Louis-André Dacoury-Tabley est mort le samedi 17 octobre 2026 à Abidjan, à 81 ans, des suites d’une longue maladie, selon l’Agence ivoirienne de presse (AIP), qui cite une source familiale. Cofondateur du Front populaire ivoirien (FPI) en 1983 avec Laurent Gbagbo, rallié à la rébellion en 2002, chef de la délégation des Forces nouvelles à Ouagadougou en 2007, puis ministre et ministre-gouverneur sous Alassane Ouattara : son parcours traverse quatre décennies de crises ivoiriennes.
Le décès a été annoncé le 17 octobre 2026 par le site KOACI, puis confirmé le lendemain par l’AIP. Fraternité Matin et Afrik Soir précisent qu’il s’est éteint à la Polyclinique internationale Sainte-Anne-Marie (PISAM) d’Abidjan. Toutes les sources consultées convergent sur l’âge de 81 ans et sur une maladie de longue durée, sans autre précision. Au 20 octobre 2026, aucun programme d’obsèques n’avait été rendu public dans les contenus que nous avons examinés.
Louis-André Dacoury-Tabley : repères d’une vie, 1945-2026
Né le 14 septembre 1945 à Gagnoa, selon Fraternité Matin et un curriculum vitae officiel cité par Wikipédia, il est le septième d’une fratrie de dix enfants, d’après l’AIP. Son père, Jean Dacoury-Tabley, présidait le tribunal coutumier de Gagnoa. Son frère aîné, le docteur François Dacoury-Tabley, fut ministre de la Protection de la nature en 1976 sous Félix Houphouët-Boigny, puis député-maire de Gagnoa de 1980 à 1990. La famille compte aussi Philippe-Henri Dacoury-Tabley, gouverneur de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) de janvier 2008 à janvier 2011, présenté comme son demi-frère par Afrik.com en 2008. C’est bien le district du Gôh-Djiboua, et non la banque centrale, que Louis-André a dirigé avec le titre de ministre-gouverneur.
- 1983 : cofondation du FPI, dans la clandestinité du parti unique, aux côtés de Laurent Gbagbo. Il sera chargé de la sécurité du parti au début des années 1990.
- Novembre 2002 : ralliement au Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI), branche politique de la rébellion qui tient le nord du pays depuis le 19 septembre 2002.
- Janvier 2003 et mars 2007 : participation aux négociations de Linas-Marcoussis, puis de Ouagadougou, où il conduit la délégation des Forces nouvelles.
- 12 janvier 2016 – janvier 2017 : ministre des Eaux et Forêts dans le gouvernement de Daniel Kablan Duncan.
- Juin 2021 : nommé ministre-gouverneur du district autonome du Gôh-Djiboua, créé le 9 juin 2021, qui englobe Gagnoa.
Du FPI clandestin à la rupture avec Laurent Gbagbo
Louis-André Dacoury-Tabley appartient au petit groupe de fondateurs du FPI en 1983, aux côtés de Laurent Gbagbo, de Simone Ehivet et d’Anaky Kobena, rappellent Ivoireactu et Nordsud. Il évoquait Laurent Gbagbo comme « mon grand ami, un frère », selon Nordsud, qui date la rupture entre les deux hommes de 1998.
Cette rupture prend une dimension nationale après la tentative de coup d’État du 19 septembre 2002. En novembre 2002, il annonce rejoindre le MPCI, dont il devient coordinateur des relations extérieures puis secrétaire général adjoint. Cette date de novembre est celle que retiennent Fraternité Matin, Abidjan.net et le communiqué de Guillaume Soro ; le chroniqueur André Silver Konan situe, lui, le ralliement dès le 19 septembre 2002.
Le choix a un coût familial. Son frère, le médecin Benoît Dacoury-Tabley, est enlevé dans sa clinique d’Abidjan et retrouvé mort en novembre 2002, alors que Louis-André participe aux pourparlers de Lomé. L’agence IRIN rapportait alors que le ministre de la Défense avait démenti toute implication des forces de l’ordre. Aucune décision de justice établissant les responsabilités n’a été identifiée dans les sources consultées.
Négociateur de Ouagadougou, ministre de trois présidents
Le texte de l’accord politique de Ouagadougou, transmis au Conseil de sécurité des Nations unies, le désigne comme chef de la délégation des Forces nouvelles, « secrétaire général adjoint des Forces nouvelles et ministre de la Solidarité et des Victimes de guerre », face à la délégation présidentielle conduite par Désiré Tagro. L’accord, facilité par le président burkinabè Blaise Compaoré, est signé le 4 mars 2007. Il détenait donc déjà ce portefeuille dans le gouvernement de réconciliation avant la signature. Les sources divergent sur la date de sa première entrée au gouvernement : Fraternité Matin la rattache à l’équipe formée par Guillaume Soro en 2007, Wikipédia et Abidjan.net situent le même portefeuille en décembre 2010. Nous n’avons pas pu lever cette divergence.
Dans un communiqué du 18 octobre 2026 repris par KOACI, Guillaume Soro, ancien secrétaire général des Forces nouvelles aujourd’hui en exil, salue « un collaborateur précieux et rigoureux » et rappelle leur engagement commun de 2002 à 2010. Au début de la crise postélectorale de 2010-2011, Louis-André Dacoury-Tabley se range du côté d’Alassane Ouattara. L’AIP indique qu’il exerce ensuite deux mandats de député, de 2011 à 2021, avant le ministère des Eaux et Forêts en 2016-2017 et le district du Gôh-Djiboua en 2021. Les sources le présentent comme « ex-ministre-gouverneur » au moment de sa mort ; nous n’avons pas pu établir s’il était encore en fonction.
Gagnoa, la réconciliation et ce que son décès change
C’est à Gagnoa, fief historique de Laurent Gbagbo, qu’il fonde en 2011 le Groupe de contact paix et développement (GCPD), formalisé en 2012, devenu organisation non gouvernementale en 2020 puis reconnu comme ONG internationale en 2021, selon l’AIP. L’agence rapporte qu’il avait conduit en 2011 des chefs traditionnels, puis des femmes de Gagnoa, à Yamoussoukro auprès de Charles Konan Banny, président de la Commission dialogue, vérité et réconciliation. Le secrétaire général de l’ONG, Dagbo Gadji Joseph, estime qu’il avait décidé de mettre « son expertise au service de la paix ».
Son parcours éclaire un trait structurel des crises ivoiriennes : la circulation des cadres entre les camps, et l’imbrication des réseaux familiaux, partisans et institutionnels. La même famille a compté un ministre issu de la rébellion et le gouverneur de la banque centrale régionale, démissionnaire en janvier 2011, en pleine crise postélectorale, quand le contrôle des comptes de l’État à la BCEAO décidait de qui pouvait payer fonctionnaires et forces de sécurité.
Avec lui disparaît l’un des derniers témoins directs des trois moments fondateurs de la vie politique ivoirienne contemporaine : la naissance du FPI, la rébellion de 2002 et l’accord de Ouagadougou. Pour André Silver Konan, il « part, avec de lourds secrets du FPI, de la rébellion et de l’État ». Au 20 octobre 2026, nous n’avons recensé ni réaction de la présidence de la République, ni communiqué du FPI ou du PPA-CI, alors que Laurent Gbagbo, son compagnon de 1983, reste au centre de l’opposition. À Gagnoa, la question posée par sa disparition est concrète : qui reprend le GCPD, et avec quels moyens, dans un département où la réconciliation reste un chantier.








