Le Maroc a enregistré 14,1 millions d’arrivées de touristes sur les huit premiers mois de 2026, en hausse de 4,5 % sur un an — environ 608 000 arrivées de plus, selon un communiqué du ministère du Tourisme publié le vendredi 4 septembre. Le mois d’août a franchi pour la première fois les 2 millions. Le chiffre est bon. Il dit toutefois autre chose que ce qu’on lui fait dire.
Ce que le communiqué annonce
Le ministère dirigé par Fatim-Zahra Ammor présente ces résultats comme la confirmation de « la solidité de la saison estivale et la bonne tenue de la fréquentation touristique ».
« La dynamique du tourisme marocain s’inscrit durablement sur des bases solides. La Feuille de route 2023-2026 a démontré qu’en investissant de manière ciblée sur les leviers clés, les résultats suivent, tant en termes d’affluence que d’impact socio-économique », déclare la ministre, qui ajoute : « Le potentiel reste considérable. La prochaine phase devra nous permettre de le démultiplier et d’en faire bénéficier davantage l’ensemble des territoires et des acteurs du secteur. »
Le communiqué ne détaille ni l’origine des visiteurs, ni les nuitées hôtelières, ni les recettes.
La moitié de ces « touristes » sont des Marocains
C’est la précision de méthode que ni le communiqué ni ses reprises ne donnent, et elle commande la lecture de tout le reste.
Les « arrivées de touristes » publiées par le Maroc sont les entrées de non-résidents aux postes-frontières. Elles additionnent deux populations : les touristes étrangers et les Marocains résidant à l’étranger venus en visite. Sur les dernières années, ces derniers ont représenté environ la moitié du total.
Or le mois d’août est précisément celui où leur part culmine — c’est le pic du retour estival de la diaspora, encadré par l’opération « Marhaba ». Le franchissement des 2 millions en août dit donc au moins autant sur la diaspora marocaine que sur le tourisme international au sens strict.
Cette réserve ne retire rien à la performance économique : un Marocain de l’étranger dépense, loge, consomme et investit. Nos données sur les transferts de la diaspora — 104,6 milliards de dollars vers le continent en 2024 — rappellent d’ailleurs que le Maroc figure parmi les premiers bénéficiaires africains de ces flux, et que l’été en est un moment fort.
Mais elle change deux choses. La comparaison internationale d’abord : la plupart des pays ne comptent pas leur diaspora dans leurs arrivées touristiques. Le diagnostic d’attractivité ensuite : un retour au pays n’est pas un arbitrage entre destinations concurrentes.
Un record de période, pas un record annuel
Deuxième nuance, arithmétique celle-là. Plusieurs reprises ont présenté les 14,1 millions comme « un record ». C’en est un pour la période janvier-août. Ce n’en est pas un pour l’année : 2025 s’est achevée à 19,8 millions d’arrivées.
Le seul record absolu que revendique le communiqué est celui du mois d’août, premier mois de l’histoire du pays au-dessus des 2 millions d’arrivées.
Le rythme a été divisé par trois
Voilà le chiffre que le communiqué ne met pas en avant, et qui est pourtant le plus instructif.
L’année 2025 s’était close sur une progression de 14 %. Les huit premiers mois de 2026 affichent +4,5 %, et le mois d’août lui-même +3 %. La croissance a donc été divisée par trois environ.
Ce ralentissement n’a rien d’alarmant en soi — il suit une année hors norme, et une base de comparaison élevée écrase mécaniquement les pourcentages. Mais il déplace la question. Après une phase de rattrapage post-pandémie puis d’expansion rapide, le tourisme marocain entre dans un régime de croissance ordinaire, à un moment où le pays s’est fixé des objectifs de fréquentation ambitieux à l’horizon de la Coupe du monde 2030.
Les recettes, elles, montent trois fois plus vite
Et c’est la bonne nouvelle du dossier, même si elle vient d’une autre source.
L’Office des changes indiquait à fin juillet 2026 des recettes voyages de 79 milliards de dirhams, en hausse de 13,4 % sur un an, après 138 milliards (+21 %) sur l’ensemble de 2025. Si ces ordres de grandeur se confirment à fin août, les recettes progressent près de trois fois plus vite que les arrivées.
Autrement dit, le Maroc monétise mieux chaque visiteur : davantage de nuitées, de dépenses par séjour, ou des séjours à plus forte valeur. C’est exactement l’inverse du tourisme de volume, et c’est le seul indicateur qui mesure ce que le secteur rapporte au pays plutôt que le nombre de personnes qui franchissent une frontière.
Une réserve, là encore : ces recettes sont arrêtées à fin juillet, pas à fin août, et elles ne proviennent pas du même émetteur que les arrivées.
Ce qu’il faudrait publier pour trancher
Trois données manquent, et elles sont toutes disponibles quelque part dans l’appareil statistique marocain : la ventilation entre étrangers et Marocains résidant à l’étranger pour janvier-août 2026, les nuitées hôtelières, et les recettes arrêtées à la même date que les arrivées.
Sans elles, on ne peut pas dire si le Maroc a attiré plus de visiteurs internationaux en 2026, ni si sa stratégie de montée en gamme fonctionne. On peut seulement dire que plus de gens sont entrés dans le pays, et qu’ils y ont dépensé davantage.
Ce n’est pas rien. Ce n’est pas non plus ce qu’annonce le titre du communiqué.
Sources : communiqué du ministère marocain du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, 4 septembre 2026 ; Office des changes via WMC pour les recettes voyages à fin juillet 2026 ; APAnews, 4-5 septembre 2026.








