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Chine-Gabon : 4 volets militaires, Port-Gentil en suspens

Officiers supérieurs gabonais au défilé du 17 août, armée concernée par la coopération Chine Gabon

Un nouvel attaché de défense chinois a été présenté à Libreville le 28 juillet 2026. Derrière cette nomination, une architecture déjà formalisée : la déclaration conjointe Chine-Gabon du 19 avril 2023 engage les deux pays sur quatre domaines militaires. Et un dossier que personne ne confirme ni ne dément — une base navale à Port-Gentil, que le président gabonais décrivait encore en 2025 comme une discussion ouverte.

Ce qui est établi

Le colonel supérieur Zhang Song, passé par la Mission permanente chinoise auprès des Nations unies, a été présenté le 28 juillet 2026 à Libreville comme nouvel attaché de défense de la Chine au Gabon. La cérémonie marquait le 99e anniversaire de la fondation de l’Armée populaire de libération, organisée par l’ambassade de Chine en présence du vice-président de la République, Alexandre Barro Chambrier, et de plusieurs membres du gouvernement. L’ambassadeur Zhou Ping y a appelé au renforcement des échanges de défense entre les deux pays.

Cette nomination ne crée rien : elle s’inscrit dans un cadre signé. La déclaration conjointe du 19 avril 2023, publiée par le ministère chinois des Affaires étrangères, engage Pékin et Libreville sur quatre volets — formation du personnel, lutte contre les criminalités transfrontalières, équipements et technologies militaires, exercices et entraînements conjoints.

Ce que la relation Chine-Gabon produit déjà

Plusieurs éléments sont documentés et ne relèvent d’aucune spéculation.

Sur les équipements, des véhicules militaires du constructeur chinois Norinco ont été présentés à Libreville le 7 août 2024. Le 16 décembre 2025, une délégation du groupe Lighthouse Garment Manufacturing PLC — spécialisé dans l’équipement militaire et implanté dans une quinzaine de pays africains — a présenté une gamme d’équipements individuels destinés aux Forces armées gabonaises. Le ministère gabonais des Affaires étrangères a replacé la démarche dans une stratégie de diversification des partenariats de défense.

Sur le plan naval, une force chinoise a fait escale à Owendo, avec des échanges opérationnels portant sur l’antiterrorisme, la lutte contre la piraterie et le sauvetage armé ; des militaires chinois ont participé à la maintenance d’équipements de la marine gabonaise. Le navire-hôpital « Arche de la Paix » a effectué en 2024 sa deuxième escale au Gabon.

Sur la formation enfin, des officiers gabonais sont accueillis de longue date dans des institutions chinoises. C’est le levier le moins visible et le plus durable : il agit sur les doctrines, les réseaux professionnels et les choix d’équipement, bien après la fin d’un contrat.

Port-Gentil : ce qui est affirmé, et par qui

C’est le point sensible, et il exige de séparer trois choses.

Un rapport du Sénat français publié en janvier 2025 affirme qu’avant le coup d’État du 30 août 2023, un accord avait été trouvé entre Ali Bongo et Pékin pour l’installation d’une base militaire chinoise à Port-Gentil. Cette affirmation émane d’une institution parlementaire d’un pays tiers, historiquement présent militairement au Gabon. Elle n’a été confirmée ni par Libreville ni par Pékin.

Ce qui est établi tient à une déclaration gabonaise : le président Brice Clotaire Oligui Nguema reconnaissait encore en 2025 que la discussion avec Pékin sur une base navale restait ouverte.

Le projet n’est donc ni confirmé ni démenti. Il est décrit comme une discussion en cours par le chef de l’État lui-même. D’autres chantiers — casernes, centres de formation — sont évoqués par la presse gabonaise, qui précise elle-même que plusieurs restent au stade des intentions.

Pourquoi ce site précis

Port-Gentil se trouve sur la façade atlantique, dans le golfe de Guinée, à proximité de routes maritimes qu’empruntent des volumes considérables d’hydrocarbures et qui concentrent une part importante des actes de piraterie recensés en Afrique.

La zone n’est pas un vide sécuritaire : quatre pays riverains viennent de réunir le Centre multinational de coordination de la zone E à Cotonou pour la sécurité maritime. La Chine, elle, ne dispose que d’une seule base militaire à l’étranger, à Djibouti, ouverte en 2017 sur la façade de l’océan Indien. Une implantation sur la côte atlantique africaine constituerait un changement d’échelle dans son dispositif. C’est ce qui explique l’attention portée à ce dossier par les capitales occidentales — et pourquoi une discussion non tranchée y est parfois présentée comme un fait acquis.

Libreville ne mise pas sur un seul fournisseur

La Chine n’est pas le seul acteur de la modernisation militaire gabonaise, et c’est un point que le dossier chinois fait souvent oublier.

Le défilé national du 17 août 2026 a montré des blindés Panthera T8 offerts par les Émirats arabes unis, et la présidence a indiqué que 40 pièces d’artillerie supplémentaires renforçaient la Garde républicaine par rapport à l’édition précédente. Le 15 juin 2026, Oligui Nguema avait annoncé la commande d’hélicoptères d’attaque Mi-35 et de frégates, en réponse notamment aux menaces asymétriques et à la piraterie dans le golfe de Guinée. Une loi de programmation militaire 2026-2030 était parallèlement à l’examen.

Cette diversification évite la dépendance à un fournisseur unique et donne à Libreville de la marge dans un environnement où plusieurs puissances cherchent à renforcer leurs liens de sécurité sur le continent. Elle se joue aussi entre voisins : Oligui Nguema et Alassane Ouattara ont ouvert trois chantiers sans signer d’accord cet été. Reste la question du financement, dans une zone où le Gabon emprunte le plus sur le marché régional de la BEAC, dont l’encours a atteint 10 560,8 milliards de francs CFA fin juillet.

Ce qui reste inconnu

Trois questions n’ont pas de réponse publique. L’état réel du projet de Port-Gentil : accord signé, discussion exploratoire, ou dossier abandonné après le changement de régime ? Le volume de la coopération : ni le montant des équipements livrés, ni le nombre d’officiers formés, ni la fréquence des exercices conjoints ne sont documentés. Et l’articulation avec les accords de défense hérités de la période française.

C’est cette opacité qui caractérise le dossier, davantage que son ampleur supposée. Une coopération de défense discrète n’est ni exceptionnelle ni illégitime — la plupart des États en entretiennent. Mais elle interdit d’en mesurer l’échelle.

Le prochain indicateur vérifiable sera juridique : un accord-cadre publié, un contrat d’accès portuaire, des conditions de présence de personnels étrangers. Jusque-là, parler d’une influence chinoise croissante au Gabon est étayé. Parler d’une base opérationnelle acquise ne l’est pas.

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