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Inclusion financière : 76,1 % dans l’UEMOA selon la BCEAO

Quartier des banques du Plateau à Abidjan, symbole de l'inclusion financière bancaire dans l'UEMOA

Le taux d’inclusion financière de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) atteint 76,1 % des adultes en 2025, contre 73,6 % en 2024, selon le tableau de bord mis en ligne le 20 octobre 2026 par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Mais seuls 26,9 % des adultes détiennent un compte en banque, à la Poste, au Trésor ou dans une caisse d’épargne : l’écart tient presque entièrement au téléphone.

Ce tableau de bord prend la suite de l’édition précédente, qui montrait en juillet un quart d’adultes bancarisés, comme NotreAfrik l’avait relevé dans son analyse des données 2024. En dix ans, le taux d’inclusion a presque doublé : il était de 41,7 % en 2015.

Inclusion financière : trois taux qui ne mesurent pas la même chose

La BCEAO publie plusieurs indicateurs emboîtés. Le taux de bancarisation strict (26,9 %, +1,6 point) ne compte que les comptes dans les banques, la Poste, les caisses d’épargne et le Trésor. Le taux de bancarisation élargi (50,6 %, +3,2 points) y ajoute la microfinance. Le taux d’inclusion financière (76,1 %, +2,5 points) intègre en plus la monnaie électronique.

Avant correction, ce dernier taux atteint 87,1 %. La BCEAO le ramène à 76,1 % en corrigeant la multibancarité, c’est-à-dire le fait qu’une même personne détient souvent plusieurs comptes ou portefeuilles. Ces taux ne s’additionnent donc pas : un adulte compté comme « inclus » peut n’avoir qu’un portefeuille mobile, sans aucun compte bancaire.

Le classement des huit pays en 2025

Le tableau de bord donne le taux d’inclusion corrigé pour chaque État membre. L’écart entre le premier et le dernier dépasse 66 points :

  • 1. Bénin : 92,8 %
  • 2. Togo : 90,7 %
  • 3. Côte d’Ivoire : 88,7 %
  • 4. Sénégal : 88,0 %
  • 5. Burkina Faso : 81,8 %
  • 6. Guinée-Bissau : 79,5 %
  • 7. Mali : 61,9 %
  • 8. Niger : 26,2 %

Le Niger tire la moyenne vers le bas, même s’il progresse nettement, de 17,4 % en 2024 à 26,2 % en 2025. Le Mali, lui, reste sous son niveau de 2023 (68,0 %), après une chute à 58,6 % en 2024. La Guinée-Bissau offre le parcours le plus spectaculaire : 10,3 % en 2015, 79,5 % dix ans plus tard.

La monnaie électronique : beaucoup de comptes, peu d’actifs

Le moteur de l’inclusion est le portefeuille mobile. L’Union compte 284,8 millions de comptes de monnaie électronique ouverts en 2025, contre 248,7 millions un an plus tôt. Mais seuls 92,7 millions sont actifs, soit un taux d’activité de 32,56 %. Il remonte légèrement par rapport à 2024 (30,90 %), mais reste loin des 41,58 % de 2022.

Ce ratio rapporte des comptes à des comptes : il ne dit ni combien de personnes distinctes utilisent le service, ni pourquoi les autres comptes dorment. Un même client peut ouvrir un portefeuille chez chaque opérateur et n’en utiliser qu’un. Attribuer l’inactivité aux frais ou à la défiance demanderait une enquête auprès des usagers, que le tableau de bord ne fournit pas.

L’usage, lui, s’intensifie. Les transactions passent de 11,9 à 16,4 milliards d’opérations, pour une valeur de 219 151 milliards FCFA, contre 156 889 milliards en 2024, soit environ 40 % de plus. La valeur moyenne d’une opération ressort autour de 13 400 FCFA (calcul de la rédaction) : la monnaie électronique sert d’abord aux petits transferts et paiements du quotidien. NotreAfrik avait détaillé la place du Sénégal dans ces flux dans son article sur la monnaie électronique dans l’UEMOA.

Le guichet de l’inclusion est une boutique d’agent mobile

Le réseau physique a explosé : 224 points de services financiers pour 10 000 adultes en 2025, contre 193 en 2024 et 31 en 2015. L’essentiel est constitué de 1,45 million de points de services actifs de monnaie électronique, souvent de simples boutiques. L’indice synthétique d’inclusion financière de la BCEAO, qui combine accès et usage, progresse de 0,600 à 0,616.

Avoir un compte ne garantit pas de pouvoir payer, recevoir de l’argent ou retirer des espèces au moment voulu. La BCEAO a d’ailleurs relevé le plafond des portefeuilles électroniques, comme NotreAfrik l’a expliqué à propos du plafond porté à 4 millions FCFA, ce qui ouvre la voie à des usages plus lourds que le petit transfert.

Objectif 90 % en 2030 : le plus dur reste à faire

La stratégie régionale d’inclusion financière 2025-2030, adoptée le 3 avril 2025, vise l’utilisation de services adaptés et abordables par au moins 90 % des adultes. Son champ couvre l’épargne, le crédit et l’assurance, pas seulement le paiement. Lors d’une table ronde le 30 janvier 2026, la BCEAO a présenté un plan d’actions estimé à 32,9 milliards FCFA.

Au rythme actuel de 2 à 3 points par an, le seuil de 90 % de comptes est à portée. Mais la stratégie cible en priorité les femmes et les populations rurales, et le tableau de bord 2025 ne publie aucune donnée ventilée par sexe ni par milieu. Transformer ces portefeuilles en épargne et en crédit, et montrer qui en profite, reste la question ouverte de la prochaine édition.

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