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Joseph Kabila au FRN : 800 000 $ de coltan par mois

Le lac Kivu à l'aube, dans l'est de la RDC où Joseph Kabila a pris la tête du FRN

Depuis le 12 octobre 2026, Joseph Kabila préside le Front pour la refondation de la nation (FRN), mouvement politico-militaire qui absorbe l’Alliance Fleuve Congo et le Mouvement du 23 mars (AFC/M23). Nous avons rapporté l’annonce de Goma. Reste à comprendre ce que ce virage politique change, et ce qu’il laisse intact : une économie de guerre dans laquelle, selon le Groupe d’experts des Nations unies, le M23 prélevait au moins 800 000 dollars par mois de taxes sur le coltan de Rubaya, pendant que plus de 5,3 millions de Congolais étaient déplacés fin 2025.

Joseph Kabila, du PPRD interdit à la rébellion

Kinshasa n’avait pas, au 18 octobre, publié de réaction formelle à la création du FRN, selon Al Jazeera. Mais les actes ont parlé. Le 15 octobre, le vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a ordonné l’interdiction immédiate des activités de treize partis politiques, dont le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) de Joseph Kabila et le parti de l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo, rapporte Focus Actu. Le 13 octobre, au Conseil de sécurité, la délégation congolaise a demandé à toutes les parties de tenir leurs engagements et aux États-Unis de poursuivre leur médiation.

Le contexte judiciaire est lourd. Le 30 septembre 2025, la Haute Cour militaire a condamné l’ancien président à mort par contumace pour trahison, crimes de guerre et participation à un mouvement insurrectionnel, selon l’Agence congolaise de presse. Son entourage qualifie cette décision d’injuste et de politiquement motivée. Le 30 avril 2026, le Trésor américain l’a sanctionné pour son soutien présumé à l’AFC/M23. Ces accusations restent celles de leurs auteurs : aucune juridiction pénale internationale ne les a établies.

Côté opposition, l’ancien président de l’Assemblée nationale Vital Kamerhe a appelé le mouvement à renoncer à la lutte armée. Plusieurs cadres du PPRD ont démissionné. Un sondage de l’institut Ebuteli, cité par Democracy in Africa, ne crédite Joseph Kabila que de 3 % de préférence.

Deux processus de paix, et une question de succession

Deux architectures coexistent. À Washington, la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda ont signé un accord le 27 juin 2025, réaffirmé le 4 décembre 2025, prévoyant le retrait des troupes rwandaises, la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et un cadre d’intégration économique autour des minerais. Mediacongo le décrivait en juin 2026 comme « lettre morte ». À Doha, sous médiation qatarie, Kinshasa et l’AFC/M23 ont signé le 15 novembre 2025 un accord-cadre non contraignant. Selon l’International Crisis Group, ces pourparlers n’ont produit que des échanges de prisonniers, sans cessez-le-feu effectif.

Le FRN affirme reprendre les obligations de l’AFC/M23, « y compris ceux pris dans le cadre des négociations de Doha », selon un communiqué cité par Togonews. Mais le média congolais Ouragan relève une ambiguïté : la déclaration fondatrice proclamerait la succession à l’AFC sans préciser le statut du M23, quand Le Monde présente la dissolution comme portant sur l’ensemble AFC/M23. Un changement d’appellation ne transfère pas automatiquement des engagements ; il faudra des représentants désignés et des obligations confirmées par écrit.

Le chercheur John Ngono, de l’Armed Conflict Location and Event Data (ACLED), estime que le FRN peut transformer une menace militaire en défi politique national. Crisis Group relève toutefois une divergence interne : le camp Kabila viserait une insurrection nationale, quand d’autres préfèrent administrer les Kivu, et Kigali paraît concentré sur les zones frontalières. Kigali, accusé par Kinshasa, Washington et les experts de l’ONU de soutenir le M23, dément ; le dernier rapport du Groupe d’experts estimait entre 14 000 et 18 000 le nombre de soldats rwandais appuyant la rébellion.

Le coltan de Rubaya, une rente régionale

L’enjeu économique se lit dans les collines. Dans son rapport de janvier 2025, le Groupe d’experts de l’ONU décrivait un monopole des rebelles sur les exportations de coltan vers le Rwanda, au moins 150 tonnes en 2024, et des taxes d’au moins 800 000 dollars par mois à Rubaya, l’un des plus grands gisements mondiaux. Le tantale qui en est tiré se vend plus de 300 dollars le kilo, selon Reuters. Le 25 juin 2026, Washington a sanctionné la raffinerie Gasabo Gold Refinery de Kigali pour blanchiment présumé d’or et de minerais « 3T » (étain, tantale, tungstène) issus des zones du M23.

À l’échelle nationale pourtant, le centre de gravité est ailleurs. Le cuivre et le cobalt, extraits surtout au Katanga, ont représenté plus de 90 % de la valeur des exportations congolaises en 2024, d’après l’Institut d’études géologiques des États-Unis. L’accord de partenariat stratégique signé le 4 décembre 2025 entre Washington et Kinshasa mise sur ce Katanga : droit de première offre pour les investisseurs américains, corridor d’exportation Sakania-Lobito, objectifs d’export de cuivre, de zinc et de cobalt, selon l’Agence internationale de l’énergie.

Notre analyse : en se dotant d’une figure nationale, la rébellion cherche à convertir une rente minière régionale en levier sur l’ensemble du pays. L’accord minier américain donne au contraire à Kinshasa et à Washington un intérêt commun à contenir le conflit dans les Kivu. Les mêmes chercheurs de Democracy in Africa jugent probable une poussée rebelle vers le sud, par Uvira et Kalemie, l’Ouganda bloquant l’expansion au nord.

Le coût humain, sans commune mesure avec la rente

Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU comptait plus de 5,3 millions de déplacés internes fin 2025, dont plus de 2 millions au Sud-Kivu en avril 2026. Le plan humanitaire 2026, lancé à 1,4 milliard de dollars puis révisé à 2,13 milliards, n’était financé qu’à 49 % en septembre, selon l’ONU. Tant que la rente du coltan circulera, l’habillage politique de la rébellion changera peut-être les rapports de force à Kinshasa. Il ne changera pas qui encaisse à Rubaya.

Sources

  • Radio Okapi, « Joseph Kabila à la tête du mouvement politico-militaire FRN », 13 octobre 2026 ; Al Jazeera, 13 et 18 octobre 2026.
  • International Crisis Group, « Ex-President Kabila Leads Rebel Cause as Conflict Smoulders in Eastern DRC », 14 octobre 2026.
  • ACLED (John Ngono), octobre 2026 ; Democracy in Africa (K. Titeca, B. Muhoza, J. Mukena), 16 octobre 2026.
  • Focus Actu, « Le ministère de l’Intérieur interdit les activités du PPRD et douze autres partis », 16 octobre 2026 ; Togonews via AllAfrica, 16 octobre 2026 ; Ouragan, 16 octobre 2026.
  • Reuters via Mining Weekly, rapport du Groupe d’experts de l’ONU, 9 janvier 2025 ; Reuters via The EastAfrican, 15 août 2025.
  • Agence internationale de l’énergie, « DRC-US Strategic Partnership Agreement » ; Mediacongo, 29 juin 2026.
  • Radio Okapi (OCHA), 5 février et 13 avril 2026 ; ONU Info via AllAfrica, 9 septembre 2026.

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