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Gaz du Cameroun : vendu 356 millions FCFA, dettes comprises

Gaz du Cameroun : l'entrée du port autonome de Douala

Gaz du Cameroun, opérateur du champ de Logbaba à Douala, a changé de propriétaire pour 470 000 livres sterling — environ 356,4 millions de FCFA. Les administrateurs de Victoria Oil & Gas, groupe britannique placé sous administration en février 2025, ont cédé à Cameroon Holdings Limited la totalité de Bramlin Limited, qui détient 100 % de l’opérateur camerounais. Le prix couvre aussi deux créances inscrites au bilan pour 68,48 milliards de FCFA. Un cabinet d’audit avait attribué une valeur nulle aux actions.

Une opération de 2025, confirmée en 2026

La date compte, car elle change la lecture de l’information.

La cession a eu lieu le 29 juillet 2025. Elle figurait dans le cinquième rapport des administrateurs, signé le 19 septembre 2025 et déposé trois jours plus tard auprès du registre britannique des sociétés. C’est le sixième rapport, signé le 19 mars 2026 et déposé le 1er avril, qui confirme l’encaissement intégral du prix et acte que Victoria Oil & Gas ne détient plus aucun intérêt financier dans Gaz du Cameroun.

L’opération n’est donc pas récente. Ce qui est neuf, c’est sa confirmation documentaire complète.

Ce que le prix recouvre

La contrepartie porte sur trois actifs distincts : les actions de Bramlin, une créance de 114,1 millions de dollars détenue par Victoria Oil & Gas sur Bramlin, et une créance de 6,3 millions de dollars sur Gaz du Cameroun — soit environ 64,90 milliards et 3,58 milliards de FCFA, pour une valeur comptable cumulée de 68,48 milliards.

Autrement dit : 356 millions de FCFA pour un ensemble dont les seules créances sont inscrites au bilan à près de deux cents fois ce montant.

Le paiement s’est fait en deux temps : une avance de 80 000 livres, environ 60,7 millions de FCFA, puis un solde de 390 000 livres exigible au plus tard le 22 octobre 2025, effectivement encaissé entre août 2025 et février 2026. La banque d’affaires SIA Group avait sondé le marché en amont.

Pourquoi un écart pareil

L’écart est spectaculaire, mais il s’explique — et il serait malhonnête de le présenter comme une anomalie sans exposer le raisonnement des évaluateurs.

Le cabinet Anderson Anderson & Brown LLP, sollicité par les administrateurs, avait attribué une valeur nulle aux seules actions de Bramlin. Trois motifs sont invoqués : les niveaux de production observés, les coûts de démantèlement anticipés et les investissements complémentaires exigés par le champ de Logbaba. Le prix obtenu dépasse donc cette évaluation.

Les rapports précisent par ailleurs que les valeurs comptables des créances ne correspondent ni à la trésorerie de Gaz du Cameroun ni à des sommes nécessairement recouvrables.

C’est le point central. Une créance de 114 millions de dollars sur une société qui ne peut pas la rembourser ne vaut pas 114 millions de dollars. Sa valeur réelle dépend de la capacité de l’actif sous-jacent à générer de la trésorerie — et c’est précisément ce que l’audit met en doute.

Ni le rapport des administrateurs ni l’acquéreur n’ont ventilé le prix entre les trois actifs.

Ce que Gaz du Cameroun représente

L’entreprise n’est pas un actif marginal, et c’est ce qui rend l’opération significative.

Créée en janvier 2007 sous le nom de Rodeo Development Limited, rebaptisée Gaz du Cameroun en 2013, elle détient 60 % du champ gazier de Logbaba, qu’elle opère. L’usine de Douala a été inaugurée en octobre 2013 par le président Paul Biya.

C’est l’un des rares producteurs de gaz onshore africains vendant à une clientèle locale. Elle alimente les industriels de la zone de Douala — brasseries, cimentiers, agroalimentaire — parmi lesquels Guinness, Dangote, la Société anonyme des brasseries du Cameroun, Chococam, Cicam et Camlait. En 2015, elle a signé un accord avec Eneo, alors distributeur national d’électricité, pour substituer le gaz naturel au fioul lourd dans des centrales thermiques.

La demande camerounaise de gaz pour la production thermique et électrique est estimée à plus de 150 millions de pieds cubes par jour.

Gaz du Cameroun occupe donc une position d’infrastructure : une partie de l’industrie de Douala et une partie de la production électrique dépendent de sa fourniture.

Le contexte de la défaillance

Victoria Oil & Gas a été placée sous administration le 20 février 2025, procédure britannique de traitement des entreprises en difficulté.

La société était alors engagée dans un différend avec le gouvernement camerounais après avoir annoncé une hausse tarifaire de 20 % à compter du 1er juin — sa première augmentation en une décennie.

La cession de Bramlin s’inscrit donc dans la liquidation ordonnée des actifs d’un groupe défaillant, conduite par des administrateurs dont le mandat est de maximiser le recouvrement pour les créanciers, non de valoriser l’actif industriel. Cela explique une partie du prix.

Trois questions sans réponse publique

L’identité des actionnaires de Cameroon Holdings Limited, d’abord. La dénomination suggère un ancrage camerounais, mais aucune source consultée n’établit sa structure capitalistique, sa nationalité réelle ni ses dirigeants.

Les engagements du repreneur, ensuite. Les investissements complémentaires exigés par le champ de Logbaba, évoqués par l’auditeur pour justifier une valeur nulle, devront être financés. Aucun plan n’a été rendu public.

La position des autorités camerounaises, enfin. Un changement de contrôle sur un opérateur qui alimente l’industrie de Douala et une partie de la production électrique relève normalement d’une autorisation ministérielle. Aucune communication du ministère de l’Eau et de l’Énergie n’a été trouvée.

Un contraste qui interroge

Ce dernier point mérite attention.

Le Cameroun a suspendu en août 2026 la cession des parts de Somdiaa dans la Sosucam, invoquant la nécessité d’examiner l’ensemble des implications avant tout transfert. Le contraste est notable : un opérateur gazier stratégique change de main sans que l’État se manifeste publiquement, tandis qu’une sucrerie fait l’objet d’un blocage formel.

Les deux situations diffèrent par la date et par le régime juridique applicable, et l’explication tient peut-être à la publication tardive de la cession — ou à une autorisation accordée sans communication.

Reste la question de fond. Une infrastructure dont dépendent des brasseries, des cimenteries et des centrales thermiques a changé de propriétaire pour le prix d’un appartement, dans une procédure de liquidation britannique. Savoir qui la contrôle désormais, et avec quels moyens d’investissement, n’est pas une curiosité d’actionnaire : c’est une question de sécurité d’approvisionnement pour Douala.

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