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Tourisme : la Côte d’Ivoire mise sur 8,7 % de son PIB

Le Plateau d'Abidjan de nuit, vitrine du tourisme en Côte d'Ivoire, erige en instrument de soft power

Le tourisme contribue désormais à hauteur de 8,7 % au produit intérieur brut (PIB) ivoirien, a rappelé le 21 juillet 2026 Christian Bohouman, directeur de la communication au ministère du Tourisme et des Loisirs, lors de la tribune « Tout savoir sur » du Centre d’information et de communication gouvernementale. Derrière le chiffre, une doctrine assumée : la Côte d’Ivoire érige la « diplomatie touristique » en instrument de rayonnement, avec l’ambition de figurer parmi les cinq premières destinations africaines d’ici 2030.

Des résultats qui valident « Sublime Côte d’Ivoire »

Lancée en 2019, la stratégie nationale « Sublime Côte d’Ivoire » affiche des résultats tangibles. Le pays revendique près de 6,7 millions de visiteurs, plus de 1 100 milliards de FCFA de recettes et 675 000 emplois directs et indirects. Le tourisme interne a bondi de 72 % en 2024. Selon l’Indice de développement du voyage et du tourisme du Forum économique mondial, la Côte d’Ivoire est même la deuxième économie mondiale ayant le plus progressé depuis 2019, derrière l’Ouzbékistan — une performance qui, dans un pays longtemps identifié au seul cacao, valide le pari de la diversification.

La diplomatie touristique, une doctrine explicite

C’est la formulation qui retient l’attention. La diplomatie touristique « ne se mesure pas uniquement au nombre de visiteurs accueillis », explique Christian Bohouman, « mais à la qualité des partenariats conclus, aux investissements attirés, à la confiance que nous inspirons et à la place que notre pays occupe dans l’imaginaire des voyageurs ». Le tourisme n’est plus traité comme un secteur parmi d’autres, mais comme un vecteur d’influence, au même titre que la diplomatie économique ou culturelle.

La doctrine se traduit par un dispositif concret : onze bureaux du tourisme implantés sur des marchés prioritaires — Maroc, Afrique du Sud, Nigeria, France, Italie, Espagne, États-Unis, Canada, Brésil, Chine et Qatar. Une cartographie qui vise à capter à la fois le tourisme intra-africain, en forte croissance, et les marchés émetteurs traditionnels.

Tourisme et Côte d’Ivoire : ce que 8,7 % dit — et ne dit pas

Une précision méthodologique s’impose. Ce type d’indicateur inclut généralement les effets indirects et induits — transport, restauration, artisanat, construction hôtelière — et non la seule valeur ajoutée directe. Le chiffre mesure donc l’empreinte économique élargie du secteur plus que son poids strict.

La prudence est d’autant plus justifiée que le récit chiffré a varié : une communication de novembre 2025 évoquait 6,5 % du PIB et 560 000 emplois, avant 8,6 %, puis 8,7 % en juillet 2026. Ces écarts peuvent tenir à des périmètres différents, mais ils montrent que le récit officiel avance plus vite que son explication méthodologique. Or la puissance d’une politique publique tient aussi à la confiance accordée à ses chiffres. Dans l’indice 2024 du Forum économique mondial, la Côte d’Ivoire progressait fortement mais n’occupait encore que le 114e rang mondial.

Qui profite réellement du soft power touristique ?

La question centrale est celle de la distribution. Le tourisme peut créer des emplois et donner une visibilité aux entrepreneurs locaux, mais sans mécanismes de contrôle, une part de la valeur peut rester concentrée entre groupes hôteliers, promoteurs et opérateurs d’Abidjan. La montée en gamme de l’offre hors de la capitale, l’aménagement de Grand-Bassam et San-Pédro, la formation et la connectivité aérienne restent des chantiers ouverts.

S’y ajoute une variable que le soft power ne maîtrise pas : la perception sécuritaire régionale, alors que la pression djihadiste progresse depuis le Sahel vers les frontières nord des pays côtiers. Le tourisme est l’un des secteurs les plus sensibles à l’image — c’est ce qui en fait un instrument d’influence, et sa vulnérabilité. La volonté politique est manifeste ; sa traduction sur l’ensemble du territoire reste le véritable test.

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