 18 entreprises au SIA 2026, 0 chiffre publié

Immeubles du boulevard Latrille à Angré, Abidjan, parc bâti du BTP ivoirien

La cinquième édition du Salon des infrastructures d’Abidjan s’est tenue du 17 au 19 septembre 2026 au Parc des expositions de Port-Bouët, sur le thème « Digitalisation, économie circulaire et gestion durable des ressources dans le BTP ». Le BTP ivoirien y a fait du numérique sa priorité affichée, et 18 entreprises publiques et privées y ont tenu un premier salon de recrutement. Mais sur le taux d’équipement numérique des entreprises du secteur, le nombre de projets conçus en maquette numérique ou les budgets de formation, aucun chiffre n’a été publié.

Ce qui a été dit au Salon des infrastructures d’Abidjan

Le salon, créé en 2014 par le Groupement ivoirien du bâtiment et des travaux publics (GIBTP), réunit tous les deux ans donneurs d’ordre publics, entreprises, bureaux d’études et fournisseurs. L’édition 2026, annoncée en février par le président du GIBTP Lamine Koné, attendait une centaine d’exposants et plusieurs milliers de visiteurs ; le bilan de fréquentation n’a pas été publié.

Dans le panel d’ouverture consacré à la transformation numérique du secteur, Gérard Kouassi, directeur général de Porteo BTP et vice-président du GIBTP, a défendu une thèse claire : « la digitalisation des méthodes de travail est devenue une condition clé de performance pour le BTP ». Le numérique, a-t-il expliqué, permet de connecter les étapes d’un chantier, des études au suivi d’exécution puis à l’exploitation de l’ouvrage, et apporte productivité, maîtrise des coûts, respect des délais et transparence.

Il a appelé la profession à « passer à l’échelle, avec un cadre clair » — normes, formation, commande publique intégrant le numérique — et jugé que le continent, malgré son retard sur l’Asie et l’Occident, avait déjà démontré sa capacité d’adoption, citant le Rwanda, le Kenya et la Côte d’Ivoire. Les outils visés sont ceux que le salon désigne comme ses trois défis : la maquette numérique du bâtiment (BIM), les jumeaux numériques et la gestion de chantier digitalisée.

Il faut signaler la double casquette de l’orateur : il parle à la fois pour son entreprise et pour la profession qu’il représente.

Dix-huit recruteurs, aucun bilan d’embauche

Le second volet du salon portait sur l’emploi. Un premier « SIA Talent » a réuni 18 entreprises publiques et privées — parmi lesquelles le BNETD, Porteo BTP et Côte d’Ivoire Énergies — pour des entretiens d’embauche express avec de jeunes diplômés, complétés par un concours d’équipes doté par plusieurs entreprises du secteur.

L’affluence a été décrite comme forte. Le nombre de recrutements effectivement conclus n’est pas connu, et n’a pas été annoncé à la clôture.

Ce que le discours ne dit pas

Le BTP ivoirien est l’un des secteurs les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest, porté par une décennie de grands travaux publics. Il est aussi l’un des plus dépendants des groupes étrangers pour les ouvrages complexes. Les entreprises nationales que représente le GIBTP occupent surtout la sous-traitance, les routes secondaires et le bâtiment courant, avec des marges étroites et un accès difficile au financement bancaire — un point sur lequel le pays cherche des réponses, comme l’emprunt diaspora de 900 milliards de FCFA visé pour financer son plan national de développement.

Dans ce contexte, le mot « digitalisation » recouvre deux réalités sans commune mesure. Pour un groupe international, la maquette numérique est acquise depuis dix ans et imposée par les appels d’offres. Pour une PME ivoirienne, le premier pas est un logiciel de devis, une gestion de stock et un suivi de chantier sur smartphone : des investissements modestes, mais qui supposent des compétences que le système de formation ne produit pas encore en nombre.

La question de la « relève technologique » est donc d’abord une question de formation et de commande publique. Un entrepreneur qui investit dans le BIM doit trouver des marchés qui le valorisent ; l’État, premier donneur d’ordre, ne l’exige pas encore systématiquement. Le Rwanda et le Kenya, cités en exemple, ont l’un un cadastre numérique complet et une commande publique dématérialisée, l’autre une filière logicielle de construction. L’administration ivoirienne, elle, a surtout avancé sur ses propres services : de 17 à 700 services publics numérisés.

Pourquoi cela compte quand même

Un salon professionnel ne produit pas de statistiques ; il produit des priorités. Que le syndicat des entreprises nationales choisisse la digitalisation comme thème, et qu’un de ses vice-présidents en fasse une condition de performance plutôt qu’un luxe, indique où la profession situe son avantage face aux majors : dans la maîtrise des coûts et des délais, exactement là où les groupes étrangers sont chers et lents.

Et que ces mêmes entreprises financent un salon de recrutement et un concours étudiant dit leur difficulté à embaucher dans un pays qui forme beaucoup de diplômés et peu de conducteurs de travaux. Le mouvement s’inscrit dans un cadre continental : l’Afrique s’est dotée en septembre 2026 d’une feuille de route sur ses infrastructures numériques.

Trois chiffres manquent pour passer du discours à la mesure : la fréquentation réelle du salon, le nombre d’embauches issues du SIA Talent, et ce que « digitalisation » signifie concrètement sur les chantiers des entreprises qui la prônent. NotreAfrik les demandera. En attendant, l’information reste ce qu’elle est : une profession qui a le bon diagnostic et attend encore ses instruments. C’est une lecture de la rédaction.

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