Tundu Lissu, président du Chadema (Chama cha Demokrasia na Maendeleo, Parti pour la démocratie et le progrès), principal parti d’opposition tanzanien, a été acquitté de trahison et condamné à quatre ans de prison pour incitation le 6 novembre 2026 par la Haute Cour de Tanzanie, à Dar es Salaam. La décision écarte la peine de mort sans lui rendre la liberté : il a été reconduit en prison après 577 jours de détention, selon Amnesty International. Le jugement n’est pas définitif, son parti ayant annoncé un appel, dont le dépôt n’était pas confirmé au 7 novembre.
Pourquoi Tundu Lissu reste en prison
Le collège de trois juges, présidé par Dunstan Ndunguru selon le quotidien tanzanien The Citizen, a tranché en deux temps. Sur la trahison, il a estimé que le parquet n’avait pas prouvé l’intention d’intimider le gouvernement, élément nécessaire à cette infraction, rapportent l’agence Associated Press (AP) et The Citizen. Ce chef était passible de la peine capitale.
Les juges ont ensuite retenu une infraction moins grave, l’incitation, prévue par l’article 390 du Code pénal. Ils se sont appuyés sur l’article 319 de la loi de procédure pénale, qui permet de condamner pour une infraction moindre même si elle ne figurait pas séparément dans l’acte d’accusation, selon The Citizen. C’est le point le plus contesté : l’incitation ne figurait pas parmi les charges retenues contre lui, selon la Deutsche Welle.
Ce motif tient à des paroles. Selon The Citizen, le tribunal a jugé que ses propos, tenus selon l’accusation le 3 avril 2025 au siège du Chadema à Dar es Salaam, appelaient à empêcher et perturber les élections générales de 2025, et certains témoins de l’accusation ont affirmé que ces propos les avaient incités à agir contre le scrutin. « Inciter les gens à bloquer une élection porte atteinte aux droits d’autrui », a déclaré le juge Ndunguru, cité par ce journal (traduction de la rédaction). Le parquet lui reprochait d’avoir dit que l’opposition allait « bloquer l’élection » et « mobiliser la rébellion », selon l’agence Reuters.
Quatre ans sur cinq possibles, sans déduction confirmée
La peine approche le maximum. Selon The Citizen, le juge a noté que la loi prévoit jusqu’à cinq ans de prison, une amende, ou les deux. Le tribunal a tenu compte de l’absence de condamnation antérieure et de l’état de santé de l’accusé, mais a estimé que la prison se justifiait.
Le parquet avait demandé une peine sévère en invoquant le rapport du juge Chande sur les violences de l’élection d’octobre 2025. Tundu Lissu a rejeté ce lien, soulignant que ces événements étaient survenus après son arrestation. Ce procès portait sur des propos antérieurs au scrutin, pas sur les violences qui l’ont suivi.
Son avocat, Rugemeleza Nshala, directeur juridique du Chadema, affirme que le tribunal n’a pas tenu compte des 577 jours déjà passés en détention, et juge l’ensemble incompatible avec le maximum légal. Aucune source consultée ne dit si cette détention sera imputée sur la peine, et le texte du jugement n’a pas été retrouvé en ligne. Toute date de libération serait, à ce stade, une supposition.
Appel et caution : ce qui est établi
La défense a annoncé un appel, sans dépôt confirmé à ce jour. Le Chadema, par la voix de sa porte-parole Brenda Rupia citée par Reuters et de Rugemeleza Nshala cité par The Citizen, dit vouloir contester le jugement et demander une remise en liberté.
Sur la caution, le site Rio Times écrit que la Haute Cour l’a refusée ; The Citizen en donne la raison : aucun appel n’avait encore été formellement déposé. Le juge a précisé qu’une demande pourrait être présentée une fois l’appel déposé. La défense soutient que l’incitation, contrairement à la trahison, ouvre droit à la caution, y compris après condamnation.
Un procès contesté, un gouvernement qui récuse la répression
Tundu Lissu, qui a toujours plaidé non coupable, a dénoncé une persécution politique. « Ceux qui sont innocents, comme moi, ne s’excusent pas », a-t-il déclaré devant la Cour, selon l’AP. Ces propos sont les siens et ne constituent pas des constats judiciaires.
Tigere Chagutah, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Est et australe, parle d’une « parodie de justice » et réclame l’annulation du jugement. L’organisation affirme que l’accusé a été privé d’un accès confidentiel à ses avocats, ce qui l’aurait de fait contraint à se défendre lui-même, et qu’au moins deux observateurs internationaux ont été arrêtés puis expulsés. The Citizen rappelle par ailleurs que des témoins civils de l’accusation ont été autorisés à déposer anonymement, et que 17 des 30 témoins annoncés ont été entendus.
Le gouvernement rejette de manière générale les accusations de répression, selon Reuters ; nous n’avons retrouvé, au 7 novembre, aucune réaction officielle de sa part ni du parquet au verdict. L’ambassadeur des États-Unis, William Trachman, avait écrit la veille du verdict suivre le dossier en raison de ses implications pour l’État de droit, selon Reuters. Le parti ACT-Wazalendo a, lui, parlé d’un coup porté à l’État de droit, selon Rio Times.
Le verdict dans la crise ouverte par l’élection de 2025
Arrêté le 9 avril 2025 à Mbinga, Tundu Lissu a passé toute la campagne en détention. Le Chadema, exclu en avril 2025 faute d’avoir signé le code de conduite électoral selon International IDEA, n’a pas participé aux élections générales du 29 octobre 2025. La présidente Samia Suluhu Hassan a été déclarée gagnante avec 97,66 % des voix, dans un pays où internet avait été bloqué pendant les manifestations.
Ce procès ne portait pas sur ces violences, postérieures à son arrestation, et dont le bilan reste disputé. La commission d’enquête gouvernementale a retenu au moins 518 morts, et Reuters précise qu’elle en attribue la responsabilité aux manifestants. Le Chadema avance environ 2 000 morts, un chiffre que l’Organisation des Nations unies dit ne pas pouvoir vérifier, selon l’AP. Le gouvernement dément tout usage excessif de la force.
La suite se jouera sur trois actes de procédure : le dépôt de l’appel, l’examen d’une nouvelle demande de caution et la publication des motifs écrits. Le fond du litige, lui, est désormais posé : jusqu’où un parti peut-il contester les règles d’un scrutin sans que ses mots deviennent une infraction ? Aucune source consultée ne dit quel effet cette condamnation aurait sur une éventuelle candidature à la présidentielle de 2030.