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PI-SPI : la BCEAO homologue 24 API sur 104 participants

Tour de la BCEAO à Cotonou, banque centrale qui homologue les API Business de PI-SPI

La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a publié le 16 septembre 2026 la première liste des API Business homologuées sur PI-SPI, sa plateforme interopérable de paiement instantané : vingt-quatre interfaces, réparties dans les huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). À titre de comparaison, la dernière liste de participants publiée par la Banque centrale, arrêtée au 31 juillet 2026, recense 104 établissements autorisés à ouvrir le paiement instantané au public. L’écart entre 104 et 24 mesure exactement ce qui sépare un service pour particuliers d’un outil pour entreprises.

PI-SPI : ce que l’homologation autorise vraiment

Lancée le 30 septembre 2025, la Plateforme interopérable du système de paiement instantané relie entre eux les prestataires de paiement de l’UEMOA : banques, émetteurs de monnaie électronique, institutions de microfinance. Depuis un an, un client peut envoyer et recevoir des fonds en quelques secondes depuis l’application de sa banque ou de son opérateur, quel que soit l’établissement d’en face.

L’API Business change de destinataire. Elle permet à un logiciel de gestion, de facturation ou de comptabilité de dialoguer directement avec la plateforme. Le communiqué de la BCEAO énumère ce que l’entreprise y gagne : émettre et recevoir des paiements, transmettre des demandes de règlement de masse, automatiser des opérations, suivre ses transactions en temps réel.

L’homologation n’est pas une formalité déclarative. Elle atteste, écrit la Banque centrale, « de la conformité des API Business concernées aux exigences fonctionnelles, techniques, de performance et de sécurité définies par la BCEAO ». Un établissement peut donc être parfaitement autorisé à servir le grand public sans avoir franchi cette seconde porte.

Dix-sept des vingt-quatre API sont sénégalaises ou ivoiriennes

La liste annexée au communiqué, mise à jour le 17 septembre 2026, donne une répartition très inégale. Le Sénégal compte neuf API homologuées, la Côte d’Ivoire huit, le Niger deux. Le Bénin, le Burkina Faso, la Guinée-Bissau, le Mali et le Togo en comptent une chacun.

Autrement dit, deux pays concentrent dix-sept des vingt-quatre interfaces, soit sept sur dix. Les cinq pays à une seule API sont aussi ceux dont les entreprises n’ont, pour l’instant, qu’un seul fournisseur possible si elles veulent automatiser leurs encaissements — sans concurrence sur le prix, ni alternative en cas de panne.

Le contraste est plus net encore quand on rapproche les deux listes de la Banque centrale. Au Bénin, onze établissements sont autorisés à ouvrir PI-SPI au public, et une seule API Business est homologuée. En Côte d’Ivoire, vingt-trois établissements autorisés pour huit API ; au Sénégal, vingt-quatre pour neuf. La géographie du paiement instantané pour entreprises reproduit, pour l’instant, celle du secteur bancaire de l’Union.

Ecobank porte un tiers de la liste à lui seul

Un nom revient dans les huit pays : Ecobank. Le groupe togolais figure sur la liste au Bénin, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, en Guinée-Bissau, au Mali, au Niger, au Sénégal et au Togo. Il détient donc huit des vingt-quatre API homologuées — un tiers exactement.

Dans les cinq pays à une seule interface, cette interface est la sienne. Ce résultat confirme qu’un groupe bancaire panafricain peut amortir un chantier technique à l’échelle de l’Union là où un établissement national doit le financer sur un seul marché. À côté, la Côte d’Ivoire et le Sénégal font apparaître des acteurs plus variés : Mansa Bank, Standard Chartered et MTN MFS côté ivoirien, Orange Finances Mobiles et FBNBank côté sénégalais, aux côtés de fintechs locales.

Le 30 septembre, échéance pour les banques

Le calendrier explique en partie ces écarts. Le 25 juin 2026, la BCEAO a repoussé les délais de connexion à la plateforme : les banques, les établissements de monnaie électronique et les établissements de paiement ont jusqu’au 30 septembre 2026 pour ouvrir effectivement leurs services PI-SPI. Les institutions de microfinance supervisées par la Commission bancaire de l’UMOA disposent d’un délai courant jusqu’au 30 juin 2027.

Ce report n’était pas anodin : au 24 juin 2026, la Banque centrale dénombrait 80 participants connectés et 74 établissements encore en phase de tests réels. L’échéance tombe dans huit jours, et elle porte sur la connexion au public — pas sur l’homologation des API Business, qui n’est enfermée dans aucun délai réglementaire annoncé.

Le lien avec le PAPSS

Cette séquence éclaire un chantier plus vaste. En juillet 2026, NotreAfrik rapportait que la BCEAO préparait une phase pilote de six mois avec le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), associant plus de 80 banques commerciales de l’Union — mais en qualité d’observatrice, non de membre. La date de démarrage de ce pilote n’a toujours pas été communiquée.

Le PAPSS, lui, a franchi le cap des trente pays et des 200 banques connectées. Sa promesse est de régler un fournisseur africain dans sa monnaie sans passer par le dollar ou l’euro. Mais un pont continental n’a de valeur économique que s’il existe des flux capables de l’emprunter, et ces flux sont générés par des entreprises : importateurs, exportateurs, distributeurs. Sans intégration dans leurs logiciels, un raccordement au PAPSS resterait une affaire interbancaire.

La lecture que nous en faisons — la Banque centrale construit de l’intérieur vers l’extérieur, en branchant d’abord ses propres entreprises avant d’ouvrir la porte du continent — est une grille de lecture de la rédaction, pas une architecture officielle publiée par la BCEAO.

Ce qui reste à démontrer

Trois réserves subsistent. L’homologation d’une API ne dit rien de son adoption : aucun chiffre n’est publié sur le nombre d’entreprises effectivement raccordées. L’extension de l’API Business aux flux hors UEMOA n’a pas été annoncée. Enfin, la concentration sur deux pays et sur un seul groupe bancaire pose la question de l’accès réel pour une PME malienne ou bissau-guinéenne, dont l’automatisation dépend aujourd’hui d’un unique prestataire.

Cette dynamique s’inscrit dans un marché déjà très concentré : dans l’UEMOA, le Sénégal capte à lui seul 29,7 % de la monnaie électronique en circulation. La liste des API homologuées sera actualisée au fil des nouvelles homologations, précise la Banque centrale. C’est à ce rythme, plus qu’aux annonces, qu’on mesurera si le paiement instantané sort vraiment du téléphone du particulier pour entrer dans la comptabilité des entreprises.

Source : BCEAO, communiqué du 16 septembre 2026 sur l’homologation des API Business de PI-SPI et liste annexée, mise à jour du 17 septembre 2026.

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