Le Trésor public du Tchad n’a mobilisé que 29 milliards de FCFA — près de 52 millions de dollars — sur un objectif de 35 milliards, lors de trois adjudications menées entre le 5 et le 19 août 2026 sur le marché des titres publics de la CEMAC.
Le taux de couverture ressort à environ 84 %, en amélioration au fil des trois sorties. Pour l’année, N’Djamena doit lever 520 milliards de FCFA. Le rythme d’août ne suffirait pas.
Le détail d’août, et ce qu’il révèle
La première séance est la plus instructive. Le 5 août, deux lignes obligataires visaient ensemble 20 milliards de FCFA.
Le titre à deux ans, servi à 6,0 %, n’a attiré que 7,3 milliards de demande contre 10 milliards recherchés. Le titre à trois ans, rémunéré à 4,5 %, a en revanche été intégralement couvert, avec 7,8 milliards collectés.
Le résultat est contre-intuitif : la maturité la plus longue, au taux le plus bas, a mieux fonctionné que la maturité courte au taux élevé. Un rendement supérieur qui ne trouve pas preneur signale que les investisseurs ne raisonnent pas en prix mais en risque.
D’autres opérations de l’année n’avaient pas non plus été couvertes. Le 7 août, une obligation à deux ans annoncée pour 10 milliards n’avait recueilli que 7,26 milliards, soit 72,66 %.
L’équation budgétaire
Pour 2026, le gouvernement prévoit de mobiliser environ 520 milliards de FCFA — quelque 930 millions de dollars — sur le marché régional, principalement par obligations de moyen terme.
Cette stratégie répond à un déficit budgétaire estimé à 256,5 milliards de FCFA, la loi de finances prévoyant 2 531,5 milliards de dépenses pour 2 275 milliards de ressources.
Le programme d’émission représente donc le double du déficit — une contrainte que partagent plusieurs États de la région, à l’image du Niger, dont le budget 2026 vient d’être rectifié à la hausse. L’écart correspond au refinancement de la dette arrivant à échéance — une mécanique qui rend le pays dépendant de sa capacité à revenir régulièrement sur le marché.
Depuis le lancement de ce marché en novembre 2011, le Tchad y a mobilisé 1 145,5 milliards de FCFA au total, soit 11,4 % de l’encours global des titres publics en circulation dans la CEMAC à fin mai 2026.
La réponse par les taux, et son coût collectif
N’Djamena ajuste son offre. Fin août 2026, les Trésors tchadien et congolais ont renforcé leurs propositions, avec des coupons atteignant 6,20 % sur certaines obligations assimilables.
Cette surenchère intervient alors que plusieurs États sollicitent simultanément les mêmes investisseurs. Le Congo a programmé pour le 25 août une série de quatre émissions totalisant 45 milliards de FCFA.
La concurrence entre émetteurs souverains sur un marché de taille limitée produit mécaniquement un renchérissement du coût de la dette — pour tous, pas seulement pour celui qui relève ses taux.
Ce que le marché régional peut absorber
Les six États de la CEMAC visent 3 906,5 milliards de FCFA — environ 7 milliards de dollars — sur le marché régional en 2026, une enveloppe en léger retrait par rapport à 2025.
L’environnement monétaire s’est durci depuis fin 2025, sous l’effet du resserrement opéré par la BEAC pour préserver les réserves de change. Les États misent en conséquence sur des instruments de court terme.
L’encours de la dette publique régionale a bondi de 26 % en un an, à environ 9 500 milliards de FCFA à fin janvier 2026. Le Gabon en représente 30,5 %, le Congo 29,5 %, le Cameroun 19,3 % et le Tchad 12,1 %.
Un chiffre situe la difficulté tchadienne : le taux de souscription moyen aux émissions souveraines de la zone est passé de 60,28 % à 71,75 % en un an. Le marché s’améliore. Ce n’est donc pas une difficulté générale, c’est une difficulté de signature.
Le diagnostic du FMI porte sur la liquidité
Les services du Fonds monétaire international appellent depuis plusieurs mois à développer le marché secondaire des titres publics de la CEMAC, afin de diversifier la base des souscripteurs.
Le point est technique mais décisif. Sur un marché sans profondeur secondaire, un investisseur qui achète un titre sait qu’il ne pourra pas le revendre avant l’échéance. Cette illiquidité renchérit le taux exigé et limite le nombre d’acheteurs — essentiellement les banques commerciales de la zone, dont les bilans sont déjà chargés en dette souveraine.
Les Spécialistes en valeurs du Trésor, principaux intermédiaires du marché, représentaient environ 22,3 % des souscriptions début 2026. Le problème n’est pas propre à la dette : l’épargne africaine circule mal d’un marché à l’autre, faute d’infrastructures de compensation.
Le contraste avec l’UEMOA
La comparaison avec l’autre zone franc n’est pas à l’avantage de l’Afrique centrale.
Le Togo a levé 22 milliards de FCFA le 7 août sur des soumissions de 100 milliards, soit un taux de couverture de 500 %. Le Sénégal, malgré une dette publique révisée à 118,8 % du PIB et vingt-deux mois sans accord avec le FMI, continue de trouver preneur.
Cette abondance ouest-africaine renvoie à une taille de marché et à une profondeur bancaire différentes. Elle rappelle surtout que l’appartenance à une zone monétaire commune ne garantit pas l’accès au financement : la signature de chaque État est évaluée séparément.
Le Cameroun a d’ailleurs étendu à compter de 2026 son exonération d’impôt sur les revenus de capitaux mobiliers aux titres émis par les cinq autres pays de la CEMAC — une mesure destinée à élargir la base d’investisseurs régionaux.
Pour le Tchad, l’enjeu immédiat reste arithmétique. Il lui faut lever 520 milliards sur l’année, à un rythme qui, en août, n’en couvrait que 84 %.








