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Dette africaine : 31 % des recettes engloutis en intérêts

Dette africaine : 31 % des recettes engloutis en intérêts

La Confédération syndicale internationale – Région Afrique (CSI-Afrique) et ses affiliés ivoiriens ont lancé le 24 juillet à Abidjan un plaidoyer contre la corruption, les flux financiers illicites et l’opacité de la dette publique. L’inflexion est nette : le mouvement syndical ne demande plus seulement des comptes, il revendique une compétence technique et un droit de suivi sur la dette souveraine. En toile de fond, un chiffre : en 2024, le service de la dette a englouti 31 % des recettes publiques africaines.

Du slogan au dossier technique

Réunis au siège de la Centrale Humanisme, les responsables relient trois mécanismes financiers — fausse facturation, blanchiment, transferts abusifs de bénéfices — à leurs conséquences sociales immédiates : gel des salaires, pertes d’emplois, sous-financement des services publics. « Chaque franc préservé de la fuite de ressources peut contribuer aux emplois décents et à la protection sociale », résume Mamadou Soro, secrétaire général de Humanisme et vice-président de la CSI-Afrique. Le positionnement tranche avec les campagnes d’annulation pure : les syndicats ne condamnent pas l’endettement en soi, mais l’opacité de son affectation et l’asymétrie des marchés — à notation équivalente, les États africains empruntent plus cher, la fameuse « prime de risque africaine ».

La dette est contractée au sommet, remboursée à la base

La pression n’a rien d’abstrait. Selon la Banque africaine de développement, le service de la dette extérieure a absorbé en moyenne 31 % des recettes publiques africaines en 2024 ; entre 2022 et 2024, le continent a consacré environ 87 milliards de dollars aux seuls intérêts. Dans 25 des 51 pays documentés, les paiements d’intérêts ont dépassé les dépenses de santé entre 2021 et 2023. Chaque échéance payée rogne la marge disponible pour les écoles, les hôpitaux et les salaires publics. La BAD estime par ailleurs à 41 % le déficit moyen d’efficacité de l’investissement public : un emprunt peut être comptablement soutenable tout en étant politiquement indéfendable s’il finance un projet surfacturé ou sans impact — la dette devient alors un mécanisme de transfert, où les générations suivantes remboursent ce que d’autres ont capté.

Entrer dans la salle où se décident les emprunts

Le document de position de la CSI-Afrique — qui revendique 18 millions de travailleurs dans 52 pays — ne réclame pas seulement des restructurations : il demande la publication des accords de prêt, l’autorisation parlementaire préalable, des audits annuels, des tableaux comparant le service de la dette aux dépenses sociales, et une participation syndicale au suivi. La revendication dérange, car les gouvernements considèrent la politique d’endettement comme un domaine réservé aux Finances, aux banques centrales et aux bailleurs. Or la dette détermine précisément les marges de la négociation sociale : demander aux travailleurs de modérer leurs revendications au nom de contraintes budgétaires tout en leur refusant l’accès aux contrats qui ont créé ces contraintes, c’est organiser une responsabilité sans pouvoir.

Le test viendra des données

L’annonce la plus concrète tient en une phrase : la CSI-Afrique s’engage à construire une veille citoyenne et syndicale sur la dette, en s’associant au Solidarity Center américain pour peser aussi dans les juridictions où transitent les capitaux. Le mouvement dispose d’un atout rare : une présence dans les administrations, les régies financières et les entreprises publiques — donc un accès de terrain à l’information. C’est aussi ce qui rend l’exercice délicat, car la transparence suppose l’accès aux contrats d’emprunt, aux garanties souveraines et aux dettes des entreprises publiques, les zones les plus opaques des comptes publics. Le lieu n’est pas neutre : Abidjan est capitale politique, place financière régionale et siège de la BAD, au moment où la Côte d’Ivoire cherche à financer son Plan national 2026-2030. Le test ne sera pas le nombre de déclarations, mais la capacité des centrales à obtenir des informations exploitables sur les emprunts et les engagements hors budget.

Sources : Agence de Presse Africaine (Abidjan, 24 juillet 2026) ; document de position CSI-Afrique sur la dette ; Banque africaine de développement (discours de Kevin C. Urama, 7 juillet 2026) ; CNUCED, Soutenabilité de la dette 2025.

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