Chapô — La manifestation organisée en RDC le mardi 15 septembre 2026 à Kinshasa, à l’appel de la Coalition Article 64, a été dispersée au gaz lacrymogène par la police congolaise. Al Jazeera fait état d’au moins dix arrestations, les organisateurs parlent de dizaines. Aucun bilan officiel n’a été publié. La date n’était pas choisie au hasard : c’était celle de la rentrée parlementaire.
Ce qui s’est passé le 15 septembre
La manifestation en RDC s’est tenue dans les rues de Kinshasa, où des centaines de personnes ont brandi les drapeaux des formations réunies dans la Coalition Article 64 (C64) — Ensemble pour la République de Moïse Katumbi, l’ECiDé de Martin Fayulu, Envol de Delly Sesanga, le PPRD de Joseph Kabila, entre autres.
La police a fait usage de gaz lacrymogènes ; l’agence Reuters rapporte également des tirs de sommation. Des rassemblements ont eu lieu hors de la capitale, notamment à Lubumbashi et à Uvira, dans le Sud-Kivu, malgré des restrictions locales. Dans les jours suivants, la coalition a dénoncé des interpellations dans une dizaine de villes, de Kolwezi à Kisangani.
Les bilans divergent et aucun n’est officiel. Al Jazeera compte au moins dix arrestations ; les organisateurs, cités par l’agence Anadolu, avancent « des dizaines ». La police nationale congolaise n’a communiqué aucun chiffre, et aucun bilan de blessés ne figure dans les sources disponibles. Le 17 septembre, la C64 est allée plus loin en dénonçant une répression ayant fait des morts et en annonçant des mesures de « légitime défense » — une accusation que rien, à ce stade, ne permet de vérifier de façon indépendante.
Le nom de la coalition renvoie à l’article 64 de la Constitution de 2006, qui fait obligation à tout Congolais de « faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution ».
L’objet du litige : une loi, deux lectures
Le Parlement congolais a adopté en juin 2026 une loi autorisant l’organisation d’un référendum sur des modifications constitutionnelles. Le contenu exact des modifications envisagées n’a pas été rendu public. C’est ce texte que la C64 demandait aux députés de rejeter le jour de leur rentrée.
Les deux camps ne lisent pas la même chose dans ce texte, et il faut restituer les deux. Pour le pouvoir, il s’agit de « moderniser l’appareil de l’État » et d’en corriger les failles institutionnelles : c’est la formule employée par le président Félix Tshisekedi depuis son discours de Kisangani du 23 octobre 2024, quand il a dit vouloir une Constitution « adaptée aux réalités congolaises ». Le chef de l’État n’a jamais annoncé publiquement son intention de se représenter en 2028.
Pour l’opposition, le texte ouvre la voie à un troisième mandat. C’est une interprétation, pas une déclaration du pouvoir — mais elle s’appuie sur un point de droit précis : la Constitution de 2006, adoptée par référendum à 85 %, limite le président à deux mandats, et son article 220 place cette limite parmi les dispositions réputées intangibles. Dès le 20 novembre 2024, au siège de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), les représentants de Joseph Kabila, Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Denis Mukwege, Matata Ponyo et Delly Sesanga signaient une déclaration commune contre le projet. L’Église catholique l’a jugé « dangereux pour la cohésion nationale », et une pétition de la société civile a dépassé les 100 000 signatures fin 2024.
Ce n’est pas la première fois que le dossier revient devant le Parlement. Le renvoi du 10 août dernier avait déjà laissé la question ouverte, et le Sénat avait ouvert la voie à la révision dès juin 2026.
Une contestation sur fond de guerre à l’Est
Le débat constitutionnel se déroule dans un pays dont l’Est échappe partiellement au contrôle de Kinshasa. Le M23, soutenu par le Rwanda, occupe Goma et Bukavu depuis janvier 2025, malgré l’accord signé à Washington en juin 2025 et le processus de médiation de Doha. Uvira, où des manifestants sont descendus dans la rue, se trouve en zone de front.
Les deux camps s’accusent mutuellement d’instrumentaliser cette situation. L’opposition reproche au pouvoir de détourner l’attention de la guerre et de la crise sociale ; le pouvoir met en cause la responsabilité de figures de l’opposition, à commencer par Joseph Kabila, condamné à mort par contumace en septembre 2025 pour trahison.
Ce que la journée du 15 septembre a montré, c’est que la contestation constitutionnelle est sortie des communiqués pour gagner la rue, et qu’elle dépasse désormais Kinshasa. Ce qu’elle n’a pas tranché, c’est le fond : tant que le contenu des modifications envisagées n’est pas publié, chacun continuera de lire dans la loi référendaire ce qu’il y cherche.








