Âgé de 47 ans, Oumar Cissé a travaillé durant près d’une décennie comme guide touristique à Djenné, ville historique du centre du Mali classée au patrimoine mondial de l’Unesco, avant d’être contraint, avec le déclin du secteur, de se reconvertir en mécanicien.
«Sous mes ongles, il n’y a plus la terre sacrée de Djenné, mais de l’huile de moteur», confie avec amertume Oumar Cissé. Pendant près de dix ans, cet homme de 47 ans a exercé comme guide touristique dans la cité historique de Djenné, joyau du centre du Mali classé au patrimoine mondial de l’Unesco, réputé pour sa monumentale mosquée en banco, la plus vaste construction en terre crue au monde.
La détérioration progressive de la situation sécuritaire dans la région a contraint Oumar Cissé à tourner le dos au tourisme. Aujourd’hui, il gagne sa vie comme conducteur de moto-taxi dans les rues de Bamako, loin de l’argile et des traditions de sa ville natale. Une activité qu’il exerce, dit-il, pour subvenir aux besoins de ses enfants, tout en espérant qu’ils se souviendront «que leur père était un guide, un homme de culture».
La fierté d’un passeur de mémoire
Oumar se remémore avec émotion son ancien métier. «Je pouvais parler pendant des heures de l’histoire des grandes familles, des minarets, ou encore expliquer pourquoi le banco résiste à la pluie», raconte-t-il. Face à lui, des visiteurs fascinés prenaient des notes, les yeux grands ouverts. «À ce moment-là, j’avais le sentiment d’avoir une vraie valeur», se souvient-il.

Depuis 2012, le Mali est plongé dans une crise profonde, marquée par les violences de groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda ou à l’État islamique, mais aussi par des rébellions armées et des réseaux criminels. À cela s’ajoutent deux coups d’État militaires en 2020 et 2021, accusés par leurs détracteurs de restreindre l’espace civique et de museler les voix critiques, aggravant encore l’isolement du pays.
Un patrimoine exceptionnel déserté
Doté de quatre sites inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco et de neuf éléments reconnus comme patrimoine culturel immatériel, le Mali fut longtemps une destination phare du tourisme culturel en Afrique de l’Ouest. Tombouctou, le tombeau des Askia à Gao, les falaises du pays dogon et leurs habitats troglodytes, ou encore la traversée spectaculaire des troupeaux dans le delta intérieur du Niger, à Diafarabé et Dialoubé, sont privés de visiteurs étrangers depuis près de quinze ans.
«Les touristes occidentaux venaient découvrir Tombouctou et les dunes. Des princes du Golfe venaient chasser l’outarde avec des guides locaux. Aujourd’hui, tout cela a disparu», déplore Sidy Kéïta, directeur de Mali Tourisme, l’agence nationale de promotion du secteur. Selon cette structure, la crise a entraîné la fermeture de nombreux établissements, la destruction de certains sites et la mise au chômage de nombreux travailleurs du tourisme.

Hôtels fermés et recettes en chute libre
Du centre du pays jusqu’aux régions septentrionales, de nombreux hôtels ont cessé leurs activités faute de clientèle, laissant leurs promoteurs lourdement endettés, explique un membre de l’Association malienne des hôteliers. «Depuis 2019, les recettes touristiques ne figurent plus dans nos tableaux», reconnaît un agent de la direction nationale du Tourisme et de l’Hôtellerie.
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Aux meilleures années, entre 200 000 et 300 000 visiteurs étrangers se rendaient au Mali, générant environ 183 millions d’euros par an. La contribution du tourisme au produit intérieur brut est ainsi passée de près de 3 % à seulement 1 %, regrettait en juillet dernier le ministre du Tourisme, Mamou Daffé.
Le pari du tourisme domestique
Face à l’absence prolongée des visiteurs étrangers, les autorités tentent désormais de miser sur le tourisme intérieur. Des programmes encouragent fonctionnaires et citoyens à découvrir leur pays à travers des circuits subventionnés, notamment autour de Bamako et dans certaines régions jugées plus accessibles.
Tombouctou, symbole d’un frémissement
En décembre 2025, pour la première fois depuis plus de dix ans, des touristes étrangers ont pu se rendre à Tombouctou à l’occasion de la biennale artistique et culturelle marquant la fin de «l’année de la culture». Des dispositifs de sécurité renforcés avaient été mis en place, avec des escortes policières obligatoires. Cette organisation a permis à des agences locales d’attirer des visiteurs venus d’Europe et même des États-Unis, témoigne Ulf Laessing, directeur du programme Sahel de la Fondation Konrad Adenauer.
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Entre espoir fragile et nouveaux partenaires
La compagnie aérienne privée Sky Mali affirme avoir transporté près de 1 000 passagers vers Tombouctou pour l’événement, malgré les recommandations des chancelleries occidentales classant le pays en zone à haut risque. «L’espoir renaît», se réjouit Sidy Kéïta, évoquant l’arrivée récente d’une centaine de touristes russes, une clientèle nouvelle dans un contexte où le régime militaire malien s’est éloigné de la France pour renforcer son alliance avec la Russie.
Notre Afrik avec AFP








