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Daech Afrique : 23e rapport ONU, le Sahel en première ligne

Rapport de l'ONU sur l'expansion de Daech en Afrique, Sahel et lac Tchad

Le Sahel et le bassin du lac Tchad sont désormais identifiés comme les principaux foyers d’expansion de l’État islamique, et l’ISWAP comme sa filiale la plus active au monde. C’est ce qu’établit le 23ᵉ rapport stratégique du secrétaire général des Nations unies, présenté au Conseil de sécurité le 5 août 2026. Le paradoxe qu’il décrit mérite d’être compris : le commandement central est affaibli, et la menace progresse.

Ce que dit le rapport

Le vingt-troisième rapport stratégique bisannuel du secrétaire général sur la menace posée par l’État islamique en Irak et au Levant a été diffusé aux membres du Conseil de sécurité le 30 juillet 2026, puis présenté en séance le mercredi 5 août.

Il a été exposé par Oguljeren Niyazberdiyeva, du Bureau des Nations unies de lutte contre le terrorisme (UNOCT), au nom du chef par intérim de l’institution, Alexandre Zouev.

Le message est sans ambiguïté : malgré les opérations conduites contre ses structures et ses dirigeants, Daech demeure une menace sérieuse pour la paix et la sécurité internationales. Et son centre de gravité continue de se déplacer vers l’Afrique.

L’ISWAP, filiale la plus active du groupe

La Province de l’État islamique en Afrique de l’Ouest — l’ISWAP, active autour du bassin du lac Tchad — est décrite comme la branche la plus active de l’organisation dans le monde. Pas la plus nombreuse, ni la plus médiatisée : la plus active, c’est-à-dire celle qui conduit le plus d’opérations.

C’est un renversement par rapport à la décennie précédente, où les théâtres irakien et syrien concentraient l’essentiel de l’attention et des moyens. Le déplacement n’est pas seulement géographique : il change la nature du problème posé aux États concernés.

Le paradoxe : un centre affaibli, des branches renforcées

C’est le point le plus important du rapport, et le plus contre-intuitif. Les frappes contre le commandement central de l’organisation ont produit leur effet : la structure faîtière est affaiblie.

Mais cet affaiblissement n’a pas réduit la menace — il l’a redistribuée. Les branches régionales sont devenues plus autonomes, plus adaptables, moins dépendantes d’une chaîne de commandement lointaine. Une organisation décentralisée est plus difficile à décapiter : il n’y a plus de tête unique à viser.

Cela signifie qu’un indicateur longtemps considéré comme un succès — l’élimination de cadres dirigeants — ne dit plus grand-chose de l’évolution réelle de la menace sur le terrain africain.

Ce que le groupe exploite

Le rapport identifie quatre prises sur lesquelles les branches africaines s’appuient : les faiblesses institutionnelles, les conflits prolongés, les difficultés économiques et les technologies grand public.

Les trois premières décrivent un terrain. Là où l’État est absent ou contesté, où un conflit dure depuis des années, où l’économie n’offre pas de perspective, un groupe armé qui propose une solde, une protection ou un ordre trouve des recrues. Ce n’est pas propre à Daech — c’est le mécanisme de toute insurrection durable.

La quatrième est plus récente et plus spécifique. Messageries chiffrées, drones civils, cryptomonnaies, réseaux sociaux : des outils accessibles à tous permettent aujourd’hui à des groupes modestes des capacités de coordination, de propagande et de financement qui exigeaient hier un appareil d’État. La barrière technologique s’est effondrée.

Ce que cela implique pour les États africains

Le constat déplace la question. Si la menace se recompose localement plutôt qu’elle ne s’importe, alors les réponses purement militaires et purement extérieures atteignent leur limite.

Un rapport onusien ne prescrit pas de politique. Mais celui-ci pose implicitement trois exigences : traiter les conditions locales qui rendent le recrutement possible, coordonner à l’échelle des bassins — le lac Tchad ne connaît pas les frontières —, et considérer l’accès aux technologies grand public comme un paramètre de sécurité à part entière.

Aucune n’est simple. Toutes supposent des moyens que les États les plus exposés sont précisément ceux qui en ont le moins. Les rapports du secrétaire général sont publiés par les Nations unies.

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