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Vote obligatoire au Gabon : 30 % d’abstention à convaincre

Brice Clotaire Oligui Nguema, qui propose le vote obligatoire au Gabon

Le 15 octobre 2026, lors du premier Conseil des ministres du gouvernement remanié, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a demandé de remettre à plat le fichier électoral, de mettre fin au transport organisé d’électeurs et de rendre le vote obligatoire. Aucun texte n’est encore rédigé. En jeu : un corps électoral de 913 625 inscrits à la présidentielle d’avril 2025, dont près de 30 % ne s’étaient pas déplacés.

Vote obligatoire au Gabon : des orientations, pas encore des textes

Les trois orientations figurent dans le communiqué final du Conseil des ministres, rendu public par le porte-parole du gouvernement, Emmanuel Eyeghe Nze. Elles sont présentées comme une composante de « la moralisation de la vie publique et politique ». Le texte demande de « remettre à plat le fichier électoral », de mettre fin à l’instrumentalisation des populations lors des scrutins, « notamment au transport organisé d’électeurs », et de responsabiliser le citoyen en rendant obligatoire la participation au vote.

Selon les médias gabonais qui ont analysé le communiqué (Gabon Media Time, Gabonreview, Infosgabon), aucun projet de loi, décret ou ordonnance n’accompagne ces annonces, et aucune échéance n’est fixée. Les modalités, sanctions en cas d’abstention, exemptions pour raisons de santé ou d’éloignement, statut du vote blanc, ne sont pas précisées. Le titre « désormais obligatoire » qu’ont employé certains sites est inexact : rien n’est adopté.

L’idée n’est pas nouvelle. Le 23 octobre 2025, après les législatives et les locales, le chef de l’État avait déjà demandé au gouvernement d’étudier le vote obligatoire « sans tabou », selon Gabonreview. Le 15 juin 2026, devant le Parlement réuni en Congrès, il avait évoqué des dispositions légales contre l’abstention et un fichier électoral « plus crédible ». Un obstacle juridique est identifié par Gabonreview : l’article 6 du Code électoral de janvier 2025 dispose que l’exercice du droit de vote est libre. Toute obligation suppose donc de réviser ce texte.

Le fichier électoral, un chantier à plusieurs chiffres

Le Code électoral de 2025 prévoit, en son article 46, la création d’un fichier électoral biométrique national, selon le résumé publié par EcoMatin. Le communiqué du 15 octobre ne chiffre ni le recensement, ni l’équipement, ni le prestataire éventuel. Aucun budget dédié n’apparaît dans les sources consultées, et aucun diagnostic chiffré des anomalies du fichier n’a été rendu public.

Les chiffres disponibles illustrent la difficulté. Pour la présidentielle du 12 avril 2025, l’agence APA rapportait 907 665 inscrits dans les résultats provisoires ; les résultats définitifs de la Cour constitutionnelle, cités par Hespress, faisaient état de 913 625 inscrits et 642 632 votants, soit 70,11 % de participation. Près de 6 000 inscrits d’écart entre deux publications officielles : c’est l’ordre de grandeur des imperfections que le pouvoir dit vouloir corriger.

La participation a ensuite chuté. Pour le second tour des législatives du 11 octobre 2025, Gabon Media Time relevait, faute de chiffres nationaux publiés par le ministère de l’Intérieur, des taux d’environ 15 à 16 % dans le 2e arrondissement de Libreville. C’est cette abstention que le vote obligatoire entend combattre. Le prochain grand rendez-vous est lointain : les scrutins de 2030, selon Africtelegraph et Gabonreview.

Qui paie le déplacement de l’électeur ?

Le transport organisé d’électeurs, décrit par la presse gabonaise comme l’affrètement de bus vers la circonscription d’inscription, a une économie propre : il est financé par des candidats ou des partis, et transforme une dépense privée en influence électorale. Le Code électoral plafonne les dépenses de campagne à 10 milliards de francs CFA par candidat au premier tour de la présidentielle, selon EcoMatin. Le futur dispositif devra distinguer l’organisation d’un déplacement assortie de pressions politiques de l’aide permettant simplement de rejoindre un bureau.

C’est sur ce terrain qu’est venue la première réaction politique. Dans une tribune du 18 octobre 2026 relayée par Gabon Media Time, Ali Akbar Onanga Y’Obegue, présenté comme secrétaire général du Parti démocratique gabonais, ancien parti au pouvoir, conteste le projet. Selon lui, supprimer le transport tout en obligeant à voter ferait peser une charge financière nouvelle sur les citadins inscrits dans leur localité d’origine. Il propose un fichier vérifiable, la reconnaissance du vote blanc, un acheminement public neutre, la procuration simplifiée et le vote à distance. Sa formule : « La participation se mérite. La confiance ne se décrète pas ». Aucune réaction de la société civile n’avait été trouvée au 18 octobre.

Ce que le texte devra trancher

L’Institut international pour la démocratie et l’assistance électorale rappelle que les systèmes de vote obligatoire diffèrent par leurs modalités de contrôle et leurs exemptions, et qu’une hausse de la participation ne permet pas, à elle seule, de conclure à une hausse de la confiance. Pour le Gabon, le texte à venir devra répondre à des situations concrètes : maladie, éloignement, erreur d’inscription, impossibilité matérielle. Il devra aussi dire qui contrôle : le ministère de l’Intérieur organise les élections, l’Autorité de contrôle des élections et du référendum en contrôle le processus, et sa crédibilité est elle-même contestée par l’opposition.

La prochaine étape utile serait la publication d’un projet accompagné de ses règles d’application, d’un calendrier et d’un budget. Les citoyens pourraient alors juger ce qu’on leur demande et ce que l’administration s’engage à rendre possible. C’est dans ces réponses, et non dans le seul nombre de personnes présentes aux urnes, que se dessinera l’équilibre entre l’objectif civique annoncé et les droits effectivement exercés.

Sources

  • Gabonactu, Infosgabon et Gabon Media Time, communiqué final du Conseil des ministres du 15 octobre 2026.
  • Gabonreview, « Moralisation de la vie publique : des annonces aux actes », 16 octobre 2026 ; Gabonreview, 19 juin 2026 et 27 octobre 2025.
  • Gabon Media Time, « Oligui Nguema veut rendre le vote obligatoire », 16 octobre 2026 ; « Ali Akbar Onanga Y’Obegue conteste le projet de vote obligatoire », 18 octobre 2026.
  • Africtelegraph, « Gabon : Oligui Nguéma engage trois réformes du système électoral », 17 octobre 2026.
  • APA News, 18 avril 2025 ; Hespress, 25 avril 2025 (résultats de la Cour constitutionnelle).
  • EcoMatin, « Ce que dit le nouveau Code électoral gabonais », 7 avril 2025 ; International IDEA, base sur le vote obligatoire.

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