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Xénophobie : 160 000 étrangers ont fui l’Afrique du Sud

Xénophobie : 160 000 étrangers ont fui l'Afrique du Sud

Le 23 juillet 2026, en marge du sommet extraordinaire de l’Union africaine à Accra, le président ghanéen John Dramani Mahama a obtenu que l’organisation continentale se saisisse de la recrudescence des attaques visant les ressortissants étrangers en Afrique du Sud. Le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a reconnu l’urgence d’inscrire le sujet à l’ordre du jour du prochain sommet, en février 2027. Le déclencheur est un chiffre : plus de 160 000 étrangers ont quitté le territoire sud-africain depuis la mi-mai.

Le chiffre qui a fait bouger l’Union africaine

Il faut mesurer ce que représente ce nombre, compilé par l’AFP à partir des données de différents gouvernements : plus de 160 000 départs en deux mois. Il ne s’agit plus d’incidents localisés, mais d’un mouvement de population qui met à rude épreuve les relations de Pretoria avec l’ensemble des gouvernements africains. C’est cette bascule quantitative qui explique le changement de posture de l’UA : le Ghana avait déjà saisi l’organisation en mai, sans résultat.

La pression porte désormais un nom, celui de Bashiru Isak, commerçant ghanéen de 40 ans et père de trois enfants, abattu le 30 juin à Khayelitsha, près du Cap, pendant une séquence de mobilisations anti-immigrés. Son corps a été rapatrié le 14 juillet ; faute d’avoir obtenu le rapport d’autopsie sud-africain, sa famille a fait pratiquer un examen indépendant. Une famille attend de savoir si la justice sud-africaine considérera cette mort comme un crime à poursuivre.

D’une crise bilatérale à un dossier continental

Le Ghana n’est plus seul. Le 18 juillet, Accra et Abuja ont publié un communiqué conjoint condamnant « toutes les formes de xénophobie, d’afrophobie, d’intolérance et de violence » contre les ressortissants africains. Le choix du terme « afrophobie » n’est pas anodin : il ne s’agit pas d’une hostilité générale envers les étrangers, mais d’une violence dirigée contre des Africains par des Africains — ce qui touche au fondement du projet continental. Deux ressortissants ghanéens ont par ailleurs saisi la Cour pénale internationale, démarche que Pretoria a qualifiée d’« opportuniste » et qui a surtout une valeur de signal.

Pretoria défend sa souveraineté, Accra réclame des comptes

La bataille est aussi une bataille de qualification. Le gouvernement sud-africain rejette l’idée d’une campagne organisée, reconnaît des « confrontations sporadiques » et invoque sa Constitution et ses tribunaux. La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples parle, elle, d’un « schéma ancien » : plus de 60 morts, 1 700 blessés et environ 100 000 déplacés lors des attaques de 2008, puis de nouvelles vagues en 2015, 2019 et récemment autour de mouvements comme Operation Dudula.

Le chiffre officiel de la migration fragilise le récit d’une submersion : selon le recensement de 2022, l’Afrique du Sud comptait un peu plus de 2,4 millions de migrants internationaux, soit moins de 4 % de la population, en majorité originaires de la région australe. Cela n’efface ni la pression sur l’emploi ni la crise des services municipaux, mais montre que les étrangers sont souvent transformés en explication commode d’échecs dont ils ne détiennent ni les budgets ni les administrations. Quand une boutique brûle, le propriétaire perd son capital et le quartier un fournisseur : la violence prétend rendre l’économie aux nationaux, mais détruit d’abord l’économie de proximité.

Ce que l’inscription à l’ordre du jour change, et ne change pas

Il ne faut pas surestimer la portée d’une mise à l’agenda. L’Union africaine ne dispose d’aucun mécanisme de sanction contre un État membre pour des violences commises sur son sol par des acteurs non étatiques ; son protocole sur la libre circulation, adopté en 2018, n’était ratifié que par quatre États à la mi-2026 ; et l’Afrique du Sud est l’une des principales contributrices au budget de l’organisation. La contradiction est frontale : le continent célèbre la ZLECAf et la mobilité des capitaux tout en maintenant la circulation des personnes dans un espace de suspicion.

Ce que l’inscription produit est d’un autre ordre : une obligation de comparution politique. Pretoria devra exposer sa position devant ses pairs et ne pourra plus traiter la question comme une affaire strictement intérieure. Reste que les condamnations resteront des gestes sans conséquence si le Ghana n’impose pas trois exigences mesurables : des enquêtes avec calendrier public, un suivi continental des poursuites et des mécanismes d’indemnisation pour les victimes. Sept mois séparent Accra du sommet de février 2027 : c’est le temps dont dispose l’UA pour préparer autre chose qu’un débat de séance. Pour la diaspora qui circule sur le continent, l’enjeu touche à la promesse la plus concrète du panafricanisme — vivre ailleurs en Afrique sans être menacé pour son origine.

Sources : AFP ; Anadolu ; France 24 ; Africanews ; Amnesty International ; Commission africaine des droits de l’homme et des peuples ; Statistics South Africa ; compte X du président John Dramani Mahama. Notre Afrik suit ce dossier depuis le début.

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