La résilience climatique du café robusta est un « mythe internet » apparu il y a une dizaine d’années. C’est la conclusion d’une étude des Royal Botanic Gardens de Kew publiée le 27 août 2026 dans la revue Sustainable Development. Elle vise directement l’hypothèse sur laquelle reposent, depuis dix ans, une partie des programmes de replantation en Ouganda, au Cameroun et en Côte d’Ivoire.
Ce que dit l’étude
L’article, intitulé « The Sustainability of Robusta Coffee Under Global Change — A Review », passe en revue les travaux consacrés à la résistance climatique du robusta. Son auteur principal, Aaron Davis, chercheur en chef sur les cultures et le changement global à Kew, dans le sud-ouest de Londres, ne prend pas de précautions oratoires.
Les affirmations sur la résilience du robusta sont trompeuses, écrit-il, soit parce qu’elles ne reposent pas sur des preuves solides, soit parce que les travaux n’ont pas été menés correctement. Les évaluations antérieures doivent être considérées « comme provisoires au mieux ».
L’étude ne nie pas toute différence entre les deux espèces. Le robusta, dont la teneur en caféine est plus élevée, tolère effectivement mieux la chaleur que l’arabica. Mais il reste sensible à la sécheresse — et c’est la sécheresse, non la seule température, qui constitue la menace.
« Avec le changement climatique, les précipitations deviennent plus imprévisibles, tant en volume qu’en calendrier. Les sécheresses peuvent devenir plus longues et plus sévères, tandis que la hausse des températures assèche les sols », explique Aaron Davis.
L’erreur de méthode qui a fabriqué la croyance
Le point technique mérite d’être exposé, car il explique comment une idée fausse s’est installée pendant dix ans.
Des travaux antérieurs ont traité des exploitations irriguées comme des conditions de culture de référence. Or comparer un robusta irrigué à un arabica pluvial revient à mesurer l’effet de l’irrigation, pas celui de l’espèce.
Le cas vietnamien l’illustre. Premier bassin mondial de robusta, le pays produit sur les Hauts Plateaux du centre grâce à une irrigation massive — dépendance qui soulève d’ailleurs ses propres inquiétudes sur la ressource en eau, relevées par une étude parue en mai 2026 dans Agroforestry Systems.
La confusion est donc entre deux choses différentes : une zone où le robusta pousse naturellement grâce au climat, et une zone où il produit parce que l’agriculteur compense artificiellement le manque d’eau. Cette distinction devient décisive dès qu’on cherche à prévoir où la culture restera possible.
« J’ai trouvé troublant que les gens n’interprètent pas correctement la science et qu’ils défendent le robusta comme le sauveur du secteur du café face au changement climatique », déclare Aaron Davis à l’agence Reuters.
Le robusta a soif, et l’Afrique n’irrigue pas
C’est là que la conclusion devient africaine.
Dans son milieu naturel, le robusta pousse là où le sol conserve une disponibilité en eau élevée une grande partie de l’année — grâce aux précipitations, mais aussi aux rivières, aux zones humides et aux nappes proches de la surface.
Or la variable qui compte pour un planteur africain est précisément la résistance intrinsèque à la sécheresse, puisqu’il cultive en pluvial. Les résultats favorables au robusta obtenus sur des parcelles irriguées ne lui disent rien de sa propre situation.
Ce que cela remet en cause sur le continent
Le robusta est la variété dominante en Ouganda, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, en Tanzanie et dans plusieurs pays de la région des Grands Lacs. L’Éthiopie et le Kenya font exception avec l’arabica.
Depuis une décennie, la thèse de la supériorité climatique du robusta a nourri des recommandations de replantation, des programmes de développement et des choix d’investissement. Si elle est infondée, ce sont ces stratégies d’adaptation qu’il faut réexaminer — pas seulement un argument de communication.
L’enjeu n’est pas théorique. Replanter un caféier engage une exploitation pour trois à quatre ans avant la première récolte significative, et pour vingt à trente ans ensuite. Un mauvais choix variétal ne se corrige pas à la saison suivante.
La solution génétique n’en est pas une à court terme
L’étude ferme aussi la porte de sortie que beaucoup espéraient.
Les programmes de sélection se sont historiquement concentrés sur le rendement, la qualité de tasse et la résistance aux maladies, avant de s’orienter plus récemment vers la tolérance à la chaleur et à la sécheresse.
Mais obtenir une résilience climatique réelle exigerait un changement d’échelle, pas des améliorations progressives. Créer des caractères de résilience significatifs — par sélection traditionnelle comme par les méthodes nouvelles — se heurte au nombre de traits, donc de gènes, à mobiliser simultanément.
Autrement dit : il n’existe pas, à ce stade, de variété de remplacement prête à être distribuée aux planteurs.
Ce qui reste à faire
Le constat de Kew ne dit pas que le robusta est condamné. Il dit que sa résistance a été surestimée, et que les décisions prises sur cette base doivent être reprises.
Trois questions en découlent pour les filières africaines. Quelles zones de production restent viables en pluvial, une fois retirée l’illusion créée par les données d’exploitations irriguées ? Quelles ressources en eau peuvent être mobilisées là où l’irrigation devient nécessaire, et à quel coût pour des exploitations de moins de trois hectares ? Et quels programmes de replantation en cours reposent sur une hypothèse que la science vient de retirer ?
Aucune de ces réponses n’est disponible aujourd’hui. Mais elles conditionnent le revenu de plusieurs millions de planteurs — la même question que celle posée, sur une autre filière, par l’écart des prix du cacao entre le Cameroun et la Côte d’Ivoire.








