Rebranding Africa Forum 2026 23 & 24 octobre 2026 · Bruxelles « Systèmes de santé en Afrique :
Innover pour soigner,
Soigner pour développer. »
Réserver ma place

Sadio Mané : 11,7 milliards FCFA dans la mangue Kent

Sadio Mané sous le maillot du Sénégal, investisseur dans la mangue Kent de Casamance

Sadio Mané a posé le 19 septembre 2026 la première pierre de SM10 Agro à Bambali, son village natal de la région de Sédhiou, en Casamance : un complexe agro-industriel de 11,7 milliards de FCFA — environ 20,4 millions de dollars — qu’il dit financer sur ses fonds propres. Au programme, 500 hectares de mangue Kent, des unités de transformation d’une capacité de 8 500 tonnes par an, une station de tri et d’export, un centre de formation. « La région de Sédhiou perd 30 à 40 % des mangues qu’elle produit, en raison de défauts de stockage et de transformation », a déclaré l’attaquant.

Ce que Sadio Mané a posé à Bambali

SM10 Agro — du numéro de maillot du joueur — se présente comme un pôle intégré. En amont, 500 hectares de vergers de Kent, la variété d’export la plus demandée en Europe, qui viendront s’ajouter aux vergers des coopératives locales.

Au centre, des unités capables de traiter 8 500 tonnes de fruits par an en pulpe pour jus et nectars, en mangue séchée et en beurre de mangue destiné à la cosmétique, plus une chaîne de tri, de conditionnement et de stockage frigorifique pour l’export de fruits frais. En aval, un centre de formation aux métiers de l’agro-industrie et une activité de recherche. Les marchés visés sont l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient.

Le projet annonce plus de 1 000 emplois directs au démarrage et 2 500 travailleurs dans les coopératives. Ce sont des projections du promoteur, pas des emplois constatés. Le calendrier, lui, n’est pas figé : une source évoque un démarrage en mars 2027, une autre dix-huit mois de travaux.

« Je ne veux pas que l’on se souvienne de moi uniquement pour les buts que j’ai marqués », a dit le joueur, qui a déjà financé à Bambali un hôpital, un lycée, une station-service et un stade. « Je veux que les jeunes et les femmes de ma région aient de réelles opportunités. »

Pourquoi la mangue, et pourquoi la Casamance

La Casamance produit l’essentiel des mangues sénégalaises, dont une part infime est transformée. La saison est courte, le fruit périssable, les routes vers Dakar longues et le froid rare : une large fraction de la récolte se perd chaque année, et la région manque de services d’emballage et d’étiquetage, ce qui oblige les transformateurs à dépendre de la capitale.

Le paradoxe est connu : le Sénégal exporte des mangues fraîches vers l’Europe et importe des jus de mangue transformés ailleurs. C’est exactement le mécanisme que NotreAfrik a décrit sur une autre filière — le café africain part vert, sans droit de douane, et revient transformé.

L’export de mangue a d’ailleurs souffert. Après un pic autour de 27 000 tonnes vers l’Europe en 2021, les volumes sont tombés à quelque 14 000 tonnes en 2025 sous l’effet de la mouche des fruits — organisme de quarantaine qui vaut aux cargaisons infestées des rejets aux frontières européennes — avant un rebond au-delà de 19 000 tonnes en 2026 grâce aux mesures phytosanitaires. Ces ordres de grandeur proviennent de la presse spécialisée et demandent confirmation par les agences sénégalaises.

La transformation est la réponse structurelle : une mangue piquée, tachée ou trop mûre pour l’export frais reste une matière première parfaite pour la pulpe ou le séchage.

Trois conditions décideront du succès

L’approvisionnement d’abord. Cinq cents hectares de Kent produisent, à maturité, de l’ordre de 5 000 à 7 500 tonnes ; une usine calibrée pour 8 500 devra donc acheter aux producteurs locaux. C’est la promesse des 2 500 travailleurs de coopératives — et cela suppose de fixer un prix bord champ attractif, d’organiser la collecte et de gérer la saisonnalité : quelques semaines de pleine production pour douze mois de charges fixes. Le prix payé au planteur est le point où les filières africaines se jouent, comme le montre le cacao ivoirien.

L’énergie et l’eau ensuite. Le séchage et la pasteurisation consomment beaucoup, et Sédhiou est l’une des régions les moins électrifiées du pays.

Les marchés enfin. La pulpe de mangue est un produit de commodité dominé par de grands producteurs asiatiques et latino-américains, à prix bas. Le beurre de mangue et la mangue séchée haut de gamme sont des niches à marge, qui exigent certification, traçabilité et marque. C’est là que la notoriété du joueur peut, pour une fois, servir un produit plutôt qu’une publicité — comme dans le café, où le planteur passe de 5,6 % à 30 % du paquet dès qu’il transforme.

Le précédent existe, et il est mitigé

Au Burkina Faso et au Mali, la mangue séchée artisanale s’exporte vers l’Europe depuis vingt ans, à petite échelle. En Côte d’Ivoire, des unités de pulpe ont fermé faute de matière première hors saison.

Ce qui manque partout est ce que SM10 Agro annonce réunir : du capital patient, une plantation en propre, de la formation et une marque. Si le calendrier est tenu, le premier jus de mangue de Bambali sortira avant la retraite de son financeur. NotreAfrik ira vérifier ce qu’il reste, dans le prix du pot, au planteur de Sédhiou. C’est une lecture de la rédaction.

Abonnez vous à notre newsletter

Articles similaires

Get the app