Au Soudan, les coupes de financements internationaux ferment des structures de santé en série, laissant des millions de personnes sans accès aux soins dans un pays déjà ravagé par plus de trois ans de guerre. Médecins Sans Frontières (MSF) tire la sonnette d'alarme alors que les effets se font sentir sur le terrain depuis juin 2026, date à laquelle les fonds de nombreuses organisations ont officiellement pris fin.

Les coupes de financements : des cliniques fermées, des patients redirigés
La fermeture de l'USAID en 2025 a déclenché une réaction en chaîne. Si les États-Unis restent le principal bailleur du Soudan — notamment via OCHA —, de nombreux prestataires de soins n'ont pas trouvé de financements alternatifs. Au Darfour central, 45 centres de soins de santé primaire ont cessé de recevoir tout soutien en mai 2026. Résultat : entre janvier et avril 2026, les admissions dans les structures MSF de Zalingei et Rokero avaient déjà bondi de 22,5 % par rapport à la même période en 2025.
Dans le camp de Tanedba, dans l'État de Gedaref, 18 400 réfugiés ont perdu en juin leurs services de maternité et de chirurgie après le départ d'une organisation humanitaire. Les femmes nécessitant une césarienne doivent désormais parcourir trois heures de route pour accéder aux soins. À Um Rakuba, le nombre d'organisations humanitaires présentes est passé d'environ 35 en 2021 à moins de dix aujourd'hui, pour un camp qui accueille près de 17 000 réfugiés. À Hamidiya, un centre de santé qui réalisait environ 200 consultations quotidiennes n'en assure plus que 40, et les vaccinations ont cessé. « Fermer une clinique ne fait pas disparaître un patient », résume Sebastián Traficante, coordinateur des urgences de MSF au Darfour. « Cela ne fait que le rediriger vers l'établissement suivant. »
Se soigner ou se nourrir : l'impossible choix des Soudanais
L'équation économique est implacable : au Darfour, un travailleur gagne environ un dollar par jour, tandis que le transport vers une structure encore opérationnelle coûte environ deux dollars — soit deux jours de salaire. Accéder aux soins revient pour beaucoup à choisir entre se soigner et se nourrir. À Tawila, MSF gère le seul hôpital de 200 lits pour près de 600 000 déplacés et demeure la seule organisation capable de répondre à grande échelle à une épidémie. En août, 191 enfants de moins de cinq ans ont été admis pour malnutrition sévère dans leur centre nutritionnel, dont 22 % souffraient également de paludisme. À l'échelle mondiale, l'aide humanitaire a chuté de 35,8 %. L'aide des institutions de l'Union européenne a reculé de 13,8 % en 2025 selon les données préliminaires de l'OCDE. Le Plan de réponse humanitaire des Nations unies, doté de 2,87 milliards de dollars, n'est financé qu'à hauteur de 41 %, alors que 825 000 enfants de moins de cinq ans risquent de souffrir de malnutrition aiguë sévère cette année et que 37 % des structures de santé soudanaises seraient totalement hors service.
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Avec APO Group.







