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Ebola en RDC : des cartes pour devancer le virus, 828 morts

Virion du virus Ebola, épidémie cartographiée en RDC

Des chercheurs et spécialistes de la mobilité construisent des cartes permettant de repérer les zones de santé où le virus Ebola de type Bundibugyo pourrait être introduit ou se propager durablement. Ces modèles ne prédisent pas l’avenir avec certitude, mais peuvent aider la RDC à déplacer les équipes, les laboratoires et la surveillance avant l’apparition de nouveaux foyers.

Dans une épidémie, quelques jours peuvent séparer un cas isolé d’une chaîne de transmission difficile à contrôler. En République démocratique du Congo, des équipes de recherche tentent désormais d’utiliser les données disponibles pour identifier non seulement les zones déjà touchées par Ebola, mais aussi celles qui pourraient l’être ensuite.

Une étude publiée en prépublication en juin évalue, pour les différentes zones de santé du pays, deux risques distincts : l’introduction du virus et sa capacité à provoquer une transmission durable après son arrivée. En parallèle, l’organisation Flowminder a analysé des données de mobilité anonymisées de Vodacom Congo afin de cartographier les déplacements depuis les principaux foyers de l’Ituri et du Nord-Kivu.

Ces travaux interviennent alors que l’épidémie de maladie à virus Bundibugyo continue de s’étendre. Selon l’Organisation mondiale de la santé, 2 124 cas confirmés et 828 décès avaient été enregistrés en RDC au 15 juillet 2026, soit une létalité apparente de 39 %. Quarante-six zones de santé réparties dans cinq provinces avaient signalé au moins un cas. L’Ituri concentrait près de 90 % des infections confirmées.

Ces chiffres ont une date de coupure précise et évoluent rapidement. Ils montrent toutefois pourquoi les autorités ne peuvent plus se limiter à suivre les malades déjà identifiés.

Suivre les routes humaines plutôt que les frontières administratives

Un virus ne se déplace pas selon les limites provinciales. Il suit les routes, les marchés, les sites miniers, les déplacements familiaux, les transferts de patients et les mouvements liés à l’insécurité. L’analyse de Flowminder part de ce principe. Elle observe, de manière agrégée et anonymisée, les mouvements d’abonnés présents dans les zones les plus affectées, puis mesure les territoires où ils ont séjourné au cours des semaines suivantes.

Depuis les foyers de Bunia, Mongbwalu, Nyankunde et Rwampara, les destinations les mieux classées se situent d’abord en Ituri : Lita, Nizi, Bambu, Tchomia, Kilo, Gety, Damas, Komanda et Drodro. Hors de la province, les flux les plus significatifs conduisent notamment vers Katwa, Butembo et Beni au Nord-Kivu, Watsa dans le Haut-Uele et la zone de Makiso à Kisangani, dans la Tshopo.

Pour les départs depuis Beni, Butembo et Katwa, les principales destinations restent dans le Nord-Kivu, en particulier Musienene, Kalunguta, Oicha, Kyondo et Mabalako. Les connexions vers Watsa et Kisangani méritent également une surveillance renforcée.

Ces classements ne signifient pas qu’un cas apparaîtra nécessairement dans chaque zone citée. Ils indiquent que les contacts humains avec les foyers sont suffisamment importants pour justifier une vigilance accrue. Flowminder insiste elle-même sur cette limite : les cartes doivent être interprétées avec la connaissance du terrain et non comme une mesure mécanique du risque.

Choisir où envoyer les équipes avant l’alerte

L’intérêt opérationnel est immédiat. Lorsqu’un territoire est classé prioritaire, les autorités peuvent y renforcer la détection des symptômes, prépositionner des tests, former les soignants, vérifier les circuits d’isolement et engager les chefs communautaires avant la confirmation d’un premier cas. Dans les zones éloignées des laboratoires, ce gain de temps peut empêcher qu’un malade traverse plusieurs structures de soins sans diagnostic.

Le modèle scientifique ajoute une autre dimension. Une zone peut recevoir beaucoup de voyageurs sans nécessairement permettre une propagation durable. À l’inverse, un territoire moins connecté peut devenir dangereux si son système de santé est fragile, si la population est dense ou mobile, si les enterrements ne sont pas sécurisés et si la détection intervient tardivement. Il faut donc croiser la probabilité d’importation avec la capacité locale du virus à circuler.

L’épidémie actuelle se développe dans un environnement particulièrement défavorable. Les conflits limitent l’accès des équipes, les déplacements de population sont nombreux et certaines communautés ont peu accès aux services de santé. Au 15 juillet, l’OMS recensait 119 infections et 36 décès parmi les personnels de santé. Ces contaminations affaiblissent les structures au moment même où elles sont les plus sollicitées.

La technologie ne remplace pas la confiance

L’utilisation de données téléphoniques soulève nécessairement la question de la vie privée. Les analyses publiées par Flowminder sont réalisées à partir de données anonymisées et agrégées : elles ne doivent pas permettre de suivre une personne particulière. Cette garantie est essentielle dans un contexte où la surveillance sanitaire peut être perçue comme une surveillance de la population.

La cartographie ne remplace pas non plus les relais communautaires. Un modèle peut indiquer qu’une zone est exposée, mais il ne peut convaincre une famille de signaler rapidement un malade, organiser un enterrement digne et sûr ou restaurer la confiance après une intervention contestée. Les cartes orientent les moyens ; les communautés déterminent en grande partie leur efficacité.

Enfin, ces travaux sont encore susceptibles d’être révisés. Une prépublication scientifique n’a pas encore achevé l’ensemble du processus d’évaluation par les pairs. Les données de mobilité reflètent une période donnée et les comportements changent avec les routes coupées, les combats, les marchés ou les mesures sanitaires.

Leur utilité tient précisément à leur caractère évolutif. Plutôt que d’attendre que la carte des cas confirmés s’étende, la RDC peut construire une carte des risques et adapter la réponse chaque semaine. Face à Ebola, prévoir ne signifie pas annoncer où le virus frappera. Cela signifie décider où regarder avant qu’il ne soit trop tard.

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