Cevital rassure sur l’huile : ce que pèse le groupe

Vue aérienne du port et de la zone industrielle de Béjaïa, où est produite l'huile Cevital

L’huile Cevital ne connaît « aucune perturbation » de production ni de distribution : c’est ce qu’affirme le groupe algérien dans un communiqué rapporté le 5 novembre 2026 par la presse nationale, après des signalements de rayons vides sur les réseaux sociaux. Ni cette assurance ni ces signalements n’ont été confirmés par une donnée publique sur les stocks. Le poids réel du groupe se mesure mal, lui aussi : ses chiffres sont déclaratifs et non datés, et, selon Billionaires.Africa, il ne publie pas ses comptes.

Ce que disent les producteurs, et ce qu’on ne sait pas

Selon Algérie Eco, le groupe La Belle a assuré dès le 4 novembre que ses unités fonctionnaient « normalement et à pleine capacité ». SIM a indiqué le 5 novembre que la production se poursuivait normalement sous ses marques Zitna et El Bahia. Cevital affirme, toujours selon Algérie Eco, qu’« aucune perturbation n’impacte ni la production ni la distribution ». L’agence officielle APS résume ces déclarations le même jour sans nommer les entreprises, et le texte original du communiqué de Cevital n’a pas été retrouvé.

Ces assurances émanent des entreprises elles-mêmes. Maghreb Émergent écrivait le 5 novembre que l’huile se faisait rare depuis plus de deux semaines dans plusieurs wilayas, dont Alger, Oran et Sétif, en s’appuyant sur des vidéos, photos et témoignages publiés sur Facebook. Ce média dit avoir sollicité Cevital, sans réponse à la publication. Algérie360 évoque des achats de précaution par endroits, sans lieu ni chiffre.

Aucune source consultée ne publie l’état des stocks ou des livraisons. Le Courrier d’Algérie, qui reprend les communiqués, ne rapporte pas d’observation en magasin. Il n’est donc pas possible d’affirmer qu’il existe une pénurie nationale, ni qu’il n’en existe aucune, ni d’en attribuer la cause à un producteur.

Que pèse l’huile Cevital ?

Sur la page de son pôle agro-industriel, consultée le 7 novembre 2026, Cevital annonce à Béjaïa une raffinerie d’huile de 570 000 tonnes par an, présentée comme la plus grande d’Afrique. La page ne date pas ce chiffre et ne précise pas s’il s’agit d’une capacité ou d’une production. Sa filiale agro-industrielle est présentée comme « leader du secteur agro-alimentaire en Algérie », sans pourcentage à l’appui.

La presse algérienne, dont Algérie Eco, avance de son côté une production nationale de plus d’un million de tonnes d’huile de table par an, sans en citer la source. Les deux chiffres ne se comparent pas : l’un est non daté, l’autre non sourcé. Ils ne donnent pas une part de marché, et aucune n’a été retrouvée.

En amont, le complexe de trituration de Béjaïa, inauguré le 30 mai 2023, peut traiter 11 000 tonnes de soja par jour, soit environ 2 090 tonnes d’huile brute, ou 6 000 tonnes de tournesol, selon TSA. Le groupe n’est pas seul : La Belle, SIM ou Afia produisent aussi, et aucune donnée de ventes comparable n’a été retrouvée.

Un géant du sucre aux chiffres déclaratifs

Le même site annonce une capacité de 2 millions de tonnes de sucre par an, un terminal de déchargement de 2 000 tonnes par heure et plus de 1,5 million de tonnes de sucre exportées depuis 2010. La page d’accueil affiche, sans date, 4 milliards de dollars de chiffre d’affaires, 18 000 salariés et 26 filiales sur trois continents, et présente Cevital comme la première entreprise privée d’Algérie. Ces chiffres sont déclaratifs : selon Billionaires.Africa, le groupe ne publie pas de comptes.

L’emploi reste incertain. Citant Radio des sans voix, Billionaires.Africa évoque environ 22 000 salariés en 2019 et quelque 12 000 aujourd’hui. Ce chiffre n’est pas recoupé, le site en affiche 18 000 sans date, et selon ce média ni le groupe ni la famille n’ont réagi.

À l’étranger, sa filiale française Brandt a été placée en liquidation en décembre 2025 ; ses marques et ses stocks ont été repris par Cafom en mars 2026 pour 18,6 millions d’euros. En Algérie, le groupe mise sur l’amont : selon TSA, citant la Télévision algérienne, 600 millions de dollars à Mansourah, dans la wilaya de Ghardaïa, pour 1 200 hectares de betterave sucrière et une raffinerie prévue en 2028, avec 5 000 emplois annoncés. Ces montants restent ceux d’un projet annoncé, dont la raffinerie n’est pas construite.

Qui décide chez Cevital

Malik Rebrab, fils du fondateur Issad Rebrab, dirige le groupe depuis 2022 et le site le présente comme président-directeur général. Le site affiche un conseil d’administration composé de membres de la famille Rebrab. Cette liste, non datée, peut ne plus être à jour et ne dit rien de la répartition du capital ni des droits de vote. Forbes Middle East estimait la fortune de la famille à 3,6 milliards de dollars au 1er mars 2026, 12e rang arabe, contre 5,1 milliards en 2021, selon Maghreb Emergent.

Prix réglementés, stocks sans chiffres : l’État en première ligne

L’huile fait partie des produits subventionnés, à prix réglementés de 125 dinars le litre, 250 les deux litres et 650 les cinq litres, selon Algérie Eco. Le producteur ne fixe donc pas seul son prix, et le partage de la valeur entre raffineur, grossiste et détaillant n’est documenté dans aucune source consultée.

Le 26 octobre 2026, la ministre du Commerce intérieur, Amel Abdellatif, avait réuni les producteurs d’huile et de sucre sur les stocks de sécurité et les capacités de production, en prévision du ramadan. Aucun chiffre n’en est sorti dans les comptes rendus consultés. Le 5 novembre, d’après Ouest Tribune, le Premier ministre a lancé une plateforme numérique de suivi quotidien des prix et de la disponibilité des produits de base, et demandé aux walis (préfets de wilaya) de prendre « toutes les mesures légales et coercitives » contre les manipulations. Aucun compte rendu consulté n’indique que cette consigne vise un producteur en particulier.

C’est là que se trouve la vraie question pour le consommateur. Comme pour d’autres filières où l’on se demande ce qui revient à chaque maillon, ou pour les projets d’huile de palme annoncés ailleurs en Afrique, les volumes annoncés ne suffisent pas. Si la plateforme publiait ses relevés de stocks, de livraisons et de prix, les assurances comme les signalements pourraient enfin être vérifiés. D’ici au ramadan, ce sont ces données, plus que les communiqués, qui diront si le marché tient.

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