Le mouvement de contestation a débuté dans le secteur de l’éducation. La santé, l’enseignement supérieur et l’audiovisuel public sont également en grève depuis plusieurs mois. Les revendications diffèrent selon les secteurs et les changements souhaités.
Moins d’un an après son élection, le président gabonais Brice Oligui Nguema fait face à une montée des tensions sociales. Grève prolongée des enseignants, écoles fermées depuis près d’un mois et menaces de débrayage dans plusieurs secteurs publics : le climat social se détériore progressivement, mettant à l’épreuve le nouveau pouvoir.
Les enseignants en première ligne
Le mouvement de contestation a pris naissance dans le secteur de l’éducation. Regroupés depuis début décembre au sein du collectif SOS Éducation, les enseignants dénoncent une situation qu’ils jugent intenable, marquée par des salaires gelés depuis près d’une décennie. La grève s’est rapidement étendue à l’ensemble du pays, paralysant de nombreuses écoles.
Selon le Syndicat de l’Éducation nationale (SENA), le Gabon, pays d’Afrique centrale d’environ 2,5 millions d’habitants, compte au moins 16 000 enseignants. La dernière mobilisation d’ampleur dans le secteur remontait à 2022, à la fin du régime d’Ali Bongo, renversé en août 2023 par le général Oligui Nguema.
Des carrières bloquées depuis dix ans
À l’origine de la colère : le gel des carrières décidé en 2015, qui empêche les enseignants de progresser dans les échelons de la fonction publique. Une situation vécue comme une injustice par de nombreux professionnels. Certains affirment exercer depuis plus de dix ans sans changement de statut, tandis que leurs revenus peinent à suivre l’augmentation du coût de la vie.
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Un instituteur débutant perçoit environ 350 000 francs CFA par mois, un salaire jugé insuffisant dans un contexte où l’inflation moyenne annuelle s’est établie à plus de 2 % ces dernières années.
Un discours officiel conciliant, des tensions persistantes
Du côté des autorités, la présidence reconnaît le caractère légitime des revendications, évoquant les conséquences de longues années de mauvaise gouvernance. Mais cette posture d’apaisement a été fragilisée par l’arrestation, la semaine dernière, de deux figures syndicales du collectif SOS Éducation, avant leur libération quelques jours plus tard. Ces interpellations ont contribué à installer un climat de méfiance, voire de crainte, parmi les enseignants et les parents d’élèves, dont beaucoup hésitent désormais à s’exprimer publiquement.
La contestation s’étend à d’autres secteurs
Au-delà de l’éducation de base, la grogne sociale touche également la santé, l’enseignement supérieur et le secteur de l’audiovisuel public. Les revendications portent principalement sur les rémunérations et la dégradation des conditions de travail.
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Face à la multiplication des menaces de grève, le président Oligui Nguema a engagé des discussions avec les syndicats de la santé et de l’enseignement supérieur. Dans l’audiovisuel public, une grève a récemment perturbé les programmes de la télévision nationale, avant un retour progressif à la normale après des engagements du gouvernement.
Entre espoirs élevés et réalités héritées
Pour les analystes, ces tensions traduisent avant tout l’ampleur des attentes suscitées par le nouveau président. Élu en avril 2025 avec un score écrasant, Brice Oligui Nguema avait promis de redresser le pays et d’améliorer les conditions de vie des Gabonais.
Si les syndicats rappellent que les autorités actuelles héritent d’une situation économique et sociale complexe, ils soulignent également les engagements pris, notamment celui de mettre fin au gel des carrières dans la fonction publique. Autant de promesses désormais scrutées à l’aune des premières décisions du pouvoir, alors que la rue commence à faire entendre sa voix.
Notre Afrik avec AFP