Elle aurait pu devenir le premier pays africain membre à part entière du Club de Paris. Après quatre ans comme membre prospectif, de juillet 2022 à juillet 2026, l’Afrique du Sud a choisi de ne pas le faire. Le Trésor sud-africain a confirmé le 29 septembre 2026 une décision prise en juin : Pretoria revient au statut de participant ponctuel, dit « ad hoc », au moment où elle s’engage dans une nouvelle plateforme qui réunit, elle, les pays emprunteurs.
Un statut intermédiaire arrivé à échéance
Fondé en 1956, le Club de Paris réunit 22 États créanciers, dont les États-Unis, la France, l’Allemagne, le Japon, le Royaume-Uni, le Brésil et la Corée du Sud, qui coordonnent le traitement des dettes publiques des pays en difficulté de paiement : rééchelonnement, restructuration, allègement. D’autres pays y participent ponctuellement, lors des négociations qui concernent des débiteurs envers lesquels ils détiennent des créances.
Entre les deux existe le statut de membre prospectif, qui donne accès à l’ensemble des réunions mensuelles pendant une période limitée, au terme de laquelle le pays doit choisir entre l’adhésion pleine et le retour au statut ad hoc. L’Afrique du Sud y était entrée le 8 juillet 2022, après avoir participé aux travaux du club depuis 2015. Un responsable du club évoquait alors une « acclimatation » d’un ou deux ans avant une adhésion complète. Le site officiel du Club de Paris indique désormais que ce statut prospectif a couru de juillet 2022 à juillet 2026. Il ne s’agit donc pas d’une exclusion, mais d’un choix de Pretoria.
Club de Paris : créancière, mais aussi emprunteuse
L’Afrique du Sud est bien un pays créancier. Depuis 1982, elle a pris part à treize négociations du Club de Paris à ce titre, concernant six pays débiteurs, et elle a été vice-présidente du comité des créanciers officiels de la Zambie, coprésidé par la France et la Chine. Mais elle finance aussi son propre budget sur les marchés internationaux et porte une dette publique importante. Sa diplomatie financière ne peut donc pas être seulement celle d’un créancier.
C’est le cœur de la décision. Le Trésor invoque la participation du pays à la nouvelle Plateforme mondiale des emprunteurs, lancée en 2026 et hébergée par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), qui veut offrir aux pays emprunteurs un espace pour partager leurs expériences, comparer les conditions de financement et peser sur la réforme de l’architecture financière internationale. Selon l’Agence Ecofin, le Trésor n’a pas présenté les règles du Club de Paris comme la cause directe de sa décision. Pretoria avait placé plusieurs de ces sujets au centre de sa présidence du G20 en 2025.
Pas une rupture
Le 9 septembre 2026, l’Afrique du Sud a participé comme créancier ad hoc à la réunion annuelle du club avec le secteur privé, aux côtés de la Chine, de l’Inde et de la Hongrie. Le Trésor assure rester attaché à un dialogue constructif avec le Club de Paris et continuer à siéger dans les comités de créanciers officiels du Cadre commun du G20, qui traite les dettes des pays les plus fragiles. Pretoria refuse l’adhésion permanente, pas la coopération.
Le choix s’inscrit dans une évolution plus large. La Chine participe au Club de Paris comme acteur ad hoc depuis 2013, l’Inde depuis 2019, la Hongrie depuis 2024. Ces grands créanciers interviennent dans les restructurations sans rejoindre toutes les institutions bâties par les créanciers historiques. En s’alignant sur eux, l’Afrique du Sud confirme que le club peine à s’élargir aux grands prêteurs émergents, et qu’une économie émergente peut appartenir à la fois au monde des créanciers et à celui des débiteurs.
Sources
- Trésor national d’Afrique du Sud, déclaration rapportée le 29 septembre 2026 ; Bloomberg et Polity / Engineering News, 29 septembre 2026.
- Club de Paris, page « Gouvernance et membres », mise à jour 2026 ; communiqué du 8 juillet 2022 sur l’accession de l’Afrique du Sud au statut de membre prospectif.
- Agence Ecofin, 1er octobre 2026 ; African Insider, d’après BusinessTech, octobre 2026 ; News24, juillet 2022.
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