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Tchad : 2 ans de programme évalués, rien de publié

Rapport biennal du programme présidentiel remis au Premier ministre du Tchad

Le Tchad vient d’évaluer les deux premières années du programme présidentiel : 12 chantiers, 100 actions prioritaires, un rapport biennal remis le 7 août 2026 au Premier ministre. L’exercice est inédit dans le pays. Mais aucun taux d’exécution n’a été rendu public — et sans les chiffres, le rapport reste invérifiable.

Ce qui a été remis, et par qui

Le jeudi 7 août 2026, le Premier ministre Allamaye Halina a reçu à la Primature le rapport biennal de mise en œuvre de l’action gouvernementale, dans le cadre du programme politique du chef de l’État Mahamat Idriss Déby Itno.

Le document couvre les deux premières années du quinquennat 2024-2029, soit la période de mai 2024 à mai 2026, structurée autour de 12 chantiers et 100 actions prioritaires.

La remise clôt un processus administratif de plusieurs mois. Un atelier de validation technique s’était ouvert le 2 juin 2026 à N’Djamena, lancé par la ministre secrétaire générale du gouvernement, Ramatou Mahamat Houtouin. Prévus jusqu’au 5 juin, les travaux ont été prolongés, puis repris dans une seconde phase achevée le 24 juin, consacrée à l’examen, à l’harmonisation et à la validation des données consolidées transmises par les ministères.

Le programme présidentiel du Tchad, mesuré pour la première fois

L’exercice touche une faiblesse récurrente de nombreuses administrations : l’écart entre ce qui est programmé et ce qui est évalué. Annoncer un plan est courant ; mesurer publiquement son exécution deux ans plus tard l’est beaucoup moins.

Passer de l’annonce politique à la mesure suppose trois choses. Des objectifs chiffrés fixés au départ, sans quoi il n’y a rien à comparer. Des données remontées par chaque ministère selon une même grille, sans quoi les chiffres ne s’additionnent pas. Et une consolidation contradictoire, sans quoi chacun note sa propre copie.

Les deux phases de l’atelier de N’Djamena, et surtout leur prolongation, suggèrent que l’harmonisation des données a demandé plus de travail que prévu. C’est plutôt bon signe : un exercice qui se termine dans les délais annoncés est souvent un exercice qui n’a rien confronté.

Le problème : rien n’est publiable en l’état

C’est ici que l’exercice bute. À ce jour, ni le rapport complet, ni ses indicateurs, ni les objectifs fixés en 2024, ni les taux d’exécution atteints en 2026 ne sont accessibles.

Pour un observateur extérieur — journaliste, chercheur, bailleur, citoyen — il est donc impossible de mesurer l’écart entre les engagements et les réalisations. On sait qu’une évaluation a eu lieu. On ne sait pas ce qu’elle dit.

Cette réserve n’est pas un procès d’intention. Un rapport peut être remis avant d’être publié, et une publication peut suivre. Mais tant qu’elle n’a pas lieu, l’exercice reste une auto-évaluation dont le contenu n’est connu que de son auteur — ce qui est précisément la situation que l’évaluation était censée corriger.

Trois questions qui trancheront

Le rapport sera-t-il publié intégralement ? Un résumé de communication et un document d’évaluation ne sont pas la même chose. C’est le premier test.

Les objectifs de 2024 seront-ils rappelés à côté des résultats de 2026 ? Un taux d’exécution n’a de sens que rapporté à une cible fixée à l’avance. Publier les seuls résultats permettrait de qualifier n’importe quel niveau de réalisation de succès.

Y aura-t-il un regard extérieur ? Une auto-évaluation gouvernementale a une valeur documentaire, pas une valeur de contrôle. Cour des comptes, parlement, société civile ou partenaires techniques : l’existence d’un tiers change la nature de l’exercice. La question dépasse le Tchad, comme le montrent les leviers identifiés pour sortir de la crise en Afrique centrale.

Ce que cela dit au-delà du Tchad

La redevabilité gouvernementale se mesure rarement au nombre de rapports produits. Elle se mesure à ce qui est rendu public, à la possibilité de comparer une promesse à un résultat, et à l’existence d’un acteur capable de contester le chiffre.

Le Tchad a franchi la première étape, celle de la méthode. Le pays n’en est pas à son premier débat institutionnel : un texte avait déjà tenté de porter le mandat présidentiel de cinq à sept ans. Les deux autres restent devant lui. D’ici là, le plus honnête est de dire ce que l’on sait : un rapport existe, il a été remis, et son contenu n’est pas connu.

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