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Thandika Mkandawire : biographie, parcours et pensée économique

Thandika Mkandawire (10 octobre 1940 – 27 mars 2020) est l’un des économistes du développement les plus influents qu’ait produits le continent africain. Né en Zimbabwe d’un père malawien et d’une mère zimbabwéenne, il a dirigé deux grandes institutions internationales de recherche, forgé des concepts devenus des références dans les débats sur l’Afrique et maintenu, pendant trente ans, un dialogue critique avec les institutions de Bretton Woods depuis son exil forcé en Europe.

Qui est Thandika Mkandawire ?

Thandika Mkandawire est un économiste et chercheur en sciences sociales spécialisé dans le développement africain. Membre fondateur du Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA), dont il a assuré la direction exécutive pendant une décennie, il a ensuite dirigé l’Institut de recherche des Nations Unies pour le développement social (UNRISD) à Genève pendant onze ans, avant d’occuper la chaire d’African Development à la London School of Economics (LSE) — un poste créé spécialement pour lui en 2010.

Son œuvre se distingue par une double ambition : déconstruire les récits dominants sur les échecs économiques africains, produits selon lui par des institutions extérieures au continent, et proposer des alternatives théoriques fondées sur l’histoire comparée du développement.

D’où vient-il et quel a été son exil ?

Mkandawire naît le 10 octobre 1940 en Zimbabwe, mais passe son enfance en Zambie, dans la région minière du Copperbelt, avant de s’installer au Malawi à l’adolescence. Engagé dans la lutte pour l’indépendance de ce pays, il milite d’abord dans la rue, puis par le journalisme.

En 1965, alors qu’il se trouve en Équateur, le gouvernement du dictateur malawien Kamuzu Banda — régime pro-apartheid — lui révoque son passeport. Il est déclaré *persona non grata* dans son propre pays. Contraint à l’exil, il obtient l’asile politique puis la nationalité suédoise. Il ne retournera au Malawi qu’en 1994, après trente ans d’absence. Cet exil ne l’éloigne pas du continent : il structure au contraire sa carrière autour d’institutions panafricaines ou onusiennes travaillant sur l’Afrique.

Quelle est sa formation ?

Mkandawire est titulaire d’un Bachelor of Arts et d’un Master of Arts en économie de l’Ohio State University, aux États-Unis. Il obtient également un DLit (Doctorat ès Lettres) en économie à la Rhodes University, en Afrique du Sud, et a étudié à l’université de Stockholm, en Suède. Trois universités lui ont décerné des doctorats honorifiques : l’université d’Helsinki (Finlande), l’université du Ghana et l’université York (Canada).

Quel est son parcours institutionnel ?

La carrière de Mkandawire est jalonnée de postes de direction dans des institutions de recherche à vocation continentale ou internationale.

Il enseigne d’abord dans les universités de Stockholm et du Zimbabwe. En 1982, il est associé au Zimbabwe Institute of Development Studies à Harare, institution dont il est l’un des membres fondateurs. C’est à partir de 1986 et jusqu’en 1996 qu’il occupe le poste de secrétaire exécutif du CODESRIA à Dakar, contribuant à faire de cette organisation le principal réseau de sciences sociales du continent africain.

Entre 1996 et 1998, il est chercheur senior au Centre for Development Research de Copenhague. De 1998 à 2009, il dirige l’UNRISD à Genève, où il impulse des travaux sur les politiques sociales et les alternatives aux modèles d’ajustement structurel. En 2010, il est nommé premier titulaire de la Chair in African Development à la LSE, poste nouvellement créé. Il termine sa carrière comme Olof Palme Professor for Peace à l’Institut suédois pour les études futures à Stockholm.

Quels concepts a-t-il introduits dans le débat sur le développement ?

Mkandawire est l’auteur de plusieurs contributions théoriques qui ont marqué la littérature sur le développement africain.

Les « choiceless democracies » — ou démocraties sans choix — est sans doute le concept qui lui est le plus associé. Il désigne des régimes démocratiques formellement élus, mais privés de toute marge programmatique réelle par des politiques économiques imposées de l’extérieur, notamment par le FMI et la Banque mondiale. La démocratie y existe comme procédure, mais non comme capacité de choix.

Sa critique de l’ajustement structurel s’articule autour d’un argument structurel : les difficultés économiques africaines tiennent en grande partie à la dépendance des économies du continent aux fluctuations des prix des matières premières sur les marchés mondiaux, et non uniquement, comme l’affirmaient les institutions de Bretton Woods, à la mauvaise gouvernance interne.

Sa défense de l’universalisme dans les politiques sociales s’oppose au ciblage étroit des pauvres prôné par ces mêmes institutions. Pour Mkandawire, des systèmes de protection sociale universels ne sont pas un luxe : ils sont des vecteurs de productivité économique et de cohésion sociale.

Sa théorie de l’État développeur en Afrique, formulée notamment dans l’article de référence *Thinking about development states in Africa*, définit l’État développeur comme « un État dont les soubassements idéologiques sont développementaux et qui tente sérieusement de mobiliser ses ressources administratives et politiques au service du développement économique ».

Sa posture de contre-expertise : répondre à ce qui se dit sur l’Afrique

Au-delà de ses travaux théoriques, Mkandawire a adopté une posture intellectuelle explicitement défensive vis-à-vis de la production académique internationale sur l’Afrique. Il l’a formulé lui-même sans détour : *« You can say crap about Africa and you know there will be no response. I have taken it upon myself that, as long as I live, I will review what has been written about Africa and respond. »*

Cette démarche systématique de revue critique — contester les données, les hypothèses et les conclusions des rapports produits par les institutions financières internationales ou par des chercheurs extérieurs au continent — constitue un fil conducteur de l’ensemble de sa production. Elle explique l’ampleur de sa bibliographie, qui couvre l’ajustement structurel, la gouvernance, les États développeurs, les intellectuels africains et la politique sociale, et dans laquelle on trouve notamment *Social Policy in a Development Context* (Palgrave Macmillan, 2004) et *African Intellectuals: Rethinking Politics, Language, Gender and Development* (Zed Books, 2005).

Questions fréquentes

Quand et où Thandika Mkandawire est-il né ? Il est né le 10 octobre 1940 en Zimbabwe, d’un père malawien et d’une mère zimbabwéenne.

Quand est-il décédé ? Thandika Mkandawire est décédé le 27 mars 2020 à Stockholm, en Suède, à l’âge de 79 ans, à la suite d’un AVC survenu en janvier 2020.

Qu’est-ce qu’une « choiceless democracy » selon Mkandawire ? C’est un régime démocratiquement élu mais contraint par des politiques économiques imposées de l’extérieur, qui lui ôtent toute capacité réelle de choix programmatique.

Quelle institution a-t-il dirigée le plus longtemps ? Il a dirigé l’UNRISD (Institut de recherche des Nations Unies pour le développement social) à Genève de 1998 à 2009, soit onze ans.

Pourquoi a-t-il été exilé du Malawi ? En 1965, le gouvernement du dictateur Kamuzu Banda lui a révoqué son passeport alors qu’il se trouvait à l’étranger, en raison de son engagement dans la lutte pour l’indépendance. Il n’est rentré au Malawi qu’en 1994, trente ans plus tard.

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